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Tourisme d’entreprise En ouvrant leurs portes, les PME alsaciennes allient transparence et revenus additionnels

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Les industriels d’Alsace, sous l’égide de l’Aria Alsace, structurent leur offre de tourisme d’entreprise en lançant une identité commune : les Escales alsaciennes. Les 17 entreprises qui accueillent parfois plusieurs dizaines de milliers de visiteurs en profitent pour allier amélioration de la notoriété, transparence sur la fabrication et chiffre d’affaires additionnel. Dans les prochains mois, une dizaine d’entreprises supplémentaires vont rejoindre le dispositif.

Le 8 janvier, à la Maison de l’Alsace à Paris, l’Aria dévoilait une nouvelle offre structurée en matière de tourisme industriel. Baptisé « les Escales alsaciennes », ce nouveau parcours rassemble des PME qui s’étaient déjà engagées dans la visite, certaines de longue date, d’autres plus récemment. « Le but est de rassembler des entreprises agroalimentaires, non pas autour d’un produit commun, mais plutôt sur l’idée du patrimoine culinaire, de la gastronomie et de la gourmandise », explique Sébastien Muller, président de la commission sur les Escales alsaciennes à l’Aria, et à l’initiative de cette démarche. Pour pouvoir adhérer, les entreprises doivent verser une cotisation forfaitaire et respecter un cahier des charges. Parmi les obligations requises : rendre accessible à la visite au moins une partie de son site de production, disposer d’un espace de dégustation et/ou de vente et s’engager dans la démarche « Savourez l’Alsace », pour au moins une partie de ses produits.

« Notre initiative est particulièrement originale car elle permet de sortir du concept de route, orienté autour d’un produit en particulier, pour s’ouvrir à la gastronomie alsacienne, ses savoir-faire. Elle laisse le visiteur libre d’accéder à chaque entreprise de façon autonome, sans suivre un circuit particulier », poursuit Sébastien Muller, par ailleurs à la tête de la maison Lepic, fabricant de choucroute installé à Meistratzheim dans le Bas-Rhin. Selon lui, les escales représentent plusieurs enjeux. D’un point de vue touristique, c’est la possibilité d’améliorer l’offre de visites en Alsace. À ce sujet, la région suit la tendance nationale : de plus en plus de sites industriels ou artisanaux s’ouvrent à la visite du grand public. L’agroalimentaire est particulièrement investi dans cette démarche puisque 60 % des entreprises françaises qui ouvrent leurs portes élaborent des denrées alimentaires ou des vins et spiritueux, selon l’Association de la visite d’entreprise. Avec de beaux succès à la clé comme la Confiserie des Hautes Vosges, qui reçoit 200 000 visiteurs par an ou la Biscuiterie de la pointe du Raz qui ouvre ses portes à 165 000 curieux chaque année.

En Alsace, ce sont déjà 17 entreprises qui ont rejoint les Escales régionales. Avec des sites à la fréquentation non négligeable. Fortwenger, champion de la visite d’entreprise en Alsace, reçoit 80 000 visiteurs par an, les choucroutes Lepic (3,5 M€ de chiffre d’affaires en 2016) en accueillent 3 000. Les pâtes Grand’Mère à Marlenheim ont aussi leur projet de musée pour 2017 dont l’objectif est de faire venir au moins 20 000 visiteurs dès la première année d’exploitation.

Du côté des industriels, faire visiter son entreprise, installer un musée et vendre ses produits à l’issue de la visite revient à capter un chiffre d’affaires additionnel. « Les ventes de la boutique ont augmenté de 30 % après l’ouverture du musée », précise Gérard Risch, président des pains d’épices Fortwenger à Gertwiller (15 M€ de chiffre d’affaires en 2016). Quant au musée, il s’autofinance (amortissement et fonctionnement) avec les entrées payantes. Et une boutique ne commercialise pas uniquement des produits maison. Ceux-ci sont souvent complétés par des produits d’entreprises de la région, voire par de l’artisanat en rapport avec l’univers gastronomique local. Autre source de revenus : l’organisation d’ateliers pour confectionner un produit personnalisé, des visites sur mesures ou l’accueil de groupe en partenariat avec des tours opérateurs. « Les entreprises peuvent se faire aider de subventions de la région Grand Est », rappelle Sébastien Muller. Ces subventions sont versées au titre du développement touristique régional et peuvent atteindre 50 % du montant de l’investissement.

A l’heure des interrogations du grand public sur la qualité, la sûreté ou la salubrité des produits alimentaires, la visite d’entreprise permet d’accroître la transparence et rassurer sur les modes de production. Les foies gras Lucien Doriath, à Soultz-les-Bains, font visiter l’exploitation, où 26 000 canards sont engraissés chaque année, ainsi que l’atelier de transformation. Certains font aménager un couloir de visite, qui permet d’isoler le public et d’éviter toute contamination, et diffusent des vidéos explicatives lorsqu’il n’y a pas de production ou pour retracer l’ensemble de la chaîne de production. Libre à eux de choisir ce qui est le plus pertinent, comme une partie de la production plus visuelle, exigeant des aptitudes spécifiques ou utilisant des outils particuliers.

« Preuve de l’intérêt des entrepreneurs pour notre initiative, une dizaine d’entreprises vont rejoindre les Escales alsaciennes au cours de l’année 2017 », annonce Sébastien Lepic. Et d’autres développements sont à venir. Les initiateurs des Escales réfléchissent aujourd’hui à lancer un canal de distribution permettant aux produits alsaciens de trouver des clients au-delà de la région. Cela prendra la forme d’une « box alsacienne » vendue par internet et qui pourrait voir le jour à l’été prochain. Objectif : permettre aux touristes de passage de commander les produits qu’ils ont aimés à l’occasion de leur venue dans la région.

