Depuis le bilan de santé de la Pac, à l’époque de Michel Barnier, sous présidence Nicolas Sarkozy, les céréaliers et jeunes agriculteurs d’Ile-de-France ont été les enfants terribles du syndicalisme agricole majoritaire. Leur manifestation du 21 novembre, tentant de bloquer les grands axes vers Paris, ressemble à bien d’autres actions, demandant la démission de Stéphane Le Foll comme ils avaient demandé celle de Michel Barnier. Enjeu : la redistribution des aides Pac vers l’élevage. La colère contre cette redistribution n’explique pas tout. Cette dernière est loin d’être négligeable, entre 60 et 80 euros ha sur les aides directes, selon l’Inra. Mais elle est relativement marginale par rapport à une évolution à la hausse ou la baisse des prix des grandes cultures.
Alors, qu’est-ce qui explique cet épiderme si sensible ? La dimension politique a été souvent évoquée, les agriculteurs d’Ile-de-France n’étant pas mécontent de gêner un gouvernement de gauche.
Il y a plus fondamental sans doute : la future Pac, prolongeant le bilan de santé remet en question un des fondamentaux de l’ancienne. Celle-ci faisait des producteurs de grandes cultures en quelque sorte « les chouchous » du monde agricole, soutenus par des prix garantis puis par des DPU de bons niveaux, pour un secteur économiquement très organisé, apporteur de devises, symbole de la puissance agricole de la France. Voilà une nouvelle Pac destinée à les laisser se débrouiller de plus en plus sans filet de garantie face à des marchés très volatils. Une nouvelle Pac qui se veut redistributrice, c’est-à-dire sociale plutôt qu’économique. Voilà en plus des agriculteurs d’Ile-de-France assiégés par l’urbanisation, aubaine pour les anciens proches de la retraite, malheur pour les jeunes qui ont encore besoin de foncier. Voilà sans doute les raisons qui en font des enfants terribles.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.