Quatre à cinq cents inspecteurs et contrôleurs du travail ont manifesté le 7 septembre devant les ministères du Travail et de l’Agriculture puis devant le siège du Medef, à l’occasion des obsèques de deux de leurs collègues tués le 2 septembre par un agriculteur en Dordogne. Motifs de la colère : le communiqué de presse du ministère de l’Agriculture, qualifié de « choquant », et le sentiment d’une partie des contrôleurs de voir la légitimité de leur métier remise en cause.
Le meurtre de Sylvie Trémouille, contrôleur du travail, et de Daniel Buffière, contrôleur de la MSA, par un agriculteur de Dordogne a donné lieu à un torrent de réactions. Si les messages de compassion ont été nombreux, les références aux difficultés rencontrées par les agriculteurs dans un certain nombre de déclarations ont choqué les contrôleurs de terrain. « Nous attendions une déclaration sans ambiguïté de vraie condamnation politique, nous avons eu droit à des ronds de jambe», a déclaré Martine Devillers, inspecteur du travail et membre du syndicat Sud lors de la manifestation organisée le 7 septembre devant les ministères du Travail et de l’Agriculture. Pour la Fnaf-CGT (fédération agro-alimentaire et forestière) et le Syac-CGT (ministère de l’Agriculture), « aucune situation particulière ou difficultés économiques de quelque profession que ce soit ne saurait justifier de tels actes ». Et de poursuivre : « Rien ne peut justifier un tel assassinat et le communiqué du ministère de l’Agriculture sur ce point est décevant et tendancieux ». Les syndicats font référence à une phrase du message de condoléances diffusé le 2 septembre par Hervé Gaymard, où le ministre évoque notamment les « difficultés extrêmes » rencontrées par le monde agricole et rural.
La référence au contexte économique
Cette référence à la situation économique des agriculteurs, la plupart des syndicats agricoles l’évoquent dans leurs réactions, en des termes plus ou moins directs : la FNSEA estime que « quelle que fut (l)a situation (de l’agriculteur, ndlr), rien ne peut justifier un tel acte » mais « appelle l’attention de tous les responsables politiques français et européens sur les conditions de vie de plus en plus difficiles de nombreux exploitants ». La Coordination rurale y voit avant tout la démonstration de « l’ampleur du désespoir des paysans spoliés de leurs droits fondamentaux et soumis à des contraintes inacceptables ». La Confédération paysanne estime quant à elle que « rien ne peut justifier un tel meurtre. La violence sur des personnes physiques n’est en aucun cas une réponse aux difficultés croissantes du monde paysan ». Le président socialiste de la région Aquitaine Alain Rousset a pour sa part annoncé la création d’un groupe de réflexion pour évaluer la « détresse » des petits exploitants agricoles locaux.
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Légitimité du métier
Chez les syndicats de salariés les réactions ont naturellement été nombreuses. « Bouleversée » par « ce drame humain inadmissible », la FGA -CFDT pose « la question de l’intégrité physique » des contrôleurs dans l’accomplissement de leur mission. La Fnaf-CGT remarque que « l’émotion et la douleur sont immenses parmi les agents de l’inspection du travail », ajoutant que « la déréglementation et le discours patronal et gouvernemental qui la valorise, au nom de la liberté d’entreprise, conduisent à fragiliser la légitimité des missions publiques ». Au ministère de l’Agriculture, le Syndicat général du ministère chargé de l’Agriculture (Sygma) et la FSU replacent ce drame « dans le contexte des attaques violentes que subissent aujourd’hui les salariés, dans leur emploi, dans leurs conditions de travail et dans leurs droits », citant en exemple « ceux qui, comme le baron Seillère, n’ont de cesse de vouer aux gémonies le code du travail ». Le syndicat interroge également le mode de production agricole, « quand de nombreux agriculteurs subissent les pressions permanentes des industriels de la transformation et des entreprises de la grande distribution ». Quant à la MSA, elle « exprime son émotion », rappelant « son rôle premier de protection sociale du monde agricole et sa mission légale et nécessaire de contrôle et de recouvrement ».