Choucrouterie Lepic : tester des spécialités en développement

Depuis 2014 avec l’ouverture de la Maison de la choucroute, attenante au site de transformation de l’entreprise Le Pic à Meistratzheim, dans le Bas-Rhin (3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016), ce sont 3 000 visiteurs qui se pressent chaque année pour découvrir les secrets de fabrication de cette spécialité alsacienne. « La choucroute est finalement mal connue, le public ne sait pas toujours comment elle est élaborée et ignore les bienfaits du chou », explique Sébastien Muller, dont l’entreprise est contigüe à un champ de choux verts. Le parcours de deux heures permet de découvrir la fabrication, grâce à un couloir de visite ou bien des vidéos. La dégustation clôt la visite, ce qui permet de « faire goûter les gammes existantes mais aussi de tester les innovations de la maison », selon le dirigeant de Le Pic. « Nous avons un retour immédiat des consommateurs pour des recettes encore en développement », souligne-t-il. « Les ventes de la boutique ont fortement augmenté après l’ouverture de la Maison de la choucroute », s’enthousiasme Sébastien Muller. En plus de l’entrée à 5 euros par adulte, chaque visiteur dépense entre 5 et 10 euros à la boutique. Outres les ventes additionnelles, la Maison de la choucroute permet de diversifier la clientèle et de faire rayonner la marque auprès d’un public national qui peut retrouver les produits dans les grandes surfaces partout en France. Prochaine étape : recruter un professionnel du tourisme afin de mieux valoriser la visite de l’entreprise.

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CB

Le musée du pain d’épices, une bonne affaire pour Fortwenger

Fortwenger, l’une des plus anciennes entreprises agroalimentaires de France puisqu’elle a été fondée en 1768, ne se repose pas sur ses lauriers. Bien au contraire. Pour diversifier son développement au-delà de la seule fabrication, son p.-d.g. de l’époque Gérard Risch, a ouvert un musée du pain d’épices en 2009 sur son site de Gertwiller (Bas-Rhin). « Je faisais déjà visiter l’entreprise, mais avec le musée je peux accueillir bien plus de visiteurs », souligne-t-il. Désormais, ce sont 80 000 curieux de tout âge qui viennent visiter les ateliers de fabrication artisanale du fameux « petit bonhomme », le mannele, et pour certains s’initier à la décoration finale de la spécialité. « A l’époque, j’ai investi plus d’un million d’euros dans ce projet », se souvient Gérard Risch. L’investissement et le fonctionnement ne pèsent pas sur les comptes puisqu’ils s’équilibrent avec les entrées payantes : 3 euros pour les adultes et 2 euros pour les enfants. En revanche, l’impact sur le chiffre d’affaires de la boutique, placée judicieusement en fin de parcours, est important : les ventes ont grimpé de 30 % grâce au musée et dépassent largement le million d’euros par an, selon Gérard Risch, provenant des produits maison mais aussi de l’achat-revente de spécialités locales. Aujourd’hui, Fortwenger a diversifié ses sources de revenus : sur 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, 40 % viennent du réseau de boutiques en propre, 40 % des grandes surfaces, 10 % des marchés de Noël et le reste des revendeurs. Désormais sous la direction du fils de Gérard Risch, Steve, depuis le 1er janvier 2017, Forwenger a plusieurs projets : élargir la gamme de produits grâce à de nouvelles capacités obtenues après le déménagement des machines de la Biscuiterie de France (Loiret) rachetée à la barre du tribunal en 2016, se lancer dans le bio et le sans gluten, développer l’export (5 % des ventes en 2016), et pourquoi pas, ouvrir de nouvelles boutiques en franchise.

CB

Les pâtes Grand’Mère veulent renforcer leur notoriété

D’ici la fin 2017, les pâtes d’Alsace auront leur musée à Marlenheim (Bas-Rhin). « Ce sera un espace consacré à l’univers des pâtes, leur histoire et leur fabrication, avec une boutique où l’on pourra trouver tous les ingrédients complémentaires comme l’huile d’olive ou le parmesan par exemple », explique Philippe Heimburger, le p.-d.g. de l’entreprise familiale (20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). Le projet représente un investissement d’environ 800 000 euros et compte accueillir selon lui, 20 000 visiteurs la première année. Cette maison des pâtes alsaciennes s’inscrit dans une démarche plus large initiée il y a plusieurs années et dont le but est de renforcer la notoriété de la marque et de diversifier les sources de revenus. « Après le lancement de notre page Facebook suivie déjà par 38 000 fans, nous allons lancer mi-2017 un site d’e-commerce où nous pourrons proposer toute la gamme Grand’Mère », selon Philippe Heimburger, qui n’exclut pas de commercialiser d’autres produits alsaciens. L’objectif est de moins dépendre de la grande distribution (80 % des ventes avec la RHF) et de réduire aussi la part des MDD qui représentent 35 % de l’activité. Dans le prolongement de cette stratégie, les « produits bien-être » (bio, terroir, sans gluten, co-branding avec les œufs de Loué), plus valorisés, vont aussi être renforcés en 2017. Grand’Mère investira cette année dans une ligne spéciale permettant d’internaliser la production des pâtes sans gluten lancées en 2016.

CB