Les pesticides sont-ils indispensables, tolérables ou indésirables ? Tel était un des thèmes proposés mercredi 21 avril à Dijon, lors d'un colloque organisé par l'Etablissement national d'enseignement supérieur de Dijon (Enesad), l'Institut national de recherche agronomique (Inra) de Dijon et la Confédération paysanne. Les intervenants présents en ont profité pour faire le point sur les différentes alternatives aux pesticides qui peuvent être choisies par les agriculteurs.
" Aujourd'hui, si je décide d'arrêter d'introduire des pesticides dans mes cultures et si je ne souhaite pas m'engager vers l'agriculture biologique, qu'est-ce que je peux faire concrètement ?", interroge un agriculteur. Ce témoignage reflète bien les interrogations actuelles que se posent les agriculteurs. Confrontée à des baisses de rendements des cultures, "l 'agriculture biologique ne pourra pas nourrir la planète", indique Valentin Beauval, agriculteur et agronome. Comment faire alors une agriculture utilisant moins d'intrants mais qui ne soit pas forcément une agriculture biologique ni sans OGM ? Même si elles ne sont pas encore très connues par l'opinion publique, des solutions existent et fonctionnent. Cependant, les agriculteurs, s'ils veulent les utiliser, devront consentir à quelques sacrifices ou prises de risques.
L'importance du travail du sol et du respect des rotations
" La réduction du travail du sol, la simplification des rotations sont étroitement liées à la hausse de l'utilisation des herbicides", indique Bernard Chauvel, chercheur à l'Inra. Cela a eu pour conséquence l'augmentation vertigineuse du nombre d'espèces résistantes dans le monde" depuis 30 ans. Des expériences menées par l'Inra ont permis de démontrer que l'utilisation du labour, le respect des rotations au moins sur 4 ans, permettent de réduire l'apparition des mauvaises herbes. Mais Bernard Chauvel préconise aussi le retard de la date du semis. " L'herbicide n'a alors plus qu'à finir le travail", ajoute-t-il,, puisque le blé qui germe plus tard est moins en compétition biologique avec le vulpin. Ces techniques comportent cependant pour l'agriculteur une part de risque à prendre, concernant le recul de la date du semis et les pertes de rendement qui peuvent en découler. Par ailleurs, si " le labour gère très bien les graminées, des problèmes subsistent concernant les dicotylédones", indique Bernard Chauvel.
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La lutte intégrée : une troisième voie possible
En dehors de ces pratiques, existe la lutte raisonnée, qui limite les traitements en utilisant avec modération les auxiliaires naturels. " Cela marche très bien", indique Valentin Beauval. C'est le cas notamment du trichogramme (Hyménoptère) utilisée pour combattre la pyrale du maïs et les tordeuses de la grappe, Eudemis, ou des coccinelles pour combattre les pucerons. Cependant, cette technique, si l'on veut qu'elle soit efficace, doit être réalisée sous serre et nécessite un travail de surveillance et d'observation régulier. Ces pratiques sont par ailleurs plus onéreuses que la lutte chimique classique. Ainsi, les paysans effectuant cette démarche relèvent soit d'organisation de producteurs (OP) soit de contrats territoriaux d'exploitation (CTE).
Les pesticides naturels : un autre avenir
Ces pesticides naturels sont, comme leur nom l'indiquent, des substances sécrétées naturellement par certains végétaux, qui peuvent avoir des effets contre des insectes ou des maladies. C'est le cas notamment d'un arbre originaire d'Asie du Sud-Est, le Neem (Azadirachta indica), qui a des vertus insecticides prouvées. Il secrète une matière active, l'azadiractine, actuellement utilisée en agriculture biologique mais qui pourrait aussi le devenir plus généralement pour remplacer certains produits chimiques. Un autre produit à base de citron cette fois, pourrait par ailleurs être utilisé bientôt dans les champs et les vergers, pour lutter contre les moisissures et les bactéries qui s'attaquent aux fruits et légumes. Ces pesticides naturels sont à l'étude depuis quelques années par les industries pharmaceutiques qui ont déposé de nombreux brevets.