Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture : ce qu'il faut retenir
« Prix plancher », «plan de trésorerie», «droit à l'erreur», «intérêt général majeur»... Dans un contexte électrique, le président de la République a fait plusieurs annonces marquantes, qui restent à éclaircir.
Suite à sa rencontre avec les représentants nationaux des syndicats agricoles, le 24 février au Salon de l'agriculture, le président de la République a annoncé, lors d'un point presse, un «plan de trésorerie d'urgence», ainsi que des «prix planchers» pour les agriculteurs. Emmanuel Macron a annoncé que les sanctions prononcées envers l'aval pour non-respect des dispositions d'Egalim seraient «reversées au monde agricole» pour financer des mesures de trésorerie. Il a annoncé qu'une réunion était prévue à cet effet lundi avec les banques et les représentants de plusieurs secteurs dont l'agriculture, pour élaborer un «plan de trésorerie d'urgence». Il a demandé qu'un recensement soit fait des exploitations en difficultés. Par ailleurs, dans le cadre du projet de loi sur les relations commerciales annoncé par le gouvernement quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron a appelé à ce que «l'indicateur devienne le prix plancher». Face à une trentaine de manifestants, il a répété: «D'ici trois semaines, il y aura un prix minimum, un prix plancher en dessous duquel le transformateur ne pourra pas acheter, et le distributeur ne pourra pas vendre». Son cabinet a assuré à la presse que ce «prix plancher» serait «opposable», sans préciser la nature de la mesure, ni sa compatibilité avec le droit de la concurrence - ce que devrait faire une mission parlementaire en cours, qui se terminera au mois de mai. Le cabinet renvoie au cas espagnol, où la loi sur la chaine alimentaire a renforcé, en 2013 puis 2021 le rôle des indicateurs de coût de production dans la fixation des prix. Trois jours avant l'ouverture du Salon, le Premier ministre avait dévoilé ce projet de nouvelle loi Egalim, incluant trois mesures dont «la construction du prix en marche avant» et «la place des indicateurs [qui] doivent être plus centraux».
Interrogé par Agra presse sur l'annonce du Président de la République de viser des «prix plancher pour les agriculteurs», l'actuel président de la FNPL (éleveurs laitiers, FNSEA) et du Cniel (interprofession laitière), Thierry Roquefeuil se montre dubitatif: «Personnellement, je ne sais pas ce que ça veut dire un prix plancher. J’imagine que pour le fixer, on se baserait sur un prix minimum calculé à partir d’indicateurs auquel on ajouterait une marge pour l’agriculteur. Mais on va retomber très vite sur le même problème qu’actuellement avec la loi Egalim sur le choix des indicateurs.» Et d'ajouter: «Il y a un gros risque qu’à partir du moment où l’on fixe un prix plancher, toutes les industries laitières se mettent à payer au prix du prix plancher, ce qui sera légal. Je n’ai pas du tout envie que le prix plancher soit le prix appliqué par Lactalis ! Et si on met ce prix plancher trop haut, les produits français ne seront plus compétitifs et perdront des marchés à l’international.». Pour l'éleveur, la proposition ne dépasse pas certaines limites du cadre actuel: «Emmanuel Macron parle d’un prix plancher par filière, ce qui veut dire qu’il va renvoyer encore une fois vers les interprofessions pour le construire. Déjà que l’Etat fasse en sorte de pleinement appliquer la loi Egalim ! Si c’était le cas, cela aurait des effets positifs. Et qu’il fasse en sorte que toutes les filières s’en empare. Car aujourd’hui, il n’y a que la filière laitière qui s’en est véritablement emparée.»
Suite à sa rencontre avec les représentants nationaux des syndicats agricoles, le président de la République a aussi annoncé s'être engagé à inscrire dans la loi «notre agriculture et notre alimentation comme un intérêt général majeur de la nation française». Lors d'une rencontre avec une trentaine de manifestants, Emmanuel Macron a précisé que les agriculteurs pourront «s'appuyer (sur ce principe, ndlr) face au juge, parce que c'est un métier essentiel. On pourra l'opposer». S'exprimant plus tard sur les usages de l'eau, il a également déclaré: «Je vais poser un principe simple, on va prioriser l'usage agricole et alimentaire sur les autres». La notion d«'intérêt général majeur» avait été introduite au sujet des projets agricoles de stockage d'eau dans la PPL Compétitivité de la ferme France des Républicains, puis reprise dans un avant-projet de loi d'orientation agricole, avant d'en être retiré. La portée d'une telle mesure serait relativement faible, selon les juristes (voir notre enquête). Lors de son allocation, Gabriel Attal avait, quant à lui, annoncé que l'agriculture serait inscrite, en préambule du code rural, comme un «intérêt fondamental de la nation» - mesure symbolique a priori sans portée juridique concrète. Là aussi, cette mesure avait inscrite dans des avant-projet de LOA, avant d'entre être retirée.
