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Engrais azotés : un impact « extrêmement violent » sur les exploitations

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Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer, juge « extrêmement violent » l’impact des engrais azotés, entre flambée des prix et « difficultés d’approvisionnement ».

« L’impact (des engrais azotés) sur les exploitations va être extrêmement violent », a déclaré en conférence de presse, le 13 octobre, Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer. D’une part, leurs prix explosent. La solution azotée atteint 615 €/t, contre moins de 180 €/t un an plus tôt, d’après ses chiffres. Cela représente une charge supplémentaire pour les agriculteurs. Le poste engrais azotés subit une augmentation de 150 à 200 €/ha, à comparer aux 100 à 150 €/ha initiaux, selon lui. D’autre part, la disponibilité des produits est « la vraie inquiétude ». Benoît Piètrement, en tant que président de la coopérative marnaise Novagrain, s’inquiète des « difficultés d’approvisionnement ». « Sur le printemps qui va venir, rien ne dit aujourd’hui qu’on pourra avoir accès aux engrais azotés », souligne-t-il. L’Unifa (industriels), dans un communiqué le 12 octobre, s’est voulue rassurante : « Les producteurs d’engrais français et européens […] mettent tout en œuvre à l’heure actuelle pour assurer la continuité de la production et faire face à la demande ».

Lire aussi : Une pénurie d’engrais azotés menace les agriculteurs

Les agriculteurs se posent, eux, la question de modifier leur assolement. Non pas en ce qui concerne les cultures d’hiver, d’après Benoît Piètrement : le colza est en terre, le blé tendre, l’orge d’hiver commencent à l’être (respectivement 4 % et 9 % de surfaces semées, d’après le rapport Céré’Obs au 4 octobre). Mais des cultures d’été exigeantes en azote, comme le maïs, risquent d’en faire les frais au profit d’espèces moins gourmandes, comme l’orge de printemps, le tournesol, voire les protéagineux.

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Le rôle de la logistique

Largement responsable de cette situation, le renchérissement du gaz n’est pas seul en cause. Ses prix sont passés, en un an, de moins de 25 points à plus de 100 points sur le marché à terme new-yorkais ICE. Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de FranceAgriMer, met aussi l’accent sur des coûts plus élevés en fret maritime, qui augmentent la facture des importations. Indice phare du marché, le Baltic Dry Index (BDI) atteint 5 300 à 5 400 points, contre 500 à 1 000 points il y a un an. La Chine joue un rôle prépondérant dans cette hausse. Une forte reprise économique y est observée, réactivant la demande en navires pour le transport des matières premières. « La congestion portuaire à Ningbo (au centre de la Chine) a désorganisé les chaînes logistiques », poursuit-il. À cela s’ajoute l’effet des tensions diplomatiques entre l’Australie et la Chine. Elles ont conduit l’empire du Milieu à réorienter ses achats de matières premières, au bénéfice de l’UE concernant les céréales. Résultat, les temps de transport s’allongent.

« Rien ne dit qu’on pourra avoir accès aux engrais azotés »