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FILIÈRE PORCINE/ORGANISATION En visite chez Doux, Le Foll parle aussi du porc

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Le ministre de l'Agriculture Stéphane le Foll s'est déplacé dans le Finistère, lundi 1er juin, dans un climat tendu pour le secteur de l'élevage. Le ministre demande aux acteurs du monde porcin de réfléchir à une nouvelle organisation de la filière en partageant les responsabilités entre les différents interlocuteurs.

Stéphane Le Foll venait rendre visite aux dirigeants du groupe volailler Doux (Châteaulin) qui a retrouvé la rentabilité après dix-huit mois de redressement judiciaire. Ce sont des éleveurs de porc juchés sur une trentaine de tracteurs qui l'ont accueilli dans la sous-préfecture du Finistère. Leur demande : la fin des prix bas pratiqués par les acheteurs de la grande distribution et des salaisonneries et l'augmentation moyenne de 20 centimes du kilo de porc vivant négocié au marché au cadran. « Il faut que cette augmentation arrive avant la fin juin pour que les éleveurs se remettent tout juste à l'équilibre », a plaidé le président de la FDSEA du Finistère, Thierry Merret. Les éleveurs subissent une crise sans précédent avec des cours bas qui ne couvrent pas les charges alimentaires.

Thierry Merret et d'autres responsables syndicaux et politiques du département ont ensuite déjeuné avec le ministre. Stéphane Le Foll ne leur a rien a promis. Il a renvoyé au 12 juin l'annonce de mesures qu'il rendra publiques au cours de l'assemblée générale de la Fédération nationale porcine qui se tiendra à Ploërmel, dans le Morbihan. En attendant, il demande à tous les acteurs du monde porcin de réfléchir à une nouvelle organisation de la filière. Sur ce dossier il veut s'inspirer, dit-il, de la méthode qui a été employée pour Doux. « Nous avons trouvé les bons interlocuteurs dès le départ (NDLR : la famille Al Munajem qui a sécurisé le débouché à l'exportation des volailles Doux vers l'Arabie Saoudite puis les repreneurs D&P Finance) et partagé les responsabilités dans le respect des uns et des autres ».

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Le groupe Doux est en effet sorti du tunnel dans lequel il était plongé depuis le 1er juin 2012. Dix-huit mois de redressement judiciaire durant lesquels le pôle frais a été fermé et 1 010 emplois supprimés. Doux a conservé son pôle export (trois abattoirs) et son activité de produits élaborés (une usine) en plus de ses activités d'amont (deux couvoirs et deux usines de fabrication d'aliments), avec 2 317 collaborateurs. Il a mieux supporté la mise à zéro des restitutions à l'exportation que l'autre exportateur français de poulets congelés, Tilly-Sabco (liquidé avant reprise d'actifs sur un autre modèle). Depuis, Doux s'est progressivement désendetté et a procédé au lancement d'un plan d'investissements de 100 millions d'euros sur dix ans. En trois ans, 28 millions d'euros ont été injectés dans les outils du groupe. « Bpifrance nous a apporté 5 millions d'euros supplémentaires il y a deux mois, que nous allons utiliser en fai-sant passer notre plan d'investissements de 2016 de 10 à 15 millions d'euros », a souligné Arnaud Marion, président du directoire. Ces derniers mois, le groupe Doux qui a réalisé à l'exportation 85 % de son chiffre d'affaires de 2014 (457 millions d'euros) a bénéficié à plein du fléchissement de l'euro face au dollar. Il prévoit de réaliser 530 millions d'euros de chiffre d'affaires à la fin de l'exercice en cours.

Un exercice à l'issue duquel l'actionnaire majoritaire actuel, le financier D&P pourrait céder la main à Terrena associé à Avril. Les deux parties sont en négociation exclusive jusqu'en juillet. Les représentants des salariés ont fait part au ministre de leurs craintes d'une nouvelle restructuration. « Un autre combat nous attend, a indiqué au ministre de l'Agriculture Nadine Hourmant, déléguée syndicale centrale FO chez Doux. Faire face aux 44 % de volailles importées en France, et lutter contre le dumping social pratiqué par des pays qui se disent européens. Comment accepter aujourd'hui que nos enfants mangent de la volaille à bas coût, alors que les parents de ces enfants sont des salariés qui attendent une vraie reconnaissance sociale et profes-sionnelle. »