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Ecophyto Ecophyto 2 entend impliquer le plus grand nombre

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Le plan Ecophyto 2 proposé par le rapporteur parlementaire Dominique Potier, au Premier ministre Manuel Valls, le 23 décembre, entend « démultiplier » le nombre de fermes impliquées dans la réduction de l'usage des phytosanitaires. Défi de taille alors que les chiffres du ministère de l'Agriculture montrent une hausse de l'utilisation des produits phytosanitaires.

Le plan Ecophyto 2, s'il doit s'inscrire dans la lignée de la première version, entend impliquer un plus grand nombre d'agriculteurs et d'acteurs dans la diminution de l'usage de produits phytopharmaceutiques, les pesticides. Deux grands objectifs sont fixés : réduire l'usage des pesticides de 25% en 2020 et de 50% en 2025. Le 23 décembre dernier, le député PS Dominique Potier a rendu unrapport parlementaire sur le plan Ecophyto 2 au Premier ministre Manuel Valls, au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll et à la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal. La proposition du parlementaires est d'agir davantage au niveau des producteurs. « Nous voulons les remettre au cœur du dispositif. Il s'agit de mieux les accompagner » dans la réduction de l'usage des produits de traitement, a précisé Dominique Potier. L'enjeu est de taille, alors que le ministère de l'Agriculture vient de publier des données sur l'augmentation de l'usage des pesticides en 2013 (voir encadré).

Malgré tout, le député se veut résolument optimiste : « Des outils ont été créés. Il faut les diffuser ». L'épicentre de la transition réside notamment dans le réseau de fermes Dephy (1) et dans les Certiphyto (2). Car, les seuls agriculteurs pionniers ne suffisent pas à atteindre les objectifs de réduction globale. La mission parlementaire préconise donc, d'une part, d'augmenter le nombre de fermes Dephy. « Il faudrait passer de 2 000 à 3 000 », développe le député. Il préconise aussi d'accélérer la diffusion des techniques ainsi développées vers le plus grand nombre. Le nombre d'agriculteurs ayant obtenu le Certiphyto est de 267 000. Au 26 novembre 2015 (3), tout agriculteur qui voudra manipuler, acheter, transporter des pesticides dans un cadre professionnel devra détenir ce document. Au-delà du nombre, c'est le dispositif de certification qu'il convient d'améliorer. Les parlementaires voudraient que la durée de validité passe de 10 ans à 5 ans car « le domaine est techniquement évolutif et qu'il n'est que de 5 ans pour les professionnels non agricoles ».

Ecophyto : le recours aux produits phytosanitaires a augmenté en 2013

EN France, le recours aux produits phytosanitaires a augmenté de 9,2% entre 2012 et 2013, annonce le ministère de l'Agriculture, dans un communiqué le 22 décembre, à l'occasion de la publication des résultats annuels de suivi du plan Ecophyto. Un résultat décevant, dans l'optique de réduction de l'usage de ces produits, après la baisse de 5,7% observée entre 2011 et 2012. Depuis la mise en place de l'indicateur en 2009, le recours aux produits phytosanitaires ne cesse d'augmenter (+5% par an, en moyenne entre 2009 et 2013). Une analyse par catégorie de produits de l'évolution de l'indicateur de référence Nodu (nombre de doses unités) dévoile des disparités : le recours aux herbicides et aux fongicides augmente entre 2012 et 2013, quand le recours aux insecticides diminue. Le ministère rappelle que l'année 2013, comme l'année 2012, a été marquée par une forte pression des maladies fongiques. En revanche, dans les zones non agricoles, le Nodu a diminué de 7,9% entre 2012 et 2013 (de 3,4% entre 2009 et 2013). Des résultats encourageants ont aussi été observés sur les fermes du réseau de démonstration Dephy (2 000 exploitations). Le nombre moyen de traitements depuis l'entrée dans le réseau a diminué en 2013 de 12% pour les grandes cultures et la polyculture-élevage, et de 11% pour l'arboriculture.

Écophyto: Orama craint des « contraintes anti-économiques » pour les agriculteurs

LES producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux d'Orama craignent, dans un communiqué du 23 décembre, que la mise en place d'un nouveau plan Écophyto, annoncée par le Premier ministre, M. Valls, ne tienne pas compte « des conséquences économiques pour tout un secteur, pour l'emploi et même pour la santé publique ». Ils redoutent que le rapport du député D. Potier soit « prétexte à des contraintes antiéconomiques pour les exploitations performantes ». Pour le président d'Orama, Philippe Pinta, « le gouvernement se prépare à adopter des mesures de répression aveugle, inefficaces, néfastes pour les agriculteurs, et qui équivalent à des charges supplémentaires ». Et de conclure que, pour Orama, l'important « n'est pas la diminution de l'utilisation, mais la diminution de l'impact ».

Des nouveaux outils

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L'autre point-clé du rapport est la création de nouveaux outils : un référentiel de protection intégrée par exemple. « Distinguer différents niveaux de protection intégrée serait de nature à être un repère pour les aides Pac et l'écoconditionnalité », soutient Dominique Potier. Autre idée proposée au gouvernement : la création d'un « fonds Ecophyto ». Il permettrait de rassembler les moyens d'intervention de l'Etat et de ses agences. Enfin, faire vivre le débat public autour des pesticides apparaît comme essentiel aux yeux des parlementaires. « Le débat est très passionné. Il faut remettre de l'info et de la transparence sur ces sujets », soutient le député.

Il convient aussi de valoriser les nouveaux outils mis à disposition par la loi d'avenir agricole. Ainsi, le système des certificats d'économie de produits phytosanitaires (CEPP) devrait être fortement mobilisé. Dominique Potier rappelle d'ailleurs qu'il en propose deux aménagements : simplifier le système et limiter la possibilité d'échanger des certificats. « Sinon, ça pourrait s'apparenter à un droit à polluer », avertit-il. Pour la suite, le Comité national d'orientation et de suivi du plan Ecophyto devrait se réunir fin janvier 2015, et, à cette occasion, émettre un avis sur le rapport.

(1) Une des réalisations majeures du plan Ecophyto, le réseau des fermes Dephy vise à expérimenter des techniques économes en produits phytopharmaceutiques.

(2) Les Certiphyto sont des certificats individuels pour les produits phytopharmaceutiques. Leur obtention est conditionnée au suivi d'une formation spécifique.

(3) Un décret paru au Journal officiel le 23 décembre reporte du 1er octobre 2014 au 26 novembre 2015 la date limite d'obtention des Certiphyto pour les «décideurs en exploitation agricole et opérateurs».