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Terres En 2009, 45 millions d’hectares ont été achetés dans les pays pauvres

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Les acquisitions de terres agricoles augmentent à une vitesse vertigineuse, selon la Banque mondiale, qui évalue à 45 millions le nombre d’hectares achetés dans le monde en 2009. Les petits producteurs sont venus à Rome la semaine dernière demander à la communauté internationale de stopper ces pratiques.

Des agriculteurs venus d’Afrique et d’autres pays du Sud se sont mobilisés la semaine du 11 octobre à Rome dans le cadre du Comité de la sécurité alimentaire (CSA) de la FAO (Organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation) pour demander à la communauté internationale de stopper les achats massifs de terres. Des multinationales privées et des entreprises gouvernementales ont acheté ces dernières années des millions d’hectares de terrains agricoles dans les pays pauvres pour satisfaire les besoins croissants des pays en biocarburants, céréales ou produits miniers. Selon un récent rapport de la Banque mondiale (BM), ces acquisitions de terres augmentent à une vitesse vertigineuse depuis 2008 avec 45 millions d’hectares achetés rien qu’en 2009.

« Accaparement des terres », selon les ONG
Les acquéreurs viennent surtout de Chine, d’Arabie Saoudite, des Etats du Golfe, de Corée du sud, du Royaume-Uni et d’Inde, tandis que la moitié des terres achetées se trouvent en Afrique, notamment au Soudan, au Ghana et à Madagascar, selon la BM qui cite aussi Indonésie et Philippines ainsi qu’Argentine, Brésil et Paraguay parmi les pays « cibles » de ces achats.
« Nous vivons depuis des générations grâce à l’agriculture familiale et nous sommes furieux de voir des gens s’emparer de nos terres, anéantissant aussi nos traditions séculaires », a expliqué Hortense Kinkodila du Congo, venue participer à une action de sensibilisation en marge d’une réunion de la FAO.
« Cet accaparement des terres a entraîné des émeutes car les paysans locaux n’ont plus été en mesure de produire de la nourriture pour eux et leurs communautés », a ajouté Renaldo Chingore, originaire du Mozambique.
Les militants des ONG Oxfam, Via Campesina et Coordination Sud ont dénoncé à Rome un véritable « accaparement des terres », estimant qu’il entraîne une hausse des prix alimentaires et le départ forcé des fermiers. Selon la BM, cependant, ces investissements peuvent aider les pays dont les terres ne sont pas suffisamment utilisées à se développer. La BM cite ainsi l’exemple du Pérou où le rachat de 235 000 ha s’est traduit par une manne de 36 millions d’euros d’investissements ces 15 dernières années.

La FAO propose un code éthique
« Les partisans de l’accaparement des terres des pays pauvres affirment souvent que cela représente une bonne opportunité pour des zones qui seraient sans cela vides et inutilisées. C’est tout simplement faux », note Ian Scoones, de l’Institut d’études du développement du Sussex (Royaume-Uni).
« Les nomades, les petits propriétaires terriens, les travailleurs agricoles ont vu leurs moyens d’existence perturbés et trouver une manière de garantir les droits des agriculteurs locaux sera un long processus », a ajouté Ian Scoones.
« Il s’agit souvent de spéculations qui finissent par obliger les paysans à partir et perturbent la vie de la population locale, plus particulièrement si le projet en question ne va pas à bon port et ne produit pas de bénéfice », estime Ian Scoones.
Pour prévenir ce genre d’abus, la FAO a proposé un code éthique de comportement, sur une base volontaire, pour une gestion responsable des terres, espérant que cela pourrait mettre un terme à la corruption et à l’exploitation, mais elle n’a pas réussi à convaincre les détracteurs de ces pratiques.
« Ces codes volontaires fonctionnent bien quand vous travaillez avec les bonnes personnes mais tous ne sont pas animés du même esprit civique. Donc en plus de la carotte, il faudrait aussi le bâton », estime Ian Scoones.

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