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Emmanuel Faber évincé de Danone

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Le conseil d’administration de Danone a mis fin aux fonctions d’Emmanuel Faber, numéro un du groupe, et a nommé Gilles Schnepp à la tête du conseil d’administration. Le groupe est à la recherche d’un nouveau directeur général. Les salariés sont inquiets pour la suite. La Bourse et les fonds activistes, détenteurs de 3 % du capital de Danone, ont applaudi la décision.

La crise qui couvait depuis plusieurs mois au sein de Danone s’est soldée par l’éviction le 14 mars, par le conseil d’administration, d’Emmanuel Faber de ses fonctions de président-directeur général avec effet immédiat. Un conseil où siège Franck Riboud, le fils du fondateur de Danone et dont Emmanuel Faber était le dauphin lors de son départ de la direction opérationnelle en 2014. C’est Gilles Schnepp, qui devient donc le président du conseil d’administration. D’abord financier chez Merrill Lynch, ce dernier a fait l’essentiel de sa carrière chez Legrand dont il est devenu p.-d.g. en 2006. Sa nomination en tant qu’administrateur indépendant, annoncée mi-décembre devait être soumise aux votes des actionnaires lors de la prochaine assemblée du 29 avril 2021. Et il a par ailleurs été décidé de nommer Véronique Penchienati-Bosetta, actuellement directrice générale International, et Shane Grant, actuellement directeur général Amérique du Nord, à la direction conjointe de l’entreprise « pendant que la recherche d’un nouveau directeur général se poursuit », précise le communiqué du groupe. Le départ d’Emmanuel Faber s’est fait en deux temps. Une semaine plus tôt, il avait déjà perdu les pleins pouvoirs lorsque le conseil d’administration avait décidé de dissocier les postes de président et de directeur général. Il avait alors été décidé qu’il conserverait la présidence du conseil d’administration, et qu’en attendant de trouver un nouveau directeur général, il continuerait d’assurer cette fonction.

Une décision regrettée par les syndicats mais saluée par le marché, l’action gagnant près de 3 % au lendemain de l’annonce. De leur côté, les deux fonds activistes Artisan Partners et Bluebell Capital, favorables à cette séparation des fonctions, ont salué la décision du départ d’Emmanuel Faber, incitant le conseil d’administration à nommer un dirigeant « vraiment indépendant ». Ces deux fonds jugent que, sous la direction d’Emmanuel Faber, Danone avait reculé par rapport à ses principaux concurrents.

Les syndicats inquiets pour la suite

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Inquiets de voir des fonds d’investissement dicter peu ou prou la stratégie du groupe, plusieurs syndicats de Danone (CFDT, FO et CGC) soutenaient la gouvernance actuelle, malgré un plan en cours de suppression de deux mille postes dans le monde. « On est inquiet pour l’emploi, pour nos territoires », a réagi le 15 mars auprès de l’AFP Michel Coudougnes, coordonnateur SNI2A CFE-CGC. « Cette situation semble donner raison aux fonds activistes qui avec quelque 3 % du capital arrivent à bouleverser un conseil d’administration », s’est-il ému. Au-delà de l’emploi et du maintien de l’intégrité du groupe, plusieurs élus syndicaux s’inquiétaient d’une évolution éventuelle de la culture de l’entreprise. « On soutient une gouvernance respectueuse du social et des questions environnementales, une gouvernance qui fait de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises, ndlr) depuis trente ans. La pression des fonds activistes, évidemment, nous inquiète », a commenté Hélène Deborde (FGA-CFDT).

Selon une source proche du dossier, le plan « Local first » annoncé à l’automne dernier visant à renforcer la rentabilité de Danone et entraînant lesdites suppressions de postes, pourrait être suspendu. « Ce n’était pas le bon moment pour remettre l’entreprise en tension, pour lancer un grand plan de restructuration », a estimé un bon connaisseur du dossier interrogé par l’AFP. « Le plan a un peu de plomb dans l’aile, même si je pense que c’est un bon plan », selon Laurent Grandet, analyste à New York chez Guggenheim Securities.

Quant au risque de voir le statut d'"entreprise à mission" de Danone remis en cause après le départ de son promoteur et moins d’un an après son adoption, beaucoup s’interrogent. Pascal Lamy, président du comité de mission indépendant chargé d’évaluer la mise en œuvre par Danone de ses engagements environnementaux, sociaux ou sur la santé répondant à son nouveau statut, espère que ce changement de direction n’entraînera pas de changement de cap. « Si cela ne devait pas être le cas, j’en tirerais les conséquences », a-t-il averti sur BFM Business.