La 154e vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune a donné lieu à une nouvelle hausse des prix : +5,7% en moyenne par rapport aux prix de 2013, élevés en raison de la faible récolte. Cette fois, c'est la qualité du millésime qui a attiré les acheteurs. Les professionnels viticoles bourguignons souhaitent maintenant que la production s'élève pour détendre les prix.
L E prix moyen des transactions conclues à la vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune, qui s'est tenue le dimanche 16 novembre, a progressé de 5,66% précisément, a indiqué le groupe Christie's, l'opérateur de la vente, à la fin de cette journée. Le prix moyen pour une pièce (une pièce = 228 litres en Bourgogne) est ressorti à 13 750 euros, contre 13 013 euros en 2013. Répartition de cette hausse : + 3,37% pour les vins rouges et + 14,57% pour les blancs. Déjà l'an dernier, le prix moyen de la vente des pièces a été en hausse de 26,6%, à 13 013 euros, contre 10 278 euros en 2012. Il s'agissait d'un nouveau record de prix, après celui de 2012.
Le souhait d'une détente des prixLes négociants auraient souhaité un apaisement de la tension des cours. « Je caresse l'espoir que cette récolte, plus fournie que celle de l'an dernier, entraînera une détente des prix », avait déclaré Frédéric Drouhin, président de l'Union des maisons de vins de Bourgogne, lors de la conférence de presse qui s'est tenue le 16 novembre au matin, avant la vente, qui s'est déroulée l'après-midi. « Nous avons conscience que les prix du bourgogne sont trop élevés. Nous pourrions assister à une stabilité des blancs, à une hausse des pépites de notre vignoble et à un tassement de 10 à 15% des rouges », avait-il avancé. Il a précisé alors qu'une détente de 10 à 15% sur les rouges « serait un signal souhaitable à envoyer au marché ».
« Les vins de Bourgogne sont faits pour être bus, et doivent donc être abordables » et non pas servir de support à des ventes spéculatives. « Ne nous enfermons pas dans le ghetto du luxe », a recommandé Louis-Fabrice Latour, président délégué du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB).
Le reflet de la qualité du millésimeMais au vu des résultats de la vente, les professionnels ont admis que la nouvelle hausse est la résultante d'une demande forte. La progression du prix « est l'indicateur que la qualité du millésime 2014 perçue par les acheteurs est excellente », a commenté le 17 novembre Frédéric Drouhin. On ne peut pas parler de hausse spéculative, parce qu'elle a été alimentée à 62% (en valeur) par des achats du négoce, en grande partie local, alors que les collectionneurs privés n'ont représenté que 38% de la valeur des transactions, a-t-il poursuivi. « Les vins rouges du millésime seront bons, les vins blancs très bons », a abondé la Confédération des associations viticoles de Bourgogne (CAVB). « La hausse de 5,7% est contenue, et somme toute raisonnable », a-t-on ajouté. En effet elle reste modeste eu égard aux sinistres dus à la grêle, qui a, comme en 2013, frappé une partie du vignoble des Hospices. Le chiffre d'affaires a battu un record pour la 3e année consécutive : +28% par rapport à l'an dernier. Le montant total des enchères s'est élevé à 8 082 525 euros, contre 6 305 002 euros à la vente de l'an dernier. Cette nouvelle envolée s'explique d'une part en raison de la hausse des prix, et d'autre part aussi par l'augmentation de l'offre de vin d'environ 20%. Cette année, le domaine des Hospices de Beaune a proposé 534 pièces (parmi elles 417 pièces de vin rouge et 117 de vin blanc). À comparer avec 443 pièces vendues l'an dernier, 512 l'année d'avant, 761 en 2011, 643 en 2010 et 799 en 2009.
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Les professionnels reconnaissent que les prix atteints à cette vente ne reflètent pas entièrement des orientations de marché mais répondent aussi aux critères liés aux ventes de charité. Contrepartie positive de ces niveaux élevés des prix, Christie's organise régulièrement des dégustations de vins des Hospices de Beaune dans de grandes métropoles de par le monde, promouvant ainsi les vins des Hospices aux États-Unis, en Europe et Asie.
Depuis le millésime 1945, les ventes des vins sont présidées par un président d'honneur. Cette année, cette fonction est revenue à Michel Drucker et Tina Kiffer, qui représentait la fondation « Toutes à l'école », tandis que le judoka Teddy Riner et Adriana Karembeu représentaient la fondation Imagine.
La Bourgogne aspire à reconquérir ses marchésLe vignoble bourguignon aspire à reconquérir ses marchés, avec une production en hausse. En trois millésimes (2010, 2012 et 2013), il a perdu 531 000 hectolitres, soit l'équivalent de 70,8 millions de bouteilles, soit 35% d'une récolte normale à 1,5 million d'hectolitres, calcule le BIVB. « Cette récolte est donc très attendue par les entreprises, dont les niveaux de commercialisation ont atteint des seuils critiques », a commenté l'interprofession le 16 novembre. Le millésime 2014 fait revenir la sérénité dans la Bourgogne vitivinicole, avec un niveau de vendange qui revient à la normale, a indiqué Claude Chevalier, président du BIVB. La production de 2014 a atteint 1,5 million d'hectolitres, dépassant quelque peu la moyenne quinquennale, qui est de 1,42 million d'hectolitres. Une moyenne marquée il est vrai par trois années creuses.
Pour Louis-Fabrice Latour, il est nécessaire d'augmenter la production à l'avenir. Il plaide pour une augmentation des surfaces de 1% par an, telle qu'elle est prévue dans le futur régime d'autorisation de plantations de vignes, qui s'appliquera à partir du 1er janvier 2016. (MN)