Sanctions prises contre la Russie, projet de réforme du stockage : des décisions administratives font peser des risques sur l’approvisionnement en engrais, dénonce La Coopération agricole.
« Il y a un risque avéré de manque de disponibilité d’azote au printemps 2023 pour nos cultures », a déclaré le 11 octobre en conférence de presse le président de La Coopération agricole – Métiers du grain Antoine Hacard, mettant en cause une interdiction pour les distributeurs français d’acheter auprès d’EuroChem. Contrôlé par l’oligarque russe Andrey Melnichenko, cet important fournisseur d’engrais possède une usine à Anvers (Belgique). « Un grand nombre d’intervenants » européens y ont toujours accès, contrairement aux distributeurs français, indique-t-il, voyant là une inégalité dans les sanctions prises contre la Russie. Et d’avertir sur les conséquences d’une pénurie d’engrais azotés. « Cela voudrait dire une sous-fertilisation des cultures, donc une perte de rendement, une perte de qualité », d’après lui. Des changements d’assolement sont également possibles, « avec ensuite des problèmes de mise en marché : si tout le monde se mettait à faire du petit épeautre, on n’aurait pas les débouchés en face », caricature Antoine Hacard.
Durcissement des règles de stockage
Autre motif d’inquiétude, une réforme annoncée de la réglementation sur les engrais. « Qu’on arrête les tracasseries administratives sur le stockage des ammonitrates haute densité », demande Antoine Hacard. Suite aux explosions dans le port de Beyrouth en 2020, le ministère de la Transition écologique a mis en consultation, au début de l’année, un projet de décret visant à abaisser le seuil de déclaration pour les installations concernées. Cela « risque de nous mettre en difficulté pour l’approvisionnement en azote », alors qu’il n’y a « pas d’urgence sur le sujet » du stockage, d’après lui. Le durcissement des règles aurait, de plus, un effet « contreproductif ». Avec des normes devenant « trop coûteuses », les coopératives seraient amenées « à ne plus stocker cet engrais dans leurs silos », prévient-il. Elles choisiraient comme alternative de « pousser le stockage d’ammonitrates haut dosage chez l’adhérent ». Pour l’heure, une mission interministérielle auditionne les parties prenantes, ses recommandations étant attendues « fin 2022 », d’après la fédération.
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Les coops mettent dans la balance leurs engagements en faveur de la transition économique, environnementale, sociétale, territoriale. Exemple : sur la réduction des engrais et phytos, 20 % de leur territoire sont couverts par des OAD. Pour remplir leurs engagements, les coops réclament un accompagnement des pouvoirs publics. « La crise nous empêche de dégager des marges suffisantes pour investir, souligne Antoine Hacard. On a besoin du gouvernement pour lancer certains projets, notamment la production d’azote à base d’énergie renouvelable. »