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Enseignement : un projet contesté de rapprochement entre Ensat et Centrale

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Le projet de création de Centrale Toulouse Institut englobant l’Ensat est sur la sellette. Inquiets pour leur avenir, des membres de l’école supérieure d’agronomie ont eu un entretien le 8 mars avec le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau.

« L’Ensat risque de disparaître du paysage », ont lancé les AgroToulousains (association des alumni) tôt dans un communiqué le 8 mars. Une inquiétude partagée quelques heures plus tard devant le ministre de l’Agriculture. Marc Fesneau s’est entretenu en milieu de journée avec les principaux acteurs de l’école supérieure d’agronomie de Toulouse. Une Ensat « vidée de sa substance » : tel est le scénario projeté par Julien Couaillier, le président du conseil d’école, une instance regroupant étudiants et enseignants. Cette alerte est liée au projet de fusion. En décembre 2021, le groupe des Ecoles Centrales et l’INP de Toulouse (comprenant l’Ensat) ont lancé l’idée d’un rapprochement à l’horizon 2024. Le calendrier s’accélère avec un conseil d’administration de l’INP le 14 mars sur les principes de gouvernance du nouvel établissement.

Au sein de Centrale Toulouse Institut, le conseil d’école et le directeur de l’Ensat « perdraient toutes leurs capacités d’arbitrage sur le contenu pédagogique, le budget, sur les profils et le nombre d’enseignants-chercheurs à recruter et même sur le nombre d’élèves ingénieurs (dont il est prévu une diminution de 25 % !) qui pourraient intégrer ses rangs », selon les AgroToulousains. L’association craint de voir l’école perdre tout lien avec le ministère de l’Agriculture, perspective remettant en cause son appartenance au réseau des écoles supérieures d’agronomie et « fragilisant la qualité de ses enseignements et de son diplôme ».

Un diplôme menacé

« Les lignes rouges sont franchies », estime Jean-Baptiste Moussière, vice-président des AgroToulousains. Pour adhérer au projet de création de Centrale Toulouse Institut, l’association demande le respect de la gouvernance de l’Ensat. « Il faut que l’école puisse nommer son directeur, garde sa liberté pédagogique et d’orientation de la recherche des enseignants », plaide l’alumni, par ailleurs directeur général de la coopérative Even Agri. Des principes bafoués, selon lui, dans les propositions de textes reçues début mars. « C’est une OPA qui se prépare », dénonce-t-il. Une seule direction générale est prévue au sein de Centrale Toulouse Institut, avec tous les pouvoirs de gestion du personnel, de décision en matière de recherche, de choix des travaux et programmes pédagogiques.

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L’avenir du diplôme d’ingénieur Ensat paraît lui-même en danger. Sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, l’école fait exception dans le paysage des grandes écoles publiques d’agronomie (avec l’Ensaia de Dijon). Mais le ministère de l’Agriculture nomme conjointement son directeur. Une disposition qui figure dans le code rural pour toutes les écoles d’ingénieurs agronomes. Lors de la réunion le 8 mars avec les membres de l’Ensat, Marc Fesneau a prévenu qu’il n’accepterait aucune dérogation, selon les participants à la réunion. Le ministre doit rencontrer dans les prochains jours son homologue de l’Enseignement supérieur et de la recherche Sylvie Retailleau.

Un projet en contradiction avec la LOA

Le projet de Centrale Toulouse Institut consiste à mettre les enseignants en agronomie de l’Ensat à disposition du nouvel établissement. Pas question, répondent les AgroToulousains. Et de fustiger un « verdissement » des Ecoles Centrales au détriment de la formation en agronomie. L’association dénonce un projet « en totale contradiction avec le projet de loi d’orientation et d’avenir agricole en préparation et le souhait du président de la République de former plus d’ingénieurs, de doctorants et d’apprentis dans le domaine du vivant et plus particulièrement en agronomie ».

Dans leur communiqué, les AgroToulousains se disent, certes, « convaincus de l’intérêt des collaborations entre établissements spécialisés pour favoriser des approches transdisciplinaires utiles à la bonne compréhension du monde et propices à l’innovation au service de la transition de nos modèles de production ». Mais ils s’opposent au projet de fusion, les conditions n’étant « pas réunies pour permettre de former en nombre suffisant des ingénieurs agronomes en capacité d’appréhender et d’agir sur les crises systémiques que nous vivons, et de contribuer à relever les défis de la souveraineté alimentaire et de l’adaptation au dérèglement climatique ».

Vers une baisse de 25 % des diplômés Ensat