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Charcuterie/Conjoncture En Lorraine, les industriels de la charcuterie ferment dans un contexte de forte consommation

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En Lorraine, la consommation de porc monte à 90 000 tonnes équivalent carcasse (tec), pour une production de 14 000 tec. Un marché local existe donc bel et bien. Pour autant, les industriels de la charcuterie ferment, du fait d’un problème de filière. Tout espoir n’est cependant pas perdu et les industriels s’adaptent pour y faire face.

« Le secteur de la charcuterie a été très touché dans l’agro-alimentaire cette année. Plusieurs entreprises ont déposé le bilan ou ont été liquidées et pas des moindres ! », s’est exclamé Raymond Frénot, président de l’Association des industries agroalimentaires de Lorraine (AIAL), lors de son assemblée générale le 25 juin dernier. Pourtant, la Lorraine reste une région très consommatrice de produits charcutiers. « Le Lorrain consomme 10% de plus que le Français moyen », avance Jean-Luc Claire, directeur de l’Association lorraine interprofessionnelle porcine (Aliporc). D’après lui, la Lorraine produit 14 000 tonnes de porc par an, en transforme 22 000 tonnes et en consomme 90 000 tonnes. Il manquerait donc un million de porcs pour satisfaire la consommation. Le marché est bien là. Mais les difficultés rencontrées par la filière porcine au niveau national, ces dernières années, ont nettement fragilisé les industriels de la charcuterie. De plus, le manque d’unités d’abattage est flagrant, même si la frontière allemande n’est pas loin. « Les outils d’abattage pour la filière porcine existent, mais ont été pour la plupart démontés. Il faut un certain nombre de porcs à abattre pour les rentabiliser, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans la région », commente Raymond Frénot. Moins de 5 000 tonnes de viande porcine seraient produites sur trois sites d’abattage, en Lorraine, selon Jean-Luc Claire. Abattre en Allemagne où les coûts d’abattage sont très bas, au point de faire réagir les industriels de la viande française au travers d’un Collectif contre le dumping social en Europe, n’est pas si fréquent dans les faits. Pour Michel Sinoir, directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Lorraine, « abattre en Allemagne n’est pas simple car les abattoirs sont déjà en accord avec des opérateurs allemands.» De plus, les éleveurs de porcs lorrains sont très intégrés. « Ils n’ont pas forcément besoin d’un abattoir à leur porte, car ils dégagent souvent suffisamment de marge », avance Michel Sinoir qui parle d’abattages sur… Orléans !
 
Développer l’approvisionnement local, un vrai défi
Produire du porc reste intéressant financièrement dans la région du fait d’un modèle de production valorisant les céréales à leur coût de revient. « La production totale de porc en Lorraine équivaut à celle du 18e canton breton », lance Michel Sinoir, qui espère avec cette comparaison faire comprendre que l’élevage porcin en Lorraine est loin d’être « envahissant ». Développer cette production localement semblerait alors tout à fait possible. Et ce d’autant plus que les cours sont plus élevés qu’il y a deux ans du fait d’une chute de 10% du cheptel national. « L’élevage type serait constitué de 200 à 300 ha de céréales dont une partie serait valorisée avec un atelier d’élevage porcin, notamment les refus de tris », décrit Michel Sinoir. Par ailleurs, les vastes surfaces épandables restent un avantage comparatif non négligeable. Raymont Frénot et Michel Sinoir tombent d’accord sur les principaux freins au développement de l’élevage et donc de la filière : le manque de mobilisation et de motivation des céréaliers, la mauvaise image de cette production et la technicité qu’elle demande. « Parler de construire une porcherie, c’est comme parler de construire une centrale atomique», résume Raymond Frénot. « Les choses ne bougeront que par l’aval. Les producteurs, il faudra les trouver ! » Le problème n’est pas nouveau, mais Michel Sinoir ne perd pourtant pas espoir, même s’il juge la filière porcine lorraine « peu organisée et peu solidaire » par rapport à celle de Bretagne. « L’objectif réaliste que l’on peut se donner est d’installer un élevage par an et surtout de ne pas perdre de tonnage de production. Il faut y croire ! », revendique-t-il. Jean-Luc Claire parle, lui, d’« une bonne prise de conscience locale de la problématique ».

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