Le « tsunami du blé » dont nous parlait Hubert François il y a un an en est arrivé à sa « deuxième vague », estime aujourd’hui le p.-d.g. de NutriXo/Grands Moulins de Paris. Entre temps, il s’est diffusé à l’ensemble des produits agricoles dont l’industrie alimentaire a besoin. Impossible néanmoins d’en mesurer les dégâts, qui n’apparaîtront qu’après… Sous nos climats, les utilisateurs de matières premières n’ont pas été habitués à une telle volatilité et bien d’autres facteurs de hausse (énergie, emballages, salaires, … coûts de référencement) étaient davantage pointés du doigt. Cette fois, tous les maillons de la filière se sentent concernés en France, après une campagne électorale qui avait mis en avant le pouvoir d’achat, et une telle conjoncture tombe plutôt mal.
C’est pourquoi un premier rendez-vous a eu lieu en juillet entre les représentants de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et de la distribution, avec promesse de se revoir au milieu ou à la fin de septembre. Chacun va donc essayer, face à un consommateur plutôt circonspect et à un pouvoir politique qui ne veut pas voir ses promesses démenties, de prévenir les critiques – et elles ne manqueront pas ! – en faisant, si possible, « porter le chapeau » à son voisin de filière.
Mais entre chaque maillon, les rapports ne sont pas homogènes, la sensibilité aux coûts et le niveau d’intégration varient selon les familles de produits : la farine pèse peut-être assez peu dans le prix du pain, mais le maïs affecte plus lourdement ceux du porc et de la volaille et le beurre celui du quatre-quart breton.
Démêler le vrai du faux, comme le voudrait ce dossier à partir de plusieurs sources, va s’avérer indispensable pour les négociations annuelles que vont entamer en octobre les industriels avec leurs clients distributeurs. Mais le jeu se complique parce que le calendrier de la réforme de la loi Galland vient d’être bousculé par les propos du président de la République devant le MEDEF et lors de sa visite-éclair, le lendemain, dans une grande surface de Bois d’Arcy.
La raréfaction des produits agricoles de base, elle, pose le problème de la politique agricole qui, au niveau européen, doit justement faire l’objet en janvier d’un examen à mi-parcours avant l’échéance 2013. Pour arrêter une position française sur ce bilan, le ministre Michel Barnier a donc choisi de mettre les choses à plat dès cette semaine en ouvrant les « Assises de l’agriculture » lors d’un CSO qui tombe à pic pour dégager une nouvelle « orientation de l’économie agricole ».
Sur ces différents sujets, la « rupture » n’est-elle pas le maître-mot du nouveau pouvoir ? Ainsi – et sans doute pour innover ! – , c’est dans une enceinte peu habituelle, à l’université d’été du Medef, que Nicolas Sarkozy a donné le cap sur les principales questions de politique agroalimentaire. La semaine prochaine, le public qui l’attend au Space, le salon de l’élevage de Rennes, n’aura pas toute la primeur puisque les patrons ont déjà entendu le président improviser en ces termes : « Le monde n’a jamais eu autant besoin de production agricole et de sécurité alimentaire » et annoncer dans la foulée « une nouvelle Pac » qu’il proposera lui-même « en partenariat avec les organisations professionnelles ». Et le chef de l’Etat s’est même amusé de ceux qui, il n’y pas si longtemps, expliquaient que « les prix agricoles avaient un mouvement baissier sur le long terme » et disent aujourd’hui qu’ « ils ont maintenant un mouvement haussier sur le long terme ».
Double message
Partisan d’une Europe qui se construise « d’abord pour protéger les Européens », le chef de l’Etat a prôné « l’instauration d’une véritable préférence communautaire » et le principe absolu dans les négociations internationales de « la réciprocité » : l’Europe sera « condamnée » et deviendra « la victime expiatoire de la mondialisation si les règles de la concurrence y sont plus dures que partout ailleurs, si c’est la seule région du monde où il est impossible de conduire des politiques industrielles, commerciales ou de change » pour défendre nos intérêts, a-t-il martelé.
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Le message est clair, à l’attention de nos partenaires et surtout de la Commission de Bruxelles, mais la tâche est difficile maintenant pour ses ministres, de Michel Barnier à Christine Lagarde en passant par Hervé Novelli et Luc Chatel. Le premier a déjà pris la balle au bond en parlant, dans une tribune parue dans Libération, de « requalifier la Pac », de « concilier politique de soutien aux régions fragiles » et « politique de stabilisation des marchés » mais en « responsabilisant davantage les filières ».
Autre changement annoncé par le président de la République au Medef, le calendrier de la réforme de la Loi Galland devrait être raccourci pour aboutir au « triple net » dès les négociations 2008 qui vont commencer dans un mois, et non pas pour celles de 2009 comme envisagé jusqu’ici afin de ne brûler aucune des étapes inscrites dans la loi Dutreil 2.
Se faisant fort de « faire bouger les habitudes », Nicolas Sarkozy a dit vouloir « aller beaucoup plus loin sur la concurrence pour faire baisser les prix à la consommation en intégrant toutes les marges arrière dans le calcul du seuil de revente à perte » et, s’adressant au président de la FNSEA (qui était présent lui aussi) il a annoncé qu’ « un dispositif particulier sera étudié pour les produits agricoles ».
Le lendemain, le chef de l’Etat s’est fait plus pressant en visitant un Centre Leclerc dans les Yvelines, où il a affirmé sa volonté de mener, « avant la fin de l’année, une réforme complète des marges arrière » dans la grande distribution. « C’est une réforme que j’avais initiée lorsque j’étais ministre des Finances et qui doit être maintenant menée à terme parce que, avec l’euro, les prix ont augmenté », a-t-il insisté. L’assouplissement de la loi Galland concernant le seuil de revente à perte doit aider à faire baisser les prix payés par le consommateur et répondre en partie aux attentes des distributeurs qui réclament une plus grande liberté. Selon Nicolas Sarkozy, « la hausse des prix n’est pas toujours bien décrite par les indices officiels, mais les Français, eux, savent que ça augmente ».
Un mois pour sortir un texte
Cela dit, la question est maintenant, pour les différents partenaires, de savoir vraiment sur quel tempo danser. En effet, les consultations préliminaires et la concertation promise devaient bien prendre cinq à six mois sans compter les délais parlementaires. D’où l’idée que les négos 2008 se passeraient dans le même cadre que celles de 2007 et que la norme du « triple net » et de marges arrière à zéro n’était pas pour demain, au grand soulagement, de fait, de nombreuses entreprises et notamment des plus petites. Car au moment où le boom des matières premières pourrait légitimement justifier des hausses tarifaires, vouloir de nouvelles baisses consommateur frise la quadrature du cercle. Et signifie en tout cas une telle somme de sacrifices sur les marges à tous les stades que certains commerces ne pourront qu’en souffrir et aussi, encore plus sûrement, de nombreux industriels de l’agroalimentaire.
En fait, tout se passe comme si l’alimentaire était le bouc émissaire d’une inflation en grande partie imaginaire, car on n’a encore pas vu grand-chose dans les indices ni ailleurs pour la bonne raison que les marques ont déjà baissé et devront baisser encore pour subsister en linéaire et que les premiers prix ont du mal à remonter. Les acheteurs, qui veulent aussi mettre davantage en avant les MDD, vont d’ailleurs contribuer à cette poursuite de la déflation en grandes surfaces.