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Grande distribution En rachetant Whole Foods, Amazon bouscule les GSA américaines

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Amazon fait une incursion surprise dans le monde des grandes surfaces alimentaires (GSA) traditionnelles, jusque-là relativement épargné par l’émergence des nouveaux modèles économiques. Mais les 13,7 Mrd$ déboursés par Amazon sous forme de dettes pour l’essentiel, inquiète S & P.

Le géant de la distribution en ligne Amazon va encore étendre son empire économique avec le rachat pour 13,7 milliards de dollars (12,29 milliards d’euros) des supermarchés bio américains Whole Foods, annoncé le 16 juin. Créée en 1980 sur le credo du commerce équitable et du manger sain, Whole Foods est présent dans trois pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni) avec plus de 430 magasins, mais subit depuis deux ans la désaffection des consommateurs.

L’enseigne bio faisait face aux pressions de certains de ses actionnaires qui lui demandaient d’accélérer sa restructuration, voire d’envisager une cession, face à la concurrence accrue d’autres supermarchés moins onéreux. Après la transaction, qui doit être finalisée pendant la deuxième moitié de l’année, Whole Foods conservera son nom et son siège à Austin (Texas, Sud) et John Mackey, cofondateur, restera patron.

Mais cette acquisition n’est pas du goût de tous les observateurs. L’agence de notation Standard and Poor’s a placé la note d’Amazon sous surveillance avec implications négatives. Cela implique qu’il y a des risques que la note d’Amazon, actuellement de "AA-", soit abaissée dans les trois prochains mois. " fait qu’Amazon finance cette acquisition majeure […] essentiellement par endettement a conduit S & P à réexaminer la note du mastodonte du commerce en ligne". L’agence ajoute que l’opération comporte aussi "des risques au niveau de son exécution", mais qu’elle a également "des implications potentiellement majeures pour la stratégie" du groupe "comme pour le marché de l’alimentation américain dans son ensemble".

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Cette transaction surprise symbolise la volonté d’Amazon de redessiner le paysage de l’industrie alimentaire américaine, dominé jusqu’à présent par les enseignes Wal-Mart, Costco, Target et Kroger. Amazon va "utiliser Whole Foods comme laboratoire pour essayer de transformer totalement le secteur" de la distribution de la nourriture, jusqu’à présent encore peu investi dans le commerce en ligne, a souligné Gregori Volokhine, expert chez Meeschaert Financial Services. Pour les acteurs traditionnels, "c’est absolument dramatique" car "il y aura plus de compétition au niveau des prix". Or "les marges au niveau de la nourriture sont de 2 %, ce qui est extrêmement faible", a-t-il ajouté. Neil Saunders, expert chez Global Data, ajoute qu’il va leur falloir "investir davantage dans les technologies pour améliorer leurs magasins physiques et également sur leurs plateformes en ligne pour tenir la cadence impulsée par Amazon".

Cette acquisition "change la donne", estime Stew Leonard, analyste pour le cabinet éponyme, parce qu’elle intervient à une période délicate pour les supermarchés traditionnels américains. D’un côté, ils voient débarquer les discounters allemands dont la politique de prix bas va mettre de la pression sur leurs marges, estime Neil Saunders chez GlobalData. Lidl et Aldi ont tous deux annoncé ces derniers jours l’ouverture de magasins aux États-Unis, dont certains dans l’Amérique profonde, chasse gardée des enseignes locales. De l’autre côté, les supermarchés traditionnels américains étaient en train de se lancer dans le commerce en ligne afin de combler un écart monstrueux avec Amazon. Ils doivent maintenant protéger leurs acquis, alors qu’ils sont confrontés à une baisse des ventes. Près d’une vingtaine d’enseignes alimentaires ont déposé le bilan lors des trois dernières années.