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Eau de Paris cherche des leviers pour développer les pratiques agro-écologiques

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Eau de Paris vient de valider un plan stratégique 2016-2020 ambitieux qui fixe des objectifs chiffrés en matière d’évolution des pratiques agricoles sur les zones de captage. La difficulté cependant, admet Eau de Paris : trouver des leviers incitatifs pour les agriculteurs quand les outils existants semblent insuffisants.

Dans la continuité du travail réalisé depuis dix ans, Eau de Paris veut promouvoir des pratiques agricoles durables afin de protéger la ressource en eau. Car cette dernière « est le témoin de 50 ans d’agriculture intensive », remarquait la présidente d’Eau de Paris, Célia Blauel, à l’occasion de la présentation, le 20 mai, du plan d’action 2016-2020 de l’entreprise publique. Célia Blauel soulignait les résultats concluants dans les territoires pilotes où des actions ont déjà été menées. « En 2015, près de 108 agriculteurs étaient engagés aux côtés d’Eau de Paris pour maintenir en herbe plus de 927 hectares de terrains agricoles, cultiver 2 540 hectares en agriculture biologique ou réduire de manière significative sur plus de 8 853 ha les quantités d’azote ou de pesticides pour préserver la qualité de l’eau », affirme Eau de Paris.

Du bio et du durable sur les zones de captage

Les leviers financiers que sont les Mesures agro-écologiques (MAE) comportent des lacunes, selon Eau de Paris

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Le nouveau plan stratégique prévoit d’aller plus loin avec des ambitions chiffrées. En 2020, Eau de Paris mise sur 3 500 ha en agriculture biologique, soit une augmentation de 67 %, et 10 500 ha de culture durable (+60 %). Déjà propriétaire de 400 ha en zones vulnérables, Eau de Paris compte acquérir 200 ha supplémentaires. Pour atteindre ces objectifs, l’entreprise va décliner son plan autour de trois axes majeurs : d’abord « améliorer les connaissances, innover et piloter » en développant des partenariats de recherche appliquée et en mettant à profit un groupe d’experts qui aura pour mission de « comparer et évaluer les techniques agricoles ». Ensuite, « mobiliser, former et communiquer » et enfin « agir sur le territoire, en coopération avec les acteurs ». Il s’agira notamment d’« accompagner les agriculteurs et acteurs du monde agricole » à travers un appui technique, un soutien aux aménagements naturels sur les secteurs vulnérables mais aussi l’étude de nouveaux dispositifs de financement.

Trouver des leviers alternatifs aux MAE

En effet, au vu de son expérience avec les agriculteurs engagés à ses côtés, Eau de Paris constate que les leviers financiers que sont les Mesures agro-écologiques (MAE) comportent des lacunes. Leur durée, de cinq ans, est insuffisante, estiment les responsables agricoles de l’entreprise publique. Par ailleurs, Eau de Paris déplore des conditions trop changeantes et une lourdeur administrative décourageante pour les agriculteurs. À tout cela, s'ajoutent désormais les retards de paiements des aides Pac. Tout un contexte qui a conduit en 2016 certains agriculteurs engagés auprès de l’entreprise dans une démarche d’agriculture durable à faire machine arrière. Eau de Paris affirme avoir sollicité le ministre de l’Agriculture à plusieurs occasions, mais ses demandes seraient restées sans réponse. Eau de Paris envisage de trouver ses propres solutions et cite l’Allemagne en exemple. À Munich, des incitations financières directes ont été mises en place par la municipalité à destination des agriculteurs bio. « La France est assez frileuse sur cette idée », déplore Eau de Paris qui souhaiterait s’inspirer des méthodes appliquées outre-Rhin.