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Biocarburants Effet positif à long terme pour les pays du Sud

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Les biocarburants ont un effet négatif à court terme sur les populations des pays du Sud, mais positifs à long terme. C’est ce qu’a exposé Hafez Ghanem, sous-directeur général pour les affaires économiques et sociales de la FAO le 17 décembre.

À court terme, les biocarburants ont un effet négatif sur les populations de bon nombre de pays du Sud, principalement dans les foyers ruraux, qui sont majoritairement acheteurs nets de produits alimentaires. Mais à long terme, les biocarburants représentent une « opportunité » pour ces populations. C’est ce qu’a exposé Hafez Ghanem, sous-directeur général pour les affaires économiques et sociales de la FAO (Agence des Nations Unie pour l’agriculture et l’alimentation) le 17 décembre lors d’une conférence co-organisée par la FAO et par la fondation Farm (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde).

Source d’opportunités

Hafez Ghanem a présenté la « Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2008 » (Stofa), dont le sujet est cette année les biocarburants.

Les biocarburants « ne sont qu’un des facteurs de hausse des prix alimentaires », a-t-il rappelé. Les principales raisons de la hausse de 2007, qui risque de se reproduire fin 2009, sont la croissance de la consommation de viande dans les pays émergents et l’insuffisance des investissements dans l’agriculture depuis 20 ans. Toujours est-il que la contribution des biocarburants à la hausse des prix a un effet sur les foyers ruraux, car les trois-quarts d’entre eux sont acheteurs nets de produits alimentaires dans les pays en développement.

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Mais à long terme, les biocarburants sont source de possibilités pour les populations rurales de ces pays, à condition que la politique alimentaire soit coordonnée avec la politique énergétique, selon Hafez Ghanem. Il faut aussi que l’agriculture soit suffisamment productive, ce qui n’est pas le cas des pays du Sud : en 2007-08, l’augmentation de la production agricole a été de 10% dans les pays développés, mais de 1% dans les pays en développement. Pour cela il faut l’accès aux intrants, à l’eau et aux semences.

Le jatropha tamponne les aléas climatiques

Baba Seid Bally, président de l’Association africaine pour la promotion des biocarburants, a expliqué concrètement pourquoi les biocarburants sont un atout à terme. Un arbre qui pousse dans les régions arides en Afrique, le jatropha, développé pendant plus de 20 ans par l’Inde, produit des graines oléagineuses de façon régulière. Ces graines donnent de l’huile avec laquelle on peut fabriquer du biodiesel pour les usages locaux, le pétrole étant coûteux à acheminer. Il est possible d’implanter le jatropha tous les 5 à 12 mètres entre les parcelles de culture. L’arbre peut ainsi apporter un complément de revenu régulier pour les paysans. Avantage très appréciable, car le problème de l’Afrique de l’Ouest notamment est l’irrégularité du climat : les années sèches amènent la pénurie, les années humides amènent des excédents, décourageant les paysans de continuer leur métier.

0,1% de l’énergie totale, mais 10% des carburants liquides

L’intérêt des biocarburants est surtout à considérer localement, et non globalement, selon Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betteraves : même s’ils fournissent 0,1% de l’énergie totale produite dans le monde, il faut considérer qu’ils fournissent un pourcentage non négligeable des carburants liquides. Une proportion qui approche les 10% en France. De quoi peser largement sur le marché des hydrocarbures.