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Engrais : la fertilité des sols menacée par un « désinvestissement »

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L’Unifa (industries de la fertilisation) s’est alarmée le 20 octobre d’un « désinvestissement » notamment en engrais de fond chez les agriculteurs touchés par de mauvaises récoltes, qui « met en danger la fertilité des sols ».

En quatre mois, les commandes d’amendements minéraux basiques ont chuté de 50 %, celles des engrais contenant du phosphore et du potassium de 30 %, d’après ses chiffres. « Les désinvestissements constatés mettent la fertilité des sols en danger », a estimé le président Thierry Loyer. Et de pointer le fort risque de perte de rendement dans les terres peu pourvues en engrais de fond qui de surcroît limitent l’efficacité de l’azote. « La baisse du phosphore et du potassium atteint un seuil critique », a-t-il souligné : les apports ont été divisés par quatre en 40 ans via les engrais minéraux. Première concernée, la partie centrale de la France montre des bilans déficitaires de 10 à 16 kg/ha en potassium, une baisse de la teneur en phosphore biodisponible supérieure à 10 % depuis 2004. « Le nombre d’analyses de terre représente environ la moitié de ce qu’il faudrait, a noté Philippe Eveillard, responsable du pôle agriculture, environnement et statistiques. C’est la trésorerie disponible plus que les recommandations qui prime au moment de la décision. »

L’Unifa souligne l’importance de raisonner l’apport de phosphore et potassium sur la base d’une analyse de terre, pour éviter une perte de rendement en 2017. Sa crainte est, qu’avec la crise agricole, la tendance à négliger le sol s’aggrave en termes de matière organique, pH, éléments nutritifs. L’organisation appelle à « soutenir les investissements agroécologiques dans les sols », c’est-à-dire les analyses de terre (tous les 5 à 6 ans pour chaque parcelle), les apports raisonnés de fertilisants (amendements, engrais de fond...).

Des usines à l’arrêt

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L’industrie des engrais est touchée de plein fouet par le « désinvestissement » des agriculteurs en matière de fertilisation des sols. « Cette situation a un impact fort : usines à l’arrêt et chômage partiel », a indiqué Thierry Loyer. Les fabrications d’engrais composés sont les plus mises à mal, avec « des commandes qui tardent à arriver ». « On a déjà perdu un quart des volumes pour toute une campagne », a estimé Gilles Poidevin, ex-délégué général sur le point de partir en retraite.

Par ailleurs dans la perspective de l’élection présidentielle, l’Unifa réclame « une véritable simplification réglementaire », notamment dans les biostimulants pour lesquels l’organisation vise une reconnaissance mutuelle des AMM (Autorisations de mise sur le marché) entre Etats membres. Autres doléances, une diminution des prélèvements et taxes qui pèsent sur les entreprises, la fin de l’« écologie punitive ».

Un fort risque de perte de rendement dans les terres peu pourvues en engrais de fond, selon l'Unifa