La société Saint Jean vient de boucler son exercice 2017 sur une croissance de 10 % de ses ventes à 71 millions d’euros et une baisse de son résultat net. Confronté à la hausse de certaines matières premières et aux demandes de déflation de certains distributeurs, le groupe a arrêté la fabrication de ravioles pour certaines MDD. Saint Jean, qui a consacré pas moins de 61 millions d’euros d’investissements à l’optimisation de ses sites au cours des dix dernières années, veut aussi accroître son développement à l’export, en priorité en Allemagne et en Chine. La croissance externe reste également à l’ordre du jour. Faute de cibles dans ses principaux métiers, Saint Jean regarde du côté des spécialités régionales.
Le groupe Saint Jean, leader du marché des ravioles avec 47,6 % de PDM, vient de clore son exercice 2017 qui se solde par une progression de ses ventes de 10 % à 71 millions d’euros. Le résultat net qui s’était élevé à 466 000 euros en 2016 est quant à lui en baisse, à un niveau non communiqué par l'entreprise. La croissance des ventes de Saint Jean est principalement générée par le marché des quenelles où la marque occupe la seconde place en volume, et des pâtes farcies, tant en GMS qu’en RHF. Le groupe détient deux marques, Saint Jean pour le grand public et Royans pour la restauration. À noter que l’activité plats cuisinés représente aujourd’hui environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaires du groupe. Une nouvelle activité démarrée à partir de zéro en 2010.
"En 2018, nous pensons faire à peu près la même croissance qu’en 2017, indique Guillaume Blanloeil, le directeur général de Saint Jean. La seule incertitude aujourd’hui se situe sur le niveau du prix de certaines matières premières". Pénalisé par la forte hausse du comté en 2016, c’est celle des œufs, un ingrédient largement utilisé chez Saint Jean dans la fabrication des quenelles et des pâtes fraîches, qui préoccupe le dirigeant aujourd’hui. Le prix de l’œuf coquille affiche une hausse de 50 % sur un an à 1,70 euro et dans le bio, il est passé de 1,65 euro fin 2016, à 3,10 euros. "Ce phénomène est lié à l’explosion de la demande sur les produits bio, alors que l’amont ne suit pas".
Forte hausse des certaines matières premières
Dans un contexte de guerre des prix entre distributeurs, "tout l’enjeu pour nous est de trouver un juste milieu avec eux sur nos prix sans sacrifier nos marges ". Guillaume Blanloeil ne cache pas que les négociations commerciales qui se sont achevées fin février "ont été très très dures sur certaines catégories de nos produits". Saint Jean est loin d’avoir obtenu toutes les hausses qu’il demandait. "Si l’on retient une hausse de 100 % pour le prix du beurre et de 50 % pour celui des œufs, nous aurions dû obtenir une hausse de 20 % de nos prix auprès des distributeurs sur certaines catégories de produits comme les quenelles au beurre", a d’ailleurs calculé ce dernier. Dans ce bras de fer destructeur de valeur, Saint Jean qui fabrique toutes les ravioles à marques distributeurs a d’ailleurs décidé d’arrêter la livraison de ce produit chez certains distributeurs. "Les MDD représentent un petit 30 % de notre activité. Nous n’excluons pas d’en arrêter la fabrication. En dessous d’un certain prix, continuer n’est pas viable", explique Guillaume Blanloeil.
Relance publicitaire et agrandissement des sites
Pour accompagner la croissance de ses ventes et soutenir l’arrivée de nombreuses nouveautés dans les rayons dès septembre, telles que les Cappelletti à poêler ou les Soufflettes, des mini-quenelles dédiées à l’apéritif, Saint Jean met cette année l’accent sur les investissements publicitaires. "Ceux-ci ont été multipliés par trois en trois ans", précise le dirigeant. Une campagne TV de trois vagues dans l’année (mars, septembre et novembre) est ainsi programmée, contre une seule l’an dernier et aucune en 2016.
Outre l’innovation produits, le groupe investi également dans ses sites de production. L’agrandissement de celui de Frans (Ain) spécialisé dans les quenelles touche à sa fin, et un montant supplémentaire de 1,5 million d’euros, décidé sur ce site, sera consacré à l’automatisation et la remise à niveau de certaines salles de production. Sur les dix dernières années, le groupe a consacré pas moins de 61 millions d’euros à ses installations.
