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Emissions d’ammoniac : pour l’Unifa, l’objectif 2020 est « mal engagé »

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Les objectifs du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa) ne seront probablement pas atteints en 2020 en ce qui concerne l’ammoniac, selon l’Unifa. La filière propose ses solutions pour permettre à la France de respecter ses engagements européens d’ici 2030.

La France est loin d’avoir atteint ses objectifs en matière de diminution des émissions d’ammoniac liées à l’utilisation d’engrais minéraux. « Pour 2020, c’est mal engagé », a affirmé le 12 mars Renaud Bernardi, président de l’organisation des industriels de la fertilisation (Unifa), à l’occasion d’une conférence de presse à Paris.

Le gouvernement français s’est en effet engagé à diminuer de 4 % ses émissions d’ammoniac en 2020, par rapport à 2005, pour atteindre 8 % en 2025 et 13 % en 2030, en application de la directive européenne NEC (National Emission Ceiling) de 2016, déclinée dans le Plan national de réduction de réduction de polluants atmosphériques (Prepa), en 2017.

Or, selon l’Unifa, ces émissions ont augmenté de 6,7 % entre 2005 et 2016, notamment à cause du « déplacement de la demande vers les engrais uréiques, ayant un potentiel émissif élevé en ammoniac ». Pour l’affirmer, l’organisation s’appuie sur une étude de janvier 2018, qu’elle a commandée au Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa).

50 % des agriculteurs prêts à modifier leurs pratiques

Selon cette étude, si ces tendances se poursuivent, l’objectif de 2020 ne sera pas atteint, ni celui de 2030. Mais une inversion de cette dynamique d’ici 2025 n’est pas « inimaginable », dans la mesure où « 40 % des agriculteurs ont d’ores et déjà modifié leurs pratiques et 10 % comptent le faire », selon une seconde étude réalisée par le cabinet Datagri pour l’Unifa.

Pour les industriels de la fertilisation, cette inversion passe notamment par le développement de certaines techniques, comme « l’enfouissement rapide de l’urée et de la solution azotée » et « d’inhibition d’uréase ». L’Unifa plaide par ailleurs pour le développement de l’utilisation de formes d’engrais « moins émissives ».

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Cette solution pourrait être plébiscitée par les agriculteurs, qui sont 50 % à déclarer être prêt à intégrer dans leurs choix de fertilisants une forme moins émissive, selon l’étude Datagri. « La combinaison d’un développement des techniques de réduction et de la modification de la répartition entre formes d’engrais permet l’atteinte des objectifs Prepa à l’horizon 2030 », ajoute l’Unifa.

L’Unifa veut des mesures « incitatives » pour les agriculteurs

Toutefois, ces changements ne « doivent pas impacter le revenu de l’agriculteur », plaide l’organisation, qui appelle à « des mesures incitatives plutôt que punitives » afin de faciliter cette transition. Sur ce sujet, une mission interministérielle est en cours pour analyser l’impact d’une fiscalité sur les engrais azotés sur les émissions d’ammoniac.

L’Unifa mise également sur le guide des bonnes pratiques agricoles, en cours de rédaction, afin d’inciter les agriculteurs à développer des pratiques permettant de réduire la présence d’amoniac dans l’air. L’organisation se dit « fortement impliquée » sur ce projet.

« 40 % des agriculteurs ont d’ores et déjà modifié leurs pratiques et 10 % comptent le faire »

Les émissions d’ammoniac ont augmenté de 6,7 % entre 2005 et 2016