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Ecophyto : consultation éclair sur les indicateurs

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Le gouvernement a lancé une consultation de trois jours sur l’indicateur de suivi d’Ecophyto, dix jours après l’annonce par Gabriel Attal de la création d’une nouvelle référence. Prises au dépourvu, les ONG dénoncent une concertation « à l’envers » et la mise en péril de la raison d’être du plan Ecophyto.

Le gouvernement a ouvert une « consultation » par courriel « entre le 13 février et le 16 février » sur l’indicateur de suivi et le tableau de bord d’indicateurs complémentaire du futur plan Ecophyto, selon un document communiqué par le gouvernement aux membres du comité d’orientation et de suivi de plan Ecophyto (COS) réunis le 12 février.

Quatre pistes d’indicateurs de suivi sont sur la table dont l’indicateur de référence historique Nodu (nombre de doses unités) et trois indicateurs européens : « Le HRI1 qui a une référence historique 2011-2013 ; le Farm to fork (F2F1, NDLR) qui a une référence historique 2015-2017 ; (et) un indicateur européen qui serait un peu hybride entre les deux – qui serait le HRI1 mais avec une base de référence 2015-2017 », a détaillé un conseiller du gouvernement lors d’un brief à la presse.

« Le choix de l’indicateur final n’est pas encore fait », a souligné un autre représentant du gouvernement auprès des journalistes, en rappelant que l’arbitrage doit être rendu « avant le Salon de l’agriculture ».

Les ONG en colère

Cette déclaration vise à apaiser les ONG environnementales, qui se sont étranglées en entendant le Premier ministre Gabriel Attal annoncer la mise en place d’un « nouvel indicateur » dès le 1er février en conférence de presse, dans un lot d’annonces faisant suite à la mobilisation nationale des agriculteurs en colère.

Lire aussi : Ecophyto : le Nodu sous pression

« Le Premier ministre a commencé par indiquer sa décision et après il veut ouvrir une négociation ? Mais ça fonctionne complètement à l’envers ! On commence par consulter, on négocie – mais pas juste pour la forme, on écoute les experts, et après on prend une décision ! », s’indigne le président de l’association Générations futures, François Veillerette. « Et puis aussi, c’est la forme de consultation qui ne va pas. On a 15 ans de plan Ecophyto derrière ! C’est urgent de changer le Nodu ? C’est le Nodu qui est responsable de la baisse de revenus de certains agriculteurs ? »

Cette ire a poussé les ONG environnementales membres du COS (1) à quitter, avant son issue, la réunion du 12 février en présence des ministres de l’Agriculture, de la Transition écologique, de la Santé et de l’Enseignement supérieur. Elles voulaient lire en préambule une « déclaration commune », ce qui aurait été refusé par le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau « incité en cela par le représentant de la Coordination rurale », affirme Générations futures dans un communiqué.

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Dans leur déclaration, les associations affirment que le Nodu doit rester l’indicateur de référence et de suivi du plan. « L’abandon du Nodu est pour nous une ligne rouge », affirme la représentante de FNE Anna Cohen Boulakia Nabeiro.

"Raison d’être" menacée

Dans cette atmosphère très tendue, le fond du problème est la prépondérance à accorder à chaque indicateur. Les ONG veulent garder le statu quo en conservant le Nodu comme indicateur de référence pour mesurer la réduction de « l’usage » des pesticides, tout en étant ouvertes à une combinaison d’autres indicateurs pour mesurer la réduction de « l’impact » (nocivité) des pesticides.

C’est ce que prévoit la stratégie Ecophyto soumise à concertation des parties prenantes à l’automne : réduire de 50 % les « usages » des pesticides de synthèse, avec comme indicateur de suivi le Nodu ; et tenir compte des indicateurs européens « afin de mesurer les évolutions nécessaires vis-à-vis de la réduction du risque », selon un document de présentation.

Lire aussi : Ecophyto : « Construire un consensus sur les indicateurs de suivi »

Mais le gouvernement « ré-ouvre » le sujet pour envisager le contraire : utiliser un indicateur d’impact comme indicateur de suivi, et reléguer le Nodu au rang de panel d’indicateurs complémentaires.

Pour les ONG, ce serait remettre en cause la "raison d’être" du plan Ecophyto, axé depuis ses débuts sur la réduction des usages. « Si un indicateur de suivi autre que le Nodu était choisi, l’hypothèse de 50 % de réduction de l’utilisation en 2030 n’a quasiment aucune chance d’être atteinte », affirme Anna Cohen. « Il y a un éclaircissement à avoir sur la nature du plan [Ecophyto], et on voit très bien que le gouvernement n’est toujours pas au clair », renchérit M. Veillerette.

« Le choix de l’indicateur final n’est pas encore fait »

« Le gouvernement n’est toujours pas au clair »

Les fabricants de pesticides plaident pour l'indicateur de risque

Lors de sa conférence de presse annuelle le 8 février, le syndicat Phyteis (fabricants de pesticides, ex-UIPP) a demandé un « changement de méthode » dans l’évaluation des produits phytosanitaires dans le cadre d’Ecophyto, « ciblant les risques et non les moyens de production ». « Nous ne sommes pas du tout d’accord avec la méthode actuelle, qui se focalise sur un moindre usage de phytos », a soutenu Yves Picquet, président de Phyteis. Il plaide notamment pour une « harmonisation des indicateurs » au niveau de l’Union européenne, pour éviter des « distorsions de concurrence » entre États membres. Et d’ajouter que « les politiques publiques françaises se sont jusqu’à présent concentrées sur le suivi des quantités de matières actives utilisées, privant parfois l’agriculture française de ses moyens de production sans que des alternatives efficaces et facilement disponibles ne soient disponibles ». Il estime ainsi que le Nodu ne reflète pas « l’amélioration des pratiques » agricoles.