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Biocarburants En attendant la deuxième génération...

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Les biocarburants soulèvent toujours des interrogations, en cette période de crise alimentaire mondiale. Ceux de la deuxième génération pourraient y répondre, mais leur développement va encore prendre de longues années. Ce développement passe par le soutien aux actuels biocarburants de première génération, même si leur production est moins viable, plaident les industriels européens. Qui risquent aujourd’hui de ne plus être entendus sur ce point.

Le premier ministre thaïlandais, Samak Sundaravej, a vivement déploré, le 22 avril à Bangkok, que la Banque mondiale et les Nations unies critiquent les pays producteurs de biocarburants tout en épargnant les pays exportateurs de pétrole.

A l’inverse, le président péruvien, Alan Garcia, a demandé le 21 avril une limitation de la production de biocarburants et la recherche d’autres options, en raison de son impact sur la hausse brutale des prix des produits alimentaires.

« Il se dessine un conflit entre nourriture et carburant avec pour conséquence des conflits sociaux désastreux pour des bénéfices environnementaux douteux », a lancé pour sa part le premier ministre italien sortant, Romano Prodi, le 21 avril à Rome où se tenait un Forum international de l’énergie qui réunissait pays producteurs et consommateurs de pétrole.

« Le problème de la planète, qui est très important mais ne se résoudra pas avec les biocarburants (car) les moteurs à hydrogène seront beaucoup plus efficaces d’ici quelques années, est à mettre en balance avec le fait que les gens vont mourir de faim », a argumenté de son côté le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, le 18 avril sur la radio Europe 1.

Quant à la ministre allemande de la coopération et du développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, elle a appelé le 21 avril, à Berlin, à suspendre l’utilisation de céréales dans la fabrication de biocarburants. « Le droit à l’alimentation pèse plus lourd que le droit à la mobilité », a-t-elle dit.

Paris décide une « pause »

Au sein de l’UE, Europabio, l’association européenne des industries des biotechnologies, a déploré, le 17 avril l’appel, lancé par l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), à la suspension de l’objectif communautaire de 10 % de biocarburants dans la consommation du secteur des transports fixé pour 2020.

« L’avis du comité scientifique de l’EEA n’est basé sur aucune preuve scientifique nouvelle », estime Europabio qui, tout en reconnaissant que le but est « l’introduction de biocarburants de génération avancée plus durables », fait valoir que le secteur « a besoin d’être développé maintenant pour établir un pont vers les technologies de deuxième génération ». Selon les industriels, « abandonner l’objectif (de 10 %) donnerait un coût d’arrêt au développement de ces technologies en Europe ».

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Le ministre français de l’écologie, Jean-Louis Borloo, n’en a pas moins annoncé, le 22 avril à Rome, que la position de Paris sur le sujet était désormais « claire » : « cap sur la deuxième génération de biocarburants » et « pause sur de nouvelles capacités de production (de biocarburants) d’origine agricole ». Les investissements déjà lancés pour produire des biocarburants de première génération seront toutefois « honorés », a-t-il précisé en marge du Forum international de l’énergie, souhaitant qu’ « on amplifie la recherche sur la deuxième génération pour que ces biocarburants ne soient en aucun cas en concurrence avec des sites (...) alimentaires ».

Le lendemain, le secrétaire d’Etat français chargé des transports, Dominique Bussereau, a toutefois estimé qu’il ne fallait « pas interrompre le mouvement qui est cours sur les biocarburants », mettant en avant l’importance des recherches engagées sur les biocarburants de deuxième génération.

Les procédés de fabrication pour les biocarburants de deuxième génération ne sont « pas complètement au point », rappelait récemment la secrétaire d’Etat française à l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, estimant que « cela peut prendre encore dix à vingt ans ».

Interrogations à Bruxelles et à Berlin

En marge d’une réunion des seize principales économies du monde consacrée au changement climatique, qui s’est tenue à Paris du 16 au 18 avril, le commissaire européen à l’environnement, Stavros Dimas, a reconnu qu’il y avait de nombreuses interrogations sur le « coût social » des biocarburants, alors que l’UE s’est fixée entre autres objectifs de porter leur part à 10 % en 2020. « Mais nous imposons dans notre législation des critères du développement durable à leur production. Un groupe de travail rendra ses conclusions sur le sujet fin mai », a-t-il rappelé.

« Les biocarburants, selon diverses études, ne sont qu’une des causes de la crise, avec les dérèglements météo, la hausse des prix du pétrole et de la demande mondiale de viande », comme en Inde ou en Chine, a également remarqué M. Dimas.

Pour sa part, la ministre allemande de la coopération et du développement, Heidemarie Wieczorek Zeul, a appelé le 21 avril, à Berlin, à suspendre l’utilisation de céréales dans la fabrication de biocarburants. « Le droit à l’alimentation pèse plus lourd que le droit à la mobilité », a-t-elle déclaré.

De leur côté, les Etats-Unis veulent « multiplier par cinq » la part des biocarburants, mais au moins la moitié sera de la seconde génération, a affirmé Jim Connaughton, le principal conseiller sur le climat du président George W. Bush, en marge de la conférence organisée à Paris.