Abonné

Elections au Brésil : les promesses de Lula et Bolsonaro

- - 5 min

Le chef d’État brésilien candidat à sa réélection poursuivrait sa politique agricole axée sur le laissez-faire dans les exploitations et le libre-échange aux frontières. Face à lui, l’équipe du candidat favori du scrutin dans les sondages, L. I. Lula da Silva, s’est adressée principalement aux employés agricoles en leur assurant de meilleures conditions de travail.

Candidat à sa réélection, le président sortant, Jair Bolsonaro, est placé en deuxième position par les sondages pour ce scrutin qui débutera le 2 octobre. Il cède une dizaine de points au candidat du Parti des Travailleurs, L. I. Lula Da Silva. Son retard n’est a priori pas dû aux exploitants agricoles brésiliens.

Bolsonaro devrait bénéficier d’un soutien massif des éleveurs et des céréaliers, en particulier les patrons de grosses exploitations, qu’il a choyés tout particulièrement tout au long de son mandat qui s’achève. La promesse qu’il leur a faite au cours de cette campagne, Bolsonaro l’a lui-même résumée lors d’une journée organisée fin mars, à Brasília, par le syndicat de la Confédération agricole nationale (CNA) : « Je vous laisserai travailler en paix, comme je l’ai toujours fait. De par le monde, un milliard de personnes dépendent de vous pour manger. […] Vous êtes les meilleurs défenseurs de l’environnement », leur a-t-il dit.

Lors de cet événement, Tereza Cristina, ministre de l’Agriculture depuis le début du mandat de Bolsonaro, a détaillé quelles seraient les priorités de son ministère en cas de réélection de Jair Bolsonaro « Le sort des exploitations de petite taille sera sa principale occupation. Il lui faudra faire en sorte que dans le cadre de son assistance technique, ce soit les exploitants qui courent après les fonctionnaires conseillers, pas l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui », a-t-elle prédit.

La ministre a justifié l’une des décisions emblématiques de son mandat : la reconversion de la Compagnie nationale d’approvisionnement alimentaire du Brésil (Conab), en un institut de données statistiques. Sous les premiers mandats de L. I. Lula da Silva puis de Dilma Roussef (2003-2016), la Conab était un distributeur de denrées auprès des populations défavorisées. Elle ne l’est plus, cantonnée à son rôle d’organisme stockeur et de source d’information, au service des gouvernements fédéral et de chaque État du Brésil. Elle est, entre autres, chargée de suivre la production agricole, de compiler le cadastre de l’immense territoire brésilien, et de recouper les données concernant l’usage des semences certifiées. « Nous avons besoin d’un tel data center de pointe pour exécuter au mieux les programmes publics », a expliqué Tereza Cristina.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

politique
Suivi
Suivre

Prêts agricoles conditionnés au traitement des salariés

Dans le camp adverse, celui de L. I. Lula da Silva, favori des sondages au point qu’il pourrait sortir vainqueur du scrutin dès le premier tour, on admet que le vote des agriculteurs brésiliens ne lui est pas acquis d’avance. Alors, ses porte-voix désignés sur le volet agricole, le sénateur Carlos Favaro et l’ex-ministre de l’Agriculture, Neri Geller, se sont addressés avant tout aux employés agricoles. Ils leur ont proposé de conditionner l’octroi d’emprunts à taux avantageux (bonifiés), destinés aux patrons d’exploitation agricole, aux avantages que ceux-ci garantiraient à leur personnel, par exemple, une assurance maladie privée incluant le remboursement des soins dentaires, ou encore un budget formation professionnelle. L’adoption de pratiques agro-environnementales serait elle aussi recompensée par cet éventuel gouvernement, toujours par le biais de lignes de crédits octroyés à taux d’intérêt avantageux subventionnés in fine par la Banque centrale du Brésil.

L’analyste de marché Paulo Molinari, de l’agence Safra, n’exclut pas qu’un gouvernement formé par L. I. Lula Da Silva puisse « intervenir sur le commerce extérieur brésilien des grains et des viandes en faveur des consommateurs brésiliens, notamment en en limitant les volumes ou en taxant les embarquements, à la façon des gouvernements péronistes de l’Argentine », une hypothèse qui, selon lui, aboutirait à « des effets catastrophiques pour l’agro-industrie brésilienne. »

L’histoire récente du Brésil démontre cependant qu’aucun gouvernement fédéral, même issu du Parti des Travailleurs, n’a jamais pu freiner cette formidable machine à exporter des aliments qu’est devenu le pays. Selon la FAO, la production de maïs au Brésil a triplé de 2002 à 2020, passant de 35,9 millions de tonnes (Mt) à 103,9 Mt ; celle de soja également, de 42,1 Mt à 121,8 Mt ; tandis que celle de la viande de volaille a doublé, de 7 Mt à 13,8 Mt ; et que la production de bœuf, elle aussi, y est en hausse constante sur cette même période, ayant progressé de 7,1 Mt en 2002 à 10,1 Mt en 2020.

« On vous laissera travailler en paix, comme je l’ai toujours fait »

L’équipe de Lula n’exclut pas d’intervenir sur le commerce extérieur