Lors de sa rencontre avec une trentaine de manifestants, le président de la République a également annoncé la mise en place d'un «droit à l'erreur» pour les agriculteurs. «Cela n'a pas été fait dans le monde agricole. On a mis tellement d'exceptions que cela n'a pas été fait», a rappelé le président de la République, qui n'a pas précisé dans quels domaines ce «droit à l'erreur» s'appliquerait (Pac, droit de l'environnement, fiscalité...). La loi Essoc de 2018 prévoyait un «droit à l'erreur» pour tous les Français face à leur administration, mais elle n'avait pas pu s'appliquer aux agriculteurs en matière d'aides Pac, régies par la réglementation européenne. Dans un communiqué paru le 22 février, la députée LR Anne-Laure Blin a annoncé avoir déposé une proposition de loi visant à créer un «véritable droit à l'erreur» lors des contrôles d'exploitations agricoles. Depuis l'échec de la loi Essoc en agriculture, un «droit à l'erreur» a été mis en place avec la nouvelle Pac (voir notre enquête) pour certaines aides. Mais la députée souhaiterait étendre le droit à l'erreur «en matière environnementale», citant les exemples de l'eau et des haies.
Lors de sa rencontre en aparté avec les manifestants, le président de la République a annoncé «des engagements pour limiter les délais» d'accord de dérogations provisoires à l'usage de pesticides non-autorisés, et à «déconcentrer» ces décisions. Emmanuel Macron est revenu sur le cas de la lutte contre Drosophila Suzukii, pour laquelle une dérogation de 120 jours avait été accordée à compter du 1er avril 2023 pour du Cyantraniliprol: «Pour Drosophila Suzukii, on a donné la dérogation un mois trop tard», a estimé le président. Emmanuel Macron est également revenu sur la séparation de la vente et du conseil des pesticides, et l'annonce faite le 1er février par Gabriel Attal de la «suppression du conseil stratégique (sur les pesticides, CSP) dans sa forme actuelle». «Ce n'est pas celui qui vend les produits phytosanitaires qui peut faire le conseil», a-t-il déclaré, semblant fermer la voie à une suppression de la séparation de la vente et du conseil. Et de reconnaître, au sujet du CSP: «Aujourd'hui, c'est une usine à gaz. Filière par filière, territoire par territoire, nous allons chercher la méthode. Ca peut être la coopérative, ça peut-être la chambre.» « Le 17 janvier, le ministre de l'Agriculture avait acté l'échec de la séparation vente/conseil: «Ça partait de bonnes intentions, mais ça ne marche pas, les agriculteurs manquent de conseil», a-t-il déclaré à l’occasion des Rencontres du biocontrôle d’IBMA (fabricants), à Angers.
Suite à sa rencontre avec les représentants nationaux des syndicats agricoles, le président de la République a annoncé qu'il réunira les syndicats agricoles, les représentants des filières et les parties prenantes, à l'Elysée dans «trois semaines», pour «bâtir un plan d'avenir agricole à 2040, français et européen, à décliner par filière et par territoire avec des contrats d'avenir». Une initiative qui, avec l'ensemble des annonces du jour, n'est pas sans rappeler les premiers mois du premier mandat d'Emmanuel Macron en 2017, avec la demande de plans de filières à chaque interprofession, la promesse d'un «juste prix», qui «partira du coût de production», puis d'un «droit à l'erreur» avec la loi Essoc. Les lois Egalim avaient abouti à une obligation de «prise en compte» du coût de production agricole par les acheteurs, et à un principe de «non-négociabilité» de la matière première agricole avec la grande distribution. En juillet 2020, notre enquête montrait que les plans de filière affichaient des résultats inégaux, avec des filières des viandes plus à la peine que leurs homologues végétales. Les objectifs économiques (segmentation, structuration) ressortent contrastés. Mais les crises n’ont pas empêché des progrès sur le volet environnemental, entre développement du bio et de la HVE, portés par la demande.
