Dire que l’agroalimentaire est un secteur comme les autres flatte peut-être mais comment alors souhaiter qu’il échappe parfois au droit commun, en particulier au droit de la concurrence ?. Le droit est-il immuable ou veut-on l’adapter pour faire place à une politique moins destructrice pour l’agriculture et ses filières d’aval ? Le débat n’est pas encore sur la place publique, encore qu’on a souvent vu les responsables de la profession et les ministres de tutelle se plaindre des oukases de la DGCCRF ou de son homologue de la Commission européenne.
On y revient avec le dépôt sur le bureau du Sénat d’un avis de la nouvelle Autorité de la concurrence sur les accords de fixation du prix du lait. Et la Haute Assemblée qui l’avait sollicitée à ce sujet hésite à le rendre public. Le CNIEL, qui planche sur un nouveau type d’accord pour la fin de l’année, devra-t-il se cantonner à élaborer des indicateurs et le ministre ne pourra-t-il plus jamais forcer la main des parties pour l’adoption d’un fourchette de prix ? Bruno Le Maire se veut le garant de l’accord (provisoire certes) du 4 juin ; il a donc à choisir entre suivre le dogme ou inscrire dans la LMA un article exonérant le secteur agricole du droit de la concurrence. Ce serait un bel exemple à donner en Europe – après tout la Commissaire à l’agriculture et nombre d’eurodéputés parlent de plus en plus, face aux crises agricoles à répétition, de revoir les règles du jeu de la concurrence pour réduire l’opacité de la formation des prix et la pression de la grande distribution.
Les solutions à la crise, dans la plupart des filières, ne seront pas trouvées sans cela, sans admettre une certaine « entente » qui débouche sur des partenariats forts sur le terrain entre producteurs et industriels. Hypocrisie, sinon, que de promettre de la régulation.
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