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Emmanuel Macron menace de faire capoter l’accord UE-Mercosur

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Le 26 août, à peine le G7 de Biarritz achevé, le chef de l’État a réaffirmé son opposition à l’accord UE-Mercosur « en l’état ». Une menace qui vise à mettre la pression sur Jair Bolsonaro pour lutter contre les incendies en Amazonie et clarifier son engagement contre le réchauffement climatique.

« En l’état, je ne signerai pas le Mercosur. » En confirmant, le 26 août sur France 2, son opposition à l’accord de libre-échange UE-Mercosur tel qu’il est conçu actuellement, Emmanuel Macron a accru la pression sur Jair Bolsonaro. « Le texte n’est pas suffisant, il n’apporte pas les garanties que je voulais », a précisé le chef de l’État, citant notamment « les règles de contrôle » et surtout « le respect des engagements climatiques » de l’accord de Paris. « Je n’ai jamais donné mon accord définitif, car je n’avais pas eu le texte définitif », a soutenu M. Macron.

Le président de la République a reproché à son homologue brésilien « d’avoir soutenu un projet économique très défavorable à la forêt amazonienne » : le « défrichage massif » responsable des incendies qui ravagent actuellement la forêt primaire. Tout en reconnaissant la « part de complicité » de la France dans la déforestation, via les importations de soja (1). L’Amazonie absorbe « 15 % du CO2 de la planète », a rappelé Emmanuel Macron. Les incendies concernent-ils les seuls pays amazoniens ou l’ensemble de la communauté internationale ? « Les deux », a estimé le locataire de l’Élysée, alors que M. Bolsonaro critique une ingérence et une attitude « impérialiste ».

L’Allemagne défend toujours l’accord de libre-échange

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Pour Paris, l’objectif est de forcer le président brésilien à intensifier sa lutte contre les incendies, mais aussi de clarifier son engagement à lutter contre le réchauffement climatique. Jair Bolsonaro avait en effet menacé de sortir de l’accord de Paris. L’annonce de M. Macron a été fraîchement accueillie côté brésilien. Tereza Cristina, ministre de l’Agriculture, a ainsi estimé que certains pays européens « sur-réagissaient » en liant les feux en Amazonie à l’accord avec l’UE. « J’ai du mal à comprendre quand on dit que la France pourrait être contre l’accord UE-Mercosur. De quelle France parle-t-on ? », a ironisé le secrétaire au Commerce extérieur, Marcos Troyjo le 27 août. Il a rappelé que la France est l’un des trois plus grands investisseurs directs étrangers du Brésil depuis 2000, tout en pointant l’influence d’un « puissant lobby d’agriculteurs inefficaces ».

Côté français, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) ont « salué » l’annonce du président français, y voyant « une décision de sagesse », dans un communiqué le 23 août. La menace du président Macron peut-elle réellement conduire à l’enterrement de l’accord ? « Si elle se matérialise en fait, alors oui, l’accord Mercosur-UE est caduc », estime Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris, sur TV5MONDE. C’est très clair. Si l’accord n’est pas signé par les 28, il n’existe plus comme accord de l’UE. » L’Irlande et le Luxembourg se sont rangés du côté de Paris, mais l’Allemagne continue à défendre l’accord de libre-échange. « La non-conclusion de l’accord avec le Mercosur ne contribuerait en aucun cas à ce qu’un hectare de moins ne soit défriché au Brésil, au contraire », avançait Angela Merkel en juin.