Une centaine d'agriculteurs de la FNSEA, des JA, et de la CR, venant de toute la France mais principalement du grand bassin parisien, ont pénétré à 8h dans le hall 1 du Salon de l'agriculture à la rencontre d'Emmanuel Macron, qui s'entretenait à huis clos avec les représentants nationaux des syndicats agricoles. Sur fond de sifflets, de cloches, et de chants (Marseillaise, puis "Macron démission"), les agriculteurs ont tenté de s'approcher du lieu où devait arriver le président, s'affrontant avec les forces de l'ordre, qui ont embarqué au moins un individu. Emmanuel Macron a ensuite rencontré, au cours d'un échange improvisé, une trentaine de manifestants, agriculteurs et représentants des différentes organisations syndicales, en mettant en avant son envie de "dialogue". Pendant deux heures, accoudé sur une table mange-debout, veste de costume tombée, le président a recueilli les doléances des agriculteurs regroupés autour de lui, chacun portant un signe distinctif de son organisation syndicale: bonnets jaunes, casquettes vertes ou rouges. Les heurts ont provoqué un retard d'une heure et demie de l'ouverture du salon au grand public. Ce hall, le plus couru, a finalement été ouvert puis refermé, illustrant la confusion générale, et donnant lieu à des scènes étonnantes d'enfants goûtant du fromage à un stand à quelques mètres de CRS casqués.
Le président Emmanuel Macron a déambulé ce samedi derrière un cordon de sécurité massif, mais pas à l'abri du vacarme des sifflets et des insultes de centaines d'agriculteurs, à la fois ulcérés par sa présence et demandeurs d'actes concrets pour améliorer leurs conditions de travail. Le chef de l'État goûte du miel du pays d'Auge, du fromage de Haute-Savoie, serre des mains et répond aux interpellations, l'air quasi imperturbable, mais sa voix est régulièrement couverte par le vacarme et le programme initial complètement bouleversé par une pagaille inédite. Il est protégé par des dizaines de CRS équipés de boucliers qui, dans des heurts ponctuels, ont repoussé les manifestants à une cinquantaine de mètres de lui. Les noms d'oiseaux fusent: "Fumier" ou "menteur", comme les cris ("Barre-toi !") et les appels à la démission. Trois personnes ont été interpellées pour des violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon le parquet de Paris, puis relâchées; elles seront convoquées ultérieurement. «Je préfère toujours le dialogue à la confrontation» a asséné le chef de l'État. «Je suis en train de vous dire que le boulot est fait sur le terrain, on a repris les copies, on est en train de faire toute la simplification», a-t-il défendu. «Tant que ce n'est pas concrétisé dans les cours de ferme, on sera sur votre dos», lui a répondu un agriculteur.
Les Soulèvements de la Terre ont affirmé le 23 février que des cabinets ministériels avaient bien cherché à les contacter pour les inviter à un grand débat au Salon de l'agriculture, quelques heures après que le président Emmanuel Macron a nié toute invitation de ce collectif écologiste radical. «L'Elysée, par l'intermédiaire des cabinets de Pascal Canfin et Gabriel Attal, ont bien cherché à contacter des membres des Soulèvements de la Terre afin de nous inviter à ce débat», a indiqué le collectif dans un communiqué, précisant que des responsables d'EELV avaient été contactés par le cabinet de l'eurodéputé Renaissance Pascal Canfin, «qui était en charge de faire le lien avec l'Élysée pour nous inviter», et par celui de Gabriel Attal. Jeudi soir, l'Elysée a annoncé à la presse que plusieurs associations environnementales étaient invitées à ce grand débat initialement prévu samedi. Parmi elles, les Soulèvements de la Terre, collectif que l'exécutif voulait dissoudre avant que cette décision ne soit annulée par le Conseil d'Etat. Vendredi, l'Elysée a regretté une «erreur faite lors de l'entretien avec la presse», assurant que le collectif n'avait été «ni convié, ni contacté». "Je démens totalement cette information. Totalement» a martelé Emmanuel Macron devant des journalistes samedi matin. «Toute cette histoire m'a mis en colère à un point que vous ne pouvez pas imaginer (...) Donc là, ça, c'est n'importe quoi».
L'Elysée a démenti fermement samedi des propos rapportés du président au sujet des «smicards» qui préfèreraient des «abonnements VOD à une alimentation plus saine», tenus devant un syndicat agricole pour qui «le président ne s'est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même». La polémique a été suscitée par le journal La Marseillaise, qui a relayé en Une de son édition de samedi cette citation prêtée au chef de l'Etat lors d'une rencontre avec le syndicat Modef, le 14 février à l'Elysée: «les smicards préfèrent des abonnements VOD à une alimentation plus saine». L'entourage de M. Macron, concédant que «le sujet de la part de l'alimentation dans le budget des ménages» ait pu être évoqué, réfute absolument ces mots, ajoutant que «publier entre guillemets des propos rapportés sans vérification est par ailleurs curieux déontologiquement». Interrogée par l'AFP, Lucie Illy, vice-présidente du Modef et présente à cette réunion, a affirmé que «le président ne s'est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même». «Il m'a dit d'abord qu'il n'y avait pas de marges abusives en bio. Puis il a dit que +bien se nourrir est un choix de vie. Alors qu'on a 70 chaînes gratuites en France+, on peut se passer d'un abonnement (télé) pour se payer des pommes bio», a-t-elle relaté.
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