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Restructurations agroalimentaires et bilan 2004 Encore un peu plus de 100 accords interentreprises

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Petite année ? 2004 ne restera pas dans les annales de l’industrie alimentaire, à cause d’une conjoncture maussade marquée par un certain nombre de positions perdues à l’export et surtout une consommation qui reste atone et continue, malgré des opérations séductions liées aux baisses de prix, de faire douter de l’hypermarché à la française et de faire le lit des nouveaux hard discounters, … Petite année aussi par le nombre d’accords inter-entreprises : celui-ci revient à un niveau plus bas qu’en 2002, et pour l’essentiel, l’actualité en 2004 n’a pas été alimentée par d’aussi gros suspenses que certaines années passées. Agra alimentation, dans son 39e Panorama annuel des restructurations des industries agroalimentaires qui est à la veille de paraître, dénombre ainsi quelque 105 accords en 2004 (contre 145 en 2003 et 120 en 2002).

Ces fusions-acquisitions, prises de participation et accords partiels sont comme d’habitude inégalement répartis entre les secteurs, ce qui ne reflète pas tout à fait leurs divers degrés de maturité : les vins et spiritueux, avec une vingtaine d’opérations et les produits laitiers avec une quinzaine apparaissent encore les plus actifs, distançant toujours la charcuterie et la panification et de très loin surtout le secteur de la viande dont on pourrait croire la restructuration décidément impossible...

En attendant un éventuel retour des grandes OPA (sur le modèle de celle de Procter & Gamble sur Gillette), l’absence d’opérations vraiment majeures dans l’agroalimentaire fait que les forces en présence restent à peu près les mêmes dans chaque branche. Ceci illustre la difficulté à trouver des solutions pour des cas difficiles comme les dossiers Lustucru/Panzani, Flodor, Perrier/Contrex et maintenant Le Cabanon. Il n’empêche, les défaillances d’entreprises, bien qu’en croissance, n’ont toujours pas été plus nombreuses que les créations, elles-mêmes pourtant de moins en moins nombreuses.

Plus rares ont été également, cette fois, les grandes conquêtes à l’étranger, ce qui rend d’autant plus visibles celles réalisées coup sur coup par Lactalis, le groupe de Laval ayant encore battu tous les records, suivi de loin par Danone (branche biscuits principalement), par Soufflet, Saint Louis Sucre, Bongrain et quelques autres.

Ou vont les centres de décisions?

Ce qui frappe, dans le rappel des opérations de 2004, c’est l’importance inédite des investissements étrangers en France, ce qui nous encore fait perdre une part notable de nos centres de décision nationaux ou régionaux : qu’on songe au Cabanon, à Labeyrie ou à Atys, et également à Jean Caby, Patisfrance, Cottes, Hubert boul’pat’, au Goût de la vie ou aux Grandes Sources de Wattwiller. On relèvera au passage la percée de l’autrichien Agrana, de l’allemand Raiffeisen, des belges Albert Frère, Puratos et Spadel, et aussi de groupes irlandais et même islandais. Et on notera, venus de plus loin, le retour de l’américain Smithfield (qui ajoute Caby à SBS) et l’arrivée inattendue et controversée des Chinois à la tête du n°1 français de la tomate.

Si l’on s’en tient aux fusions franco-françaises, la « moisson » est dans les normes habituelles, centrée sur des entreprises de taille moyenne : le groupe de Monique Piffaut (CCA-William Saurin) a réussi enfin à s’offrir Paul Prédault après un premier essai avorté l’année précédente ; un autre feuilleton, nourri de dissensions familiales, s’est terminé pour la société Teisseire, qui devra elle aussi quitter la bourse après sa reprise par la PME savoyarde Fruité et son mystérieux allié saoudien.

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Peu de mouvements structurants

Les autres mouvements vraiment structurants se comptent sur les doigts des deux mains : le rachat de la Coopérative des agriculteurs du Morbihan (CAM) par LDC, l’entrée de la Compagnie du Biscuit dans le groupe Bouvard, celle de Dessaint Traiteur dans le groupe Norac, ou de Royaume des Mers dans Charly Guennec, celle des glaces Paladine dans Flipi, de Pikiche chez Erhard, ou de la laiterie de l’Ourcq dans Novandie (groupe Andros) et de Pochat chez Lactalis ; de même dans le secteur vins, la crise n’a pas empêché les Grands Chais de France de s’offrir à la fois Vinival et les derniers actifs de Pernod Ricard dans ce secteur (Alexis Lichine, Cruse), ou Gabriel Meffre de reprendre le ligérien Donatien Bahuaud.

Plus en lien avec l’amont agricole, on a vu la filière oléoprotéagineuse, maintenant à la tête de Lesieur, profiter du recentrage délibéré d’Unilever pour lui racheter la marque d’huile d’olive Puget. Sinon, les coopératives n’ont pas beaucoup noué d’alliances entre elles, à l’exception de l’accord bien nécessaire entre Sodiaal, Unicopa et Entremont pour survivre sur le marché du beurre (création de Beuralia). Globalement, le périmètre coopératif ne s’est enrichi qu’à la marge, soit infiniment moins qu’entre 1999 et 2002, avec quand même la reprise du leader du cidre CCLF par Agrial, celle de Maître Fournil par NutriXo, des rillettes Bahier par Socopa, de Westhove par Limagrain, de la Sodes par Tereos, des 3 Abers par Coop de Brons, et de Carea par la Cecab. A l’inverse, le groupe 3 A a dû jeter l’éponge en Espagne et finalement vendre ses filiales à Lactalis.

Des financiers revendent

En fait, mais cela n’a pas la moindre signification stratégique, bien des opérations de 2004 sont dues à l’arrivée à échéance d’un certain nombre de LBO réalisés par des fonds financiers il y a quelques années. Du coup, les fonds se sont trouvés autant sinon plus vendeurs que décidés à investir un secteur agroalimentaire qui déçoit ou qui présente trop d’inconnues : c’est ainsi que le suédois Industri Kapital a revendu Labeyrie, que Butler Capital Partners – qui, il est vrai s’est engagé dans le sauvetage de France Champignon – a laissé filer Atys aux mains d’Agrana et qu’AgroPlus s’est tourné vers le groupe Bouvard pour sortir du biscuit. A l’inverse, Lamy Lutti a quitté le giron du néerlandais CSM pour revenir au fonds CVC Capital Partners et on a vu un nouvel intervenant, Transition Turnaround, venir délester Pernod Ricard de ses derniers actifs non stratégiques (Granger Bouguet Pau et Marmande Production), Electra Partners reprendre Diana Ingrédients à Paribas Affaires Industrielles, BC Partners reprendre Picard Surgelés à Candover, et 3 i entrer au capital de Senoble, tandis qu’un fonds levé par le CIO et Rothschild participait au nouveau tour de table de Panavi, et que Siparex entrait dans Eurogerm.