On peut à la rigueur comprendre la logique des industriels du lait consistant à se caler sur l’évolution des prix allemands pour décider de la progression qu’ils sont prêts à accorder à leur fournisseur. Mais on sera surpris à voir les champions d’une politique libérale s’entendre soudain pour décider d’une hausse uniforme des paiements aux éleveurs. Si ce n’est pas une entente sur les prix payés en amont, alors qu’est-ce que c’est ? Et on pourrait imaginer les éleveurs tentés d’attaquer cette décision devant le conseil de la concurrence. Evidemment, un tel recours ne ferait pas beaucoup de bien à l’interprofession.
En tout cas, cette situation ne récompense pas beaucoup les efforts sans relâche déployés par le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire pour relancer l’interprofession laitière. Celui-ci doit se dire qu’il est bien difficile d’obtenir la paix dans les filières agricoles et alimentaires : le rachat d’Entremont par Sodiaal qui traîne, les discussions interprofessionnelles qui n’aboutissent à aucun consensus, la notion de contrat qui fait l’objet d’autant d’interprétations que d’institutions… le dossier laitier n’est pas un facile pour Bruno Le Maire.
C’est que ce dossier est très largement conditionné par le sort de la réglementation européenne. Si toute régulation est suspendue, alors les opérateurs sont tentés par le moins disant. Du coup, c’est la quête d’économies qui prime au dépend d’une construction commune. C’est parce qu’il n’y a pas de régulation que les industriels Français craignent la concurrence allemande et qu’ils sont hantés à l’idée de s’en protéger par des coûts équivalents. Ce n’est que lorsqu’on aura obtenu un bon règlement laitier européen à Bruxelles que la paix dans la filière pourra revenir.

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