Alors que la France semble avoir rempli de justesse les objectifs d’émissions d’ammoniac fixés pour 2020, ces engagements devraient être révisés en fin d’année, et exiger des efforts encore plus soutenus sur la gestion de la fertilisation et des effluents, à horizon 2030.
« Il faut se garder d’incriminer un secteur », estime Laurence Rouïl, responsable du pôle Modélisation environnementale et Décision de l’Ineris, évoquant le pic de particules fines observé le 28 mars dans plusieurs régions.
Si ce pic de particules fines n’est pas, dans cette situation, imputable à un secteur en particulier, il a néanmoins rappelé la responsabilité du secteur agricole dans la formation du nitrate d’ammonium, l’une des principales composantes des particules fines dites PM2.5.
« Le nitrate d’ammonium est un aérosol inorganique secondaire, qui se forme à partir de deux précurseurs, les oxydes d’azote, et l’ammoniac, qui provient presque exclusivement de l’élevage et des épandages d’engrais », détaille Laurence Rouïl.
Derrière la stabilité, des évolutions
La France s’est dotée pour la première fois d’objectifs contraignants de réduction des émissions d’ammoniac en 2012, dans le cadre de la révision du protocole international de Göteborg. Abaissant drastiquement le premier plafond fixé en 2005 à 780 kt, Paris s’était alors engagé à diminuer de 4 % des émissions d’ammoniac à l’horizon 2020 par rapport aux niveaux de 2005, en prévoyant d’atteindre 580 kt.
Pourtant, comme le note le Citepa, association chargée du rapportage des émissions pour le gouvernement français, dans un rapport publié en juillet 2019, « depuis 2006, les émissions sont très stables et oscillent entre 594 kt et 609 kt ».
Une stabilité imputable au manque d’une politique dédiée en France, qui n’a été actée qu’en 2017, avec un décret instituant le Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PNAR). Devant la mobilisation du secteur agricole, Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, avait cependant dû faire machine arrière sur la mesure la plus radicale de ce plan : la limitation des épandages d’urée.
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Or, d’après les chiffres de l’Unifa, l’utilisation de l’urée aurait été multipliée par plus de deux entre 2005, date d’entrée de la France dans le protocole de Göteborg, et 2018, pour atteindre 483 000 tonnes d’équivalent azote. Résultat de cette tendance, comme le résume le Citepa : « Les émissions s’en trouvent impactées à la hausse », malgré une baisse de 2 % des émissions liées à l’élevage bovin, en raison de la réduction du cheptel.
Vers de nouveaux objectifs
La France atteindra-t-elle en 2020 l’objectif fixé en 2012 ? Peut-être, avancent prudemment les experts de l’Ineris et du Citepa, malgré un niveau d’émissions de 2018 égal à celui de 2005, à 605 kt. L’agriculture aurait même vu ses émissions légèrement augmenter, et passer de 565 à 568 kt.
Or, le PNAR prévoit une nouvelle marche à partir de 2020, avec une étape de réduction supplémentaire de 4 % à l’horizon 2030, pour atteindre 556 kt d’émissions. Un objectif sur lequel, pour l’heure, Laurence Rouïl se montre « réservée ».
La révision du protocole de Göteborg, qui aura lieu en fin d’année, donnera cependant une vision plus claire sur les résultats français. « Le grand sujet de la révision sera de fixer de nouveaux objectifs de réduction à l’horizon 2030 pour certains polluants, et il y aura un focus sur l’ammoniac », prévient Laurence Rouïl. De nouveaux objectifs qui pourraient venir durcir ceux que la France a déjà peiné à atteindre.
IL