Auchan Holding, en dépit de pertes importantes au premier semestre liées à la cession des activités en Italie et au Vietnam, recueille les premiers fruits de son plan Renaissance. La direction d’Auchan Retail ne prévoit plus de cessions de grande ampleur après la vingtaine de magasins dont elle se sépare en France. Elle parie sur la transformation de ses magasins pour les rendre plus attractifs et sur une offre renouvelée de produits à ses marques et de produits locaux.
Alors que l’ensemble de la grande distribution française est confrontée à des difficultés depuis ces dernières années, et que chaque enseigne tente de trouver des solutions, les résultats semestriels d’Auchan ont été l’occasion pour l’enseigne nordiste de faire un point sur ses dernières performances et de dévoiler les premiers résultats des mesures prises récemment.
La perte nette de la holding rassemblant Auchan Retail, Ceetrus (immobilier commercial) et Oney (banque en cours de cession) ont atteint 1,291 milliard d’euros au premier semestre 2019 (contre une perte de 4 millions d’euros au premier semestre 2018). Cette perte du 1er semestre 2019 est considérée comme « exceptionnelle » par Xavier de Mézerac, secrétaire général d’Auchan Holding car liée à des opérations non récurrentes. Auchan a en effet cédé sa branche italienne au distributeur coopératif Conad après une augmentation de capital équivalente à 2,5 années de pertes. Cette filiale perdait de l’argent depuis 2011, a rappelé Auchan. Quant aux supermarchés intégrés de Sicile, ils ont été repris par le distributeur local Arena. Une opération de retrait qualifiée de « nécessaire, courageuse mais coûteuse » par Xavier de Mézerac. Auchan s’est aussi séparée de sa filiale au Vietnam, cédée à Saigon Coop. Auchan Holding précise ainsi que le résultat net des activités arrêtées ou en cours de cession atteint -1,45 milliard d'euros au 1er semestre 2019 alors que le résultat net des activités poursuivies est de 159 millions d’euros.
Pour le directeur général d’Auchan Retail nommé en octobre 2018, Edgard Bonte, le plan Renaissance, dévoilé au printemps dernier, « commence à porter ses fruits ». « Le virage est pris », a-t-il déclaré au cours de la présentation des résultats semestriels le 30 août, citant la hausse des revenus dans 9 pays (mais ni en France, ni en Russie) et de l’Ebitda, en amélioration de 12 % (6 % à périmètre comparable) à 82 millions d’euros. Le taux d’Ebitda d’Auchan Retail gagne un point à 23,1 % « grâce à la gestion du mix, des promotions et de la démarque », souligne Auchan. Les charges ont été maîtrisées, notamment en ce qui concerne l’énergie. La sortie de l’Italie est saluée par Auchan car elle permet une progression du taux d’Ebitda.
Améliorer la rentabilité et faire des économies
Toutefois, le distributeur veut aller désormais bien plus loin, et a dévoilé une partie de sa feuille de route pour les prochains mois afin de se relancer. Avec en ligne de mire un taux de marge d’Ebitda de 6 % à horizon 2022 et 1,1 milliard d’euros d’économie de coûts en année pleine d’ici à 2022 par rapport à 2018.
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Les « deux premiers axes forts de transformation » d’Auchan pour les trois prochaines années vont amener le groupe à se pencher davantage sur l’assortiment de produits, avec une focalisation sur les produits à ses marques. Auchan va devenir un « sélectionneur-concepteur » de produits. « Nous avons été trop souvent dépendants des industriels sur la conception de produits, a expliqué Edgard Bonte, et nous n’avons pas assez repris en main le destin de nos assortiments ». Auchan Retail vise ainsi un doublement du chiffre d’affaires des produits exclusifs qui pourront être notés par les clients, et une montée en gamme des MDD qui devront être toutes « bien notées par un label nutritionnel ».
« Nous avons pour objectif de devenir un créateur de liens et d’expériences », a lancé Edgard Bonte. En clair, la part des produits locaux doit doubler dans chaque magasin grâce à la création de 4 000 plateformes régionales. Auchan va aussi devenir « un créateur de parcours de courses et de services innovants ». Par exemple en développant les drive piétons, en se nourrissant des expérimentations en cours actuellement au sein d’Auchan. Plusieurs pistes sont testées comme par exemple pouvoir récupérer dans les drive piétons Auchan des achats effectués en ligne dans d’autres enseignes de la galaxie Mulliez. Ce serait une solution pour l’enseigne afin de se faire une place dans les centres-villes, alors que son modèle repose en très grande partie sur les grandes et très grandes surfaces.
Solutions pour lutter contre les foyers de perte
Dans le cadre du plan Renaissance, tous les foyers de pertes sont examinés pour trouver des solutions : renégociation des loyers, avec des premiers résultats en Espagne et un lancement en Pologne, en France et en Russie, amélioration de la performance opérationnelle, réductions et réallocations de surfaces, concession de rayons comme en Chine où Auchan vient de confier à un partenaire l’ensemble de ses rayons électroménager et électronique grand public (des tests ont actuellement lieu en France avec Boulanger, entreprise du groupe Mulliez) ou encore mise en franchise ou en location gérance à l’étude en France.
Les cessions ou fermetures de sites, qui ont constituté une première pour Auchan cette année, ne semblent plus à l’ordre du jour. « Aucune cession de magasin en France n’est prévue », a souligné Edgard Bonte, excluant d’autres cessions d’activité d’un niveau comparable à celui de l’Italie. Au printemps, Auchan a annoncé qu’il allait se séparer de 21 magasins en France, dont un hypermarché, mais en ayant trouvé d’acquéreur seulement pour 10 d’entre eux. Dix magasins vont aussi être cédés en Russie, quinze en Espagne et un en Ukraine. Auchan croit toujours à son modèle phare de l’hypermarché qu’il tente par tous les moyens de rendre à nouveau attractif pour des clients qui ont de plus en plus tendance à déserter ces magasins devenus trop grands.