La demande européenne d’engrais devrait se tasser dans les cinq ans à venir, à l’inverse de l’Inde ou du Brésil, prévoit l’association internationale des engrais (IFA). Côté offre, la Chine baisse drastiquement ses capacités de production d’engrais azoté.
« L’Europe de l’Ouest devrait être la seule région du monde à diminuer sa consommation d’engrais dans les cinq ans à venir », a indiqué Armelle Gruere de l’International Fertilizer Association (IFA) lors de la session économique des 16e rencontres internationales de l’Association française de commercialisation et de mélange d’engrais, qui se tenait à Nantes du 2 au 4 octobre. Toutefois, si la région Asie est en progression, la Chine, premier consommateur mondial, suit la même tendance que l’Europe avec une demande d’engrais prévue en baisse de 1 million de tonnes (Mt) à horizon 2023/24.
À l’inverse, l’Inde et le Brésil devraient voir leur demande augmenter de 13 % sur cette période. Autre fait marquant, la liste des pays pour lesquels le marché est en progression se diversifie. « C’est la première fois qu’il y a deux États d’Afrique sub-saharienne parmi les dix pays qui affichent la plus forte progression », remarque Armelle Gruere. Si ce marché pourrait être un relais de croissance pour l’industrie des engrais, l’Afrique ne représente pour autant que 2 % du marché mondial. Une croissance, même forte, ne transformera pas ce continent en acteur majeur de la demande en engrais à horizon 2023.
Une demande européenne en mutation
Concernant spécifiquement le segment de l’azote, la demande européenne s’établit à 11 Mt et représente 10 % du marché mondial selon les chiffres présentés par la société FertIberia. Le fabricant d’engrais estime que cette demande va s’infléchir à l’avenir sous l’effet de la tendance du développement durable mais également de l’expansion de l’agriculture biologique. « L’Europe va devenir un marché de niche avec des produits à plus forte valeur ajoutée. L’unité d’azote devra être la plus efficace possible », explique Guillermo Perez Medina, directeur des ventes de l’entreprise. « Il y a une surveillance accrue du secteur et des appels répétés pour une meilleure efficacité », indique Armelle Gruere.
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Côté prix, le représentant de FertIberia parie sur les hypothèses conjuguées de la baisse des exportations chinoises et de la hausse du baril de pétrole pour prévoir une augmentation du prix de l’ammoniac et de celui de l’urée par ricochet.
La production chinoise se restreint
Selon les chiffres de l’IFA, la production d’urée et d’ammoniac, à l’échelle mondiale, devrait augmenter de 8 % à l’horizon 2023 pour atteindre respectivement 226 Mt et 228 Mt. Cette tendance générale cache des disparités, selon les régions du monde. L’Inde devrait augmenter sa capacité en urée de 9 Mt à travers sept projets en développement. Dans le même temps, la Chine, dont l’industrie fait face à une réglementation de plus en plus stricte, va réduire sa production de 5 Mt. « C’est la fermeture d’ateliers de petites et moyennes tailles qui va engendrer cette baisse. Elle ne sera compensée qu’en partie par l’ouverture d’ateliers plus importants », détaille Armelle Gruere. Concernant l’ammoniac, la hausse viendra à 45 % de l’Inde et du Nigéria. Pour ce type d’engrais, la production chinoise devrait également s’inscrire en forte baisse, avec un chiffrage à – 6 Mt par l’IFA. Alors que le pays produisait 36 % de l’ammoniac mondial en 2014, ce chiffre n’est plus de que de 30 % en 2018 et devrait être de 26 % en 2023.
« L’Europe va devenir un marché de niche avec des produits à plus forte valeur ajoutée »