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Élevage : une stratégie pour renforcer le secteur et… le bien-être animal

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Les commissaires européens Oliver Varhely, Raffaele Fitto et Christophe Hansen, right, present the conclusions of the Commission's weekly meeting on the Energy package, in Strasbourg, France. 181 Oliver Varhelyi (à gauche), Raffaele Fitto (au centre) et Christophe Hansen présentent la stratégie sur l'élevage à Strasbourg Crédits : © European union

Annoncée de longue date, la stratégie sur l’élevage de la Commission européenne a été dévoilée le 7 juillet. Son objectif : rendre sa compétitivité à un secteur européen mal en point. Mais Bruxelles annonce aussi un calendrier pour renforcer les normes de bien-être animal en supprimant peu à peu l’élevage en cages, d’abord pour les poules puis les porcs. Les organisations agricoles déplorent un manque de moyens.

La Commission européenne a, comme prévu, dévoilé le 7 juillet sa stratégie sur l’élevage qui insiste sur la compétitivité du secteur et son importance pour les territoires de l’UE, en particulier les régions exposées à un risque d’abandon. Elle repose sur cinq piliers : la résilience, la compétitivité, la durabilité, la diversité et l’excellence. En termes de moyens, Bruxelles met principalement l’accent sur la simplification administrative, le renforcement des outils existants ou déjà annoncés et l’innovation. « Ce secteur emploie sept millions de personnes en Europe, pour un chiffre d’affaires de 400 milliards d’euros. Mais cette succes story est en péril avec les maladies émergentes, le manque de compétitivité… Il s’agit de garantir que l’élevage puisse s’épanouir dans l’UE et pas seulement survivre », a indiqué le commissaire européen à l’Agriculture Christophe Hansen. « Cette communication marque un changement majeur d’orientation de la Commission européenne après plusieurs années de messages négatifs » vis-à-vis de l’élevage, « tournant résolument le dos aux erreurs de la stratégie "De la ferme à la table" », a salué le cercle de réflexion Farm Europe.

Lire aussi : Élevage : les premiers éléments de la stratégie de Bruxelles

Par rapport à la première ébauche de cette stratégie qui avait pu fuiter, la version définitive apporte des précisions sur la question du bien-être animal. D’ici fin 2026, la Commission entend proposer une révision ciblée de la législation pour les poules pondeuses et les poulets de chair, axée sur la suppression progressive des cages et des indicateurs pratiques de bien-être en élevage. De plus, elle proposera l’interdiction de l’abattage systématique des poussins mâles d’un jour et envisagera un étiquetage des œufs pour informer les consommateurs sur l’utilisation des méthodes d’ovosexage. Puis au second semestre 2027, une autre proposition portera sur le bien-être des porcs pour, là encore, passer des systèmes de cages à des enclos. « Les éleveurs auront besoin de temps et d’investissements », a voulu rassurer le commissaire européen à la Sûreté alimentaire, Oliver Varhelyi, en conférence de presse. De plus, cette modernisation de la réglementation en matière de bien-être animal offre une occasion d’introduire des exigences équivalentes pour les produits importés, conformément aux normes de l’OMC, promet l’exécutif. Bruxelles indique aussi vouloir lancer « en dialogue étroit avec les parties prenantes concernées, la société civile et les pays tiers de destination » des réflexions pour mettre fin à l’exportation d’animaux vivants vers des pays tiers tout en préservant la position des éleveurs européens sur le marché.

« Sur-mesure pour les régions »

Pour le reste, les grands axes de cette stratégie sont conformes aux attentes. La Commission européenne souhaite assurer la résilience du secteur en s’appuyant sur une gestion renforcée des risques et des crises en travaillant notamment avec la Banque européenne d’investissement pour proposer des outils aux éleveurs. Bruxelles prévoit aussi de renforcer la prévention et la réponse face aux maladies en améliorant la catégorisation actuelle des maladies, en renforçant la vaccination préventive et en développant davantage les approches de régionalisation et de compartimentation. Sur le volet de la simplification législative en matière environnementale, plusieurs réflexions sont en cours : accélération des évaluations, révision du règlement relatif aux sous-produits animaux, réévaluation de la directive Nitrates, des directives Oiseaux et Habitats…

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La stratégie insiste beaucoup sur la dimension territoriale de l’élevage, en particulier sur le risque croissant d’abandon des terres dans certaines régions. Parmi les réponses proposées : une feuille de route sur les abattoirs locaux, notamment mobiles, va être élaborée. « Notre approche doit être du sur-mesure pour les régions », assure Christophe Hansen. Enfin, Bruxelles veut faire reconnaître « l’excellence » des productions animales de l’UE, en particulier dans les pays tiers. Une mise à jour des normes de commercialisation dans le cadre de l’OCM sera envisagée afin de « renforcer progressivement le rôle de l’origine UE dans la commercialisation » en s’appuyant dans un premier temps « sur les règles relatives à la viande de volaille pour améliorer la communication sur l’origine et tirer des enseignements pour d’autres secteurs ».

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) regrettent néanmoins le manque de moyens mis en œuvre : « Même une lecture attentive des annexes ne permet pas d’identifier clairement les actions ou mesures concrètes susceptibles d’apporter un soutien tangible aux agriculteurs sur le terrain ». Exemple avec les engagements en matière de bien-être animal « la Commission reconnaît les coûts d’investissement substantiels liés à ces transitions, mais elle ne propose aucune feuille de route crédible pour leur financement ». L’association de défense du secteur bio (Ifoam) déplore pour sa part que cette stratégie reste « excessivement axée sur les solutions technologiques visant à accroître l’efficacité de l’élevage, au détriment d’un soutien à la transition vers des systèmes agricoles bénéfiques pour l’environnement ». « La résilience du cheptel européen ne sera pas atteinte par le biais du génie génétique », prévient Ifoam.


La question sensible du méthane

Dans sa communication sur l’élevage, la Commission européenne souligne que certaines méthodes existantes d’estimation des émissions du bétail ne reflètent pas pleinement la variation réelle des émissions entre les différents systèmes de production, races et régimes d’alimentation. Elle envisage donc de développer des « approches plus affinées pour mieux refléter les pratiques réelles de gestion et garantir une évaluation plus précise et plus équitable des performances climatiques du bétail ». En clair, Bruxelles veut développer une méthode « de niveau 3 » qui permette de réduire l’empreinte climatique donnée à l’élevage. En effet, Bruxelles estime que les méthodes de niveau 1 et de niveau 2 du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) « pourraient sous-représenter la valeur des améliorations dans les exploitations et de la diversité génétique ». Elle ajoute que des discussions sont en cours pour étudier la nécessité de tenir compte de la nature biogénique des émissions de méthane. Ces réflexions inquiètent vivement les ONG (notamment le Bureau européen de l’environnement) qui dénoncent une instrumentalisation « pour détourner l’attention de l’importance de réduire les émissions ».