Saint Jean compte également se concentrer sur le développement du site de Romans-sur-Isère. "Nous prévoyons de construire une nouvelle usine de pâtes fraîches. L’ancienne pourra alors se consacrer aux ravioles". Le début des travaux est programmé pour mi-2019 et le budget estimé à un peu moins de 30 millions d’euros. Une fois ce nouveau site entré en fonction, la production de pâtes qui passera sur dix lignes au lieu de quatre actuellement, devrait tripler avec un volume proche de 15 000 tonnes par an. "Sur un marché aujourd’hui en hyper et super de 58 000 tonnes en 2017, en croissance de 3 à 4 % par an, il n’y a pas de problèmes de volumes", constate le directeur général. Et dans la raviole, la production de l’ancienne usine de Romans passera de 5 000 à 8 000 tonnes par an dès 2019".
Dans la quenelle enfin, le groupe aspire à devenir le numéro un du marché, aujourd’hui dominé par Lustucru. Saint Jean, second en volume est au coude à coude avec son concurrent le groupe Giraudet, à la deuxième place en valeur.
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Développer l’export
Le groupe met également les moyens pour accroître son développement à l’export, en priorité en Allemagne et en Chine, où des partenaires qualifiés ont été trouvés. "Les premières livraisons en Chine uniquement en surgelés sont prévues pour septembre", confie le dirigeant. À noter que les surgelés, tous produits confondus, représentent environ 15 % de l’activité. Et en Allemagne, Saint Jean qui a défini "une nouvelle gamme dans les plats cuisinés, vise plutôt la GMS dans un premier temps". L’export représente aujourd’hui un petit 2 % de l’activité du groupe. "Nous visons 10 % du chiffre d’affaires dans cinq ans. Pour y arriver, nous comptons mettre de plus en plus de moyens sur les zones que nous trouvons intéressantes à l’export en nous appuyant sur des partenaires commerciaux, indique encore Guillaume Blanloeil, sans oublier toute la démarche opérationnelle ici en France".
La croissance externe plus que jamais à l’ordre du jour
Le spécialiste des quenelles, pâtes fraîches et ravioles souhaite toujours procéder à une opération de croissance externe pour conforter son développement. Faute de cibles dans ces principaux métiers, Saint Jean regarde du côté des spécialités régionales. "Nous étudions cinq à six dossiers par an, mais n’avons toujours pas trouvé le bon dossier, confie Guillaume Blanloeil. Nous pourrions mobiliser une trentaine de millions d’euros pour réaliser une acquisition, si nous devions trouver une cible conforme à nos attentes."
Sabeton, un actionnaire discret
Si on connaît la marque Saint Jean, on connaît bien moins Sabeton, son discret actionnaire majoritaire, à moins d’être boursicoteur. Coté sur le compartiment C d’Euronext Paris, le holding lyonnais détient pour principaux actifs 100 % du capital du fabricant de ravioles et de quenelles Saint Jean et 99,99 % de la Compagnie agricole de la Crau, qui exerce diverses activités agricoles et gère un patrimoine essentiellement composé de terrains situés dans la plaine de la Crau.
Si les racines des ravioles Saint Jean sont anciennes, c’est en 1992 que l’aventure a commencé pour Sabeton, lorsque son président Claude Gros a racheté la CAIC (Compagnie d’agriculture, d’industrie et de commerce). Ensuite, d’acquisitions en regroupements et en agrandissements, est née l’actuelle société Saint Jean.
En 2017, Sabeton a réalisé un chiffre d’affaires de 71 millions d’euros (contre 64,54 millions d’euros un an plus tôt). Son résultat opérationnel a plus que triplé à 4,13 millions d’euros, après prise en compte de la plus-value de cession de l’immeuble de Dardilly pour 2,3 millions d’euros et d’actifs immobiliers par la Compagnie agricole de la Crau pour 1,9 million d’euros. De son côté, le bénéfice net avoisine 4 millions d’euros, malgré une charge fiscale en forte hausse. Au 31 décembre 2017, la société affichait 66,44 millions d’euros de capitaux propres, une trésorerie de 44,1 millions d’euros et 24,7 millions d’euros d’emprunts et de dettes financières. Un dividende de 0,22 euro, inchangé par rapport à celui de l’année précédente, sera proposé aux actionnaires lors de la prochaine assemblée annuelle des actionnaires.