Pour son 22e congrès annuel, à Beaune, la Coordination rurale a choisi trois intervenants dont le discours a fait écho aux attentes des syndicalistes. Haro sur la distribution, la FNSEA ou « l’écologie mortifère » et vive le paysan, « premier philosophe » et garant de « l’humanité ».
Des ressources en énergies fossiles loin d’être épuisées, une paysannerie comme seul espoir de l’humanité et une intervention géopolitique sur le statut de l’Europe aujourd’hui, la Coordination rurale voulait redonner espoir aux agriculteurs en ce 3 décembre, lors de son 22e congrès annuel. Bernard Lannes, président du syndicat, a clairement exprimé cette volonté et reconnaît « le moral déprimé des agriculteurs » dans les campagnes. L’intervention du journaliste Périco Légasse a plus que dépassé cet objectif : « Vous êtes des chefs d’entreprise. Vous en savez cent fois plus que n’importe quel banquier […] Vous avez une mission philosophique. Le jour où nous n’aurons plus de paysans, nous n’aurons plus d’humanité. Vous êtes le dernier socle de notre civilisation occidentale. […] Le premier philosophe, c’est le paysan ! » Il a attaqué en règle la FNSEA avec des phrases chocs : « J’ai des copains à la Conf, ils sont de gauche avant d’être paysans. J’ai aussi des copains à la FNSEA. Mais là c’est plus grave… », « La FNSEA est une filiale de Sofiproteol [groupe Avril, ndlr] » ou encore « la France est le dernier pays soviétique où le syndicat majoritaire tient le ministère » de l’agriculture. Les phrases s’enchaînent. La salle applaudit. Samuele Furfari, conseiller du directeur général de la DG Energie à la Commission européenne, a pris la parole quelque temps plus tôt sur les réserves d’énergies fossiles, bien plus conséquentes que celles imaginées il y a quarante ans. Il rassure sur le prix du pétrole qui devrait baisser avec la modification des équilibres internationaux et la perte de la puissance pétrolière des pays du Golfe. Du fait, entre autres, de la découverte de nouvelles méthodes d’extraction et de la chute des coûts de forage, « l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ne peut plus contrôler les prix », explique-t-il.
La Cop 21, un « raout médiatique »
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Selon Samuele Furfari, les pays émergents « n’ont pas d’autres solutions que de se développer avec des énergies fossiles. Ils ne vont pas le faire avec de l’éolien et du renouvelable ! ». Se pose alors, selon lui, la question clef de la Cop 21 : « Comment convaincre les pays à ne pas consommer d’énergie et à faire comme nous », dans un tel contexte ? Il rejoint François Lucas, vice-président de la CR, qui qualifie la Cop 21 dans son discours de clôture de « raout médiatique » qui « nous permet de constater que l’agriculture est la grande perdante de cette affaire ». Il rassure les agriculteurs sur leur rôle dans la fourniture d’énergie à partir de la biomasse. L’intervention du journaliste économique Jean-Michel Quatrepoint parle de géopolitique, de réarmement de la France, de Daesh, de crise économique. « Oui, il y a des analogies avec la période des années trente », reconnait-il. À la demande d’un agriculteur dans la salle qui souhaite « une conclusion positive », il réoriente son discours sur la grande distribution « qui a tué les commerces, les centres-villes et les villes moyennes ». « C’est par l’agriculture que l’on va pouvoir réactiver ces territoires » qui font la France, conclut-il. Les participants sont contents. Le temps d’une journée, la CR leur a servi le discours qu’ils attendaient, tirant à boulet rouge sur la distribution, la FNSEA, l’Europe, tout en redonnant de la valeur au métier d’agriculteur.