Comerso, spécialiste de la valorisation des invendus, publie avec Ipsos sa deuxième étude "Distribution/Retail, objectif zéro déchet" qui analyse les pratiques des grandes et moyennes surfaces alimentaires et spécialisées. Si des améliorations sont constatées, il reste encore de nombreuses actions à mettre en œuvre pour respecter les objectifs de la loi Garot. Entretien avec François Vallée, directeur communication et marketing de Comerso.
Comerso, spécialiste de la valorisation des invendus, publie avec Ipsos sa deuxième étude "Distribution/Retail, objectif zéro déchet" qui analyse les pratiques des grandes et moyennes surfaces alimentaires et spécialisées. Si des améliorations sont constatées, il reste encore de nombreuses actions à mettre en œuvre pour respecter les objectifs de la loi Garot. Entretien avec François Vallée, directeur communication et marketing de Comerso.
Quel est le périmètre de l’étude ?
François Vallée : Cette deuxième édition, réalisée entre le 13 décembre et le 2 janvier derniers, porte sur les pratiques de 78 grandes et moyennes surfaces alimentaires (45 % hypermarchés, 51 % supermarchés et 4 % drives) et, nouveauté cette année, de 80 grandes surfaces spécialisées, réparties sur le territoire pour aboutir à un panorama représentatif. Nous avons intégré les GSS car si la lutte contre le gaspillage a surtout commencé dans l’alimentaire, notamment depuis la loi Garot de 2016, une prise de conscience commence dans les enseignes spécialisées, notamment pour les vêtements, avec par conséquent des marges de progrès encore très importantes.
Quels sont les principaux enseignements de cette étude dans l’alimentaire ?
F. V. : Il y a d’abord le constat de la méconnaissance de ce qu’est la RSE. Dans l’alimentaire, 44 % des magasins interrogés ne savent pas définir clairement ce qu’est une démarche RSE impliquant à la fois les domaines économique, environnemental et social. Cette méconnaissance est encore plus marquée dans les GSS (77 %). Une fois la définition de la RSE rappelée, seulement 33 % des sondés dans l’alimentaire sont totalement convaincus qu’elle est un levier d’optimisation économique pour l’entreprise. Deuxième enseignement important, seules 28 % des enseignes alimentaires appliquent la complémentarité des quatre actions préconisées par la loi Garot (prévention, dons et transformation, alimentation animale et valorisation des biodéchets). Ce taux est certes passé de 6 à 28 % en un an, mais il reste nettement minoritaire.
Quels sont les principaux progrès réalisés dans l’alimentaire ?
F. V. : Le nombre moyen d’actions anti-gaspillage continue de progresser, en passant à 7,2 actions par an et par magasin contre 5,4 un an plus tôt. Si une meilleure gestion des stocks, les dons aux associations et le stickage des produits à date courte sont les trois principales actions entreprises par les enseignes sondées, la formation des équipes à la lutte anti-gaspillage, la sensibilisation des clients, la transformation et l’utilisation des produits en magasin et enfin la vente assistée des fruits et légumes sont celles qui ont le plus progressé l’an dernier.
Quelles améliorations restent à entreprendre ?
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F. V. : Les dons aux associations d’abord ! Si 96 % des enseignes alimentaires pratiquent les dons, on constate que 47 % d’entre elles ne sont pas collectées quotidiennement, ce qui continue d’entraîner la destruction de produits frais à DLC courtes. C’est le plus souvent parce que les magasins ne trouvent pas d’associations pour le faire aussi régulièrement, mais aussi parce que leurs équipes tardent à réagir, occupées à des tâches jugées plus prioritaires. Très largement pratiqué, le stickage promotionnel pourrait être optimisé, avec davantage de suivi et de pilotage pour en améliorer les performances économiques. Enfin et surtout, la valorisation des biodéchets, comme l’impose l’arrêté du 12 juillet 2011 pour tout magasin produisant plus de 10 tonnes par an, est sans doute le point noir à améliorer. En effet, 60 % des points de vente interrogés n’ont pas encore mis en place de filière de valorisation ce qui veut dire que leurs biodéchets sont jetés avec les DIB (déchet industriel banal, ndlr) en l’absence de bacs spécifiques qui permettraient de les utiliser pour la méthanisation, le compost ou encore l’alimentation animale.
Quels contrôles d’application de la loi Garot sont opérés ?
F. V. : A notre connaissance, aucun depuis son entrée en vigueur et c’est l’un des problèmes. Cette loi a été promulguée sans désigner l’autorité habilitée à contrôler son application.
es sondés dans l’alimentaire sont totalement convaincus que la RSE est un levier d’optimisation économique pour l’entreprise
Comerso poursuit son développement
Créé fin 2013 à Agen (voir Agra Alimentation du 30 novembre 2017), Comerso est spécialiste de la collecte et de la valorisation des invendus alimentaires et non alimentaires. La PME a innové en créant une plate-forme digitale permettant de simplifier les démarches, d’identifier et de tracer les produits dès leur prise en charge chez les distributeurs ou les fabricants. Elle les conseille dans leur lutte contre le gaspillage avec des outils permettant d’évaluer les performances dans ce domaine. 88 % de son activité sont liés aux produits alimentaires, mais la part du non-alimentaire ne cesse de progresser, passant de 3 à 12 % entre fin 2017 et fin 2018. En novembre dernier, Comerso a lancé sa place de marché B to B C-Destock qui met en relation les fabricants ou les retailers avec les réseaux de déstockage. Elle compte 400 déstockeurs inscrits, l’objectif étant d’atteindre les 3 000 d’ici à fin 2019. Non communiqué, le chiffre d’affaires de Comerso aurait doublé en 2018 et avoisinerait les 8 à 9 millions d'euros. La société compte 35 salariés et a favorisé l’embauche de 70 chauffeurs au sein d’Envie et Cogepart, entreprises d’insertion auxquelles sont sous-traités le retrait et la livraison des invendus.
Fr. L.