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Engrais décarbonés : « illusion » selon les Amis de la Terre

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Dans un récent rapport, la branche française des Amis de la Terre estime que les engrais décarbonés sont le plus souvent « inefficaces » pour préserver le climat, et au mieux « coûteux ».

Dans un rapport publié le 6 décembre, l’association environnementale Les Amis de la Terre France alerte sur « la dépendance » des agriculteurs aux engrais de synthèse. Elle dénonce notamment « l’illusion » que représentent, selon elle, les engrais décarbonés, pour lesquels les techniques utilisées sont « incertaines, inefficaces, coûteuses et ne remettent pas en cause la dépendance au gaz fossile ».

Pour rappel, les engrais azotés minéraux sont dérivés de l’ammoniac, lui-même issu d’une synthèse d’azote de l’air et d’hydrogène. À l’échelle mondiale, l’hydrogène est fabriqué à 72 % à partir de gaz fossile et à 26 % à partir de charbon. 80 % de l’ammoniac est ensuite transformé en nitrate d’ammonium ou en urée, les engrais azotés les plus utilisés dans le monde. En tout, ces derniers représentent près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre (GAS) du secteur agricole, souligne une étude du Citepa (centre d’étude de la pollution atmosphérique).

Une augmentation des émissions de CO2

D’autres formes d’hydrogène industriel existent, parmi lesquelles l’hydrogène dit « bleu », fabriqué à partir de gaz naturel avec l’intégration d’un procédé de captation et stockage du carbone (CCS). Pour l’association, un tel procédé n’est pas « une solution fiable », puisque « 80 % des projets de CCS déjà développés dans le monde auraient été utilisés pour extraire davantage de pétrole ».

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En outre, présenter l’hydrogène « bleu » comme une solution « passe sous silence les émissions issues de l’épandage d’engrais au sol, qui représentent les deux tiers » des émissions mondiales liées aux engrais, souligne le rapport. Leur épandage émet notamment du protoxyde d’azote dans l’atmosphère, « un gaz 265 fois plus réchauffant que le CO2 », précise le rapport.

Quant aux engrais dits « verts » – fabriqués avec de l’hydrogène obtenu par électrolyse de l’eau via un courant électrique issu de sources renouvelables – ils restent aujourd’hui « l’exception » en raison d’un coût élevé. Et d’ajouter que « les ventes d’ammoniac propre pour l’industrie des engrais pourraient atteindre 20 mégatonnes (Mt) annuelles d’ici 2030, un chiffre qui peinerait à couvrir nos besoins actuels de 180 Mt d’ammoniac par an ».

Les Amis de la Terre estiment par ailleurs que la « dépendance aux engrais chimiques coûte très cher à la société », puisque « notre capacité à nous alimenter dépend des aléas du marché des énergies fossiles ». Entre 2021 et 2022, le prix des engrais et amendement a augmenté de 74,8 %, rapporte le ministère de l’Agriculture (Agreste). Or, ces fluctuations de prix ont permis aux industriels des engrais « d’engranger des superprofits », dénonce Sarah Champagne, chargée de campagne Agriculture aux Amis de la Terre.

Les engrais azotés représentent un quart des émissions de GAS