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Ecophyto : « la preuve par l’exemple » plutôt que la sanction

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Didier Guillaume a soutenu le 13 novembre « la preuve par l’exemple », en matière de réduction des phytos, plutôt que la sanction. Et d'encourager le réseau Dephy, qui vise la diffusion des bonnes pratiques.

« Je ne crois pas qu’il faille sanctionner » dans le cadre d’Ecophyto, a déclaré le ministre de l’Agriculture au colloque Dephy, initiative pour « réduire et améliorer l’utilisation des phytos ». C’est plutôt « la preuve par l’exemple que l’Etat souhaite mettre en avant », a-t-il poursuivi.

Ecophyto vise une baisse de 25 % des pesticides en 2020, 50 % en 2025. Des sanctions sont prévues pour les distributeurs n’atteignant pas leur objectif de réduction dans le cadre des CEPP (Certificats d’économie de produits phytos).

Didier Guillaume a salué le réseau Dephy car « pour mettre en place les transitions » notamment « agroécologique, vers la baisse de produits phytos, il faut des pionniers ». « Vous êtes vraiment un laboratoire d’expérimentation de solutions alternatives. Nous ne pourrons pas changer les choses s’il n’y a pas de précurseurs et de l’innovation. »

Rallonge budgétaire

Raison pour laquelle le gouvernement a donné un avis favorable, dans le PLF (Projet de loi de finances) 2019, à 450 000 euros supplémentaires pour Dephy, selon le ministre. Le plan Ecophyto 2+, mis en consultation publique « d’ici à quelques jours », prévoit de « pérenniser » ce réseau de fermes. Il vise notamment à renforcer l’accompagnement, poursuivre le déploiement des GIEE (Groupements d’intérêt économique et environnemental), d’après Didier Guillaume. Par ailleurs, une ordonnance de la loi Egalim sur la séparation de la vente et du conseil en matière de phytos, devrait, elle, être adoptée « dans quelques semaines », vraisemblablement au cours du « premier trimestre 2019 », a-t-il précisé en marge du colloque.

Baisse d’IFT

Dephy affiche une baisse d’IFT (Indice de fréquence de traitement), entre l’entrée dans le réseau et la moyenne 2015-17, de 14 % en grandes cultures et polyculture élevage, 38 % en légumes, 25 % en arboriculture, 43 % en horticulture, 17 % en viticulture, 37 % en cultures tropicales. Le réseau compte 3 000 agriculteurs engagés dans la réduction des phytos.

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S'adressant aux 3 000 membres de Dephy qui ont mis en commun les 13 et 14 novembre à Paris les résultats de leurs expériences et tâtonnements dans la réduction des phytos, le ministre les a chaudement félicités : « Le réseau Dephy a un rôle très important à jouer pour passer aux bonnes pratiques partout, on a besoin d'éclaireurs ».

Infléchir la courbe des pesticides

Didier Guillaume a néanmoins dressé un constat décevant du plan Ecophyto lancé par ses prédécesseurs, qui n'est pas parvenu à faire baisser les volumes de pesticides. « Avec Dephy, on veut financer les bonnes pratiques, on ne peut pas rester dans la situation actuelle même si le plan Ecophyto n'a pas fonctionné, on va accompagner les filières et sortir du glyphosate en 2020 », a-t-il promis. « Si on ne veut pas que l'agriculture soit déconnectée de la société alors elle est obligée d'avancer », a-t-il déclaré, en critiquant néanmoins « l'agri-bashing » qui se développe dans certains endroits. « Je défendrai toujours les agriculteurs, a-t-il dit, mais il faut que ça bouge

Dephy affiche une baisse d’IFT jusqu’à 43 % en horticulture

Sortie du glyphosate : un besoin de reconception des systèmes

S’il est « possible techniquement de réduire voire d’arrêter le glyphosate » dans un grand nombre de situations, cela entraîne « un besoin de reconception parfois très profond des systèmes ». Telle est la conclusion du réseau Dephy qui a dressé, le 13 novembre en colloque, un état des lieux des usages, freins et alternatives. En grandes cultures et polyculture élevage, les principaux leviers de sortie du glyphosate concernent la destruction mécanique et les couverts, l’introduction de nouveaux matériels de travail du sol, la maîtrise des couverts en interculture, l’implication de la filière pour mieux valoriser les productions sans glyphosate. En arboriculture, c’est la destruction mécanique des adventices et la mise en place de bâches tissées à la création du verger. En maraîchage, également le désherbage mécanique mais aussi la reconception des systèmes.