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Table ronde Entre écologistes et agriculteurs, le dialogue est possible

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Agriculteurs et écologistes sont-ils capables de se parler sans s’invectiver ? Oui, à en croire la table ronde « environnement » organisée le 25 janvier lors du colloque sur l’avenir de l’agriculture organisé par les anciens élèves de l’INA P-G, de l’Ena et de l’Ecole polytechnique.

Un militant écologiste, un fabricant de produits phytosanitaires, un responsable du ministère de l’Ecologie, un ancien président de la FNSEA, la présidente de l’Inra… La tablée était belle et le débat au titre joliment provocateur – « L’agriculture contre l’environnement ? » – s’annonçait épicé. Or, si quelques passes d’armes eurent effectivement lieu, elles intervinrent surtout entre Luc Guyau, président des chambres d’agriculture (APCA) et Guillaume Sainteny, directeur des Etudes économiques et de l’évaluation environnementale au ministère de l’Ecologie, à propos de la pollution des eaux par les nitrates et l’efficacité du PMPOA (programme de maîtrsie des pollutions d’origine agricole). Au-delà de ça, les échanges furent globalement policés.

Une meilleure compréhension réciproque

Avec quelques professions de foi. Vincent Gros, président de BASFAgro, n’hésita pas à déclarer qu’en matière de pollution de l’eau par les pesticides « il y a des marges de progrès impératives ». « Oui, il y a une contamination forte. Mais cette contamination pose-t-elle un problème par rapport au seuil de potabilité ? Non. Il existe une confusion dans l’opinion publique entre la présence et la toxicité », indique-t-il. « Ceci dit, poursuit Vincent Gros, est-ce que la situation est acceptable ? Non. Il faut adopter un cercle vertueux. Les bandes enherbées sont très efficaces et il faut agir au niveau de la formation des agriculteurs ».

Un discours qui ne fera pas sauter sur sa chaise Lionel Vilain, en charge des dossiers agricoles à France Nature Environnement (FNE). Tout en affirmant que l’agriculture est responsable de « graves nuisances» en matière de biodiversité ou de santé publique, Lionel Vilain, admet que « le monde agricole accepte un peu plus le regard des écologistes ; et les écologistes commencent de leur côté à comprendre davantage les logiques économiques du monde agricole». Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des convictions, notamment en matière d’irrigation : « Les retenues collinaires, c’est une fuite en avant » lance-t-il. De même, sur le dossier des abeilles, le discours est loin d’être radical. « La mortalité des abeilles est multifactorielle. Les pesticides ne sont pas seulement en cause », explique le responsable de FNE. « Quand il y a des milliers d’hectares de maïs, y’a plus rien à butiner. La mortalité des abeilles, ça relève en partie de l’aménagement du territoire, en partie des pratiques apicoles, et en partie du bruit de fond des pesticides. Je ne ferai pas le procès de BASF sur le Fipronil », ajoute Lionel Vilain en se tournant vers le président de BASFAgro.

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Luc Guyau l’admet également : « Les relations entre environnementalistes et agriculteurs, ça commence à s’améliorer ». « On a été agressés de l’extérieur, à juste raison parfois, d’autres fois, non », confie-t-il en évoquant ses années passées à la tête de la FNSEA.

Guillaume Sainteny, du ministère de l’Ecologie, n’aura pas joué la provocation. Dénonçant le mitage du territoire et l’artificialisation des terres agricoles, il affirme que chaque fois que l’agriculture périurbaine se maintient, « c’est un bienfait pour la société ». Il juge qu’il serait totalement normal que ce type d’agriculture soit rémunéré pour cela.