Pays de grandes cultures, ayant produit près de 63 millions de tonnes de grains l’année dernière, l’Ukraine et ses immenses exploitations représente une cible de choix pour les start-up Agtech françaises désireuses de déployer leurs solutions à grande échelle.
Mais l’abordage du marché ukrainien représente un défi, tant ses caractéristiques sont différentes de la situation française. « En Ukraine, l’agriculture n’est pas un héritage familial, c’est un business. Vous devez donc montrer très rapidement la valeur ajoutée de votre technologie », explique Yuriy Petruk, directeur de l’association AgTech Ukraine.
Pour M. Petruk, seules les technologies permettant un « retour sur investissement dans les 1 à 3 ans » ont une chance sur le marché ukrainien, dominé par des agroholdings gérant plusieurs centaines de milliers d’hectares de terres.
Du fait du moratoire sur les ventes de terres agricoles dans le pays depuis 2001, la plupart des activités agricoles passent par la location de terrains. « Les fermiers ne perçoivent pas la terre comme quelque chose qui leur appartient et ils veulent donc des technologies qui leur permettent d’en tirer profit le plus rapidement possible », rajoute Yuriy Petruk.
Parmi les solutions les plus recherchées, tout ce qui peut permettre de réduire l’utilisation d’intrants. « C’est de cette manière que l’agriculture de précision va nous aider à gagner de l’argent », explique John Shmorhun, directeur général d’Agrogénération, une agroholdings qui gère près de 120 000 hectares de cultures en Ukraine.
M. Shmorhun cite notamment en exemple les capteurs permettant de mieux cibler l’utilisation des engrais. « Les engrais représentent près de 35% de l’ensemble de nos dépenses », précise-t-il. Une somme plus que conséquente à l’échelle d’exploitations aussi grandes.
Parmi les niches dans lesquelles peuvent s’engouffrer les start-up françaises, Yuriy Petruk cite également les logiciels de gestions des coopératives ou encore toutes les technologies permettant une meilleure traçabilité alimentaire, un sujet encore émergent en Ukraine par rapport à l’UE, ou les systèmes d’agrégations de datas venant de sources multiples.
Surtout il conseille aux start-up tentées par l’aventure de bien choisir leurs cibles. « Chez les petites ou moyennes exploitations, la décision d’expérimenter une technologie est souvent plus rapide que chez les gros acteurs car le propriétaire est souvent le principal donneur d’ordre », explique-t-il, sachant qu’en Ukraine une exploitation est considérée comme moyenne à partir de 10 000 hectares.
Romain Ouertal
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