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Viande de porc/Acquisition Entrée fracassante de Cooperl dans la salaison

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Brocéliande ALH (Argoat Le Hir) fait désormais partie intégrante de Cooperl Arc Atlantique. Le groupe porcin, leader français et numéro 4 européen de la viande de porc, devient ainsi un gros opérateur de la charcuterie salaison, spécialisé en cuit pour le LS en MDD.

Cooperl Arc Atlantique a officiellement annoncé, le 4 décembre, la finalisation de son accord de reprise de Brocéliande ALH, la branche charcuterie salaison d’Unicopa (1). L’opération concerne la totalité de l’entreprise qui se compose de quatre unités : Bécherel (Ille-et-Vilaine), Loudéac (Côtes d’Armor), Villers Bocage (Calvados) et Roanne (Loire) et emploie plus de 1000 personnes. Cooperl Arc Atlantique prend possession d’un opérateur important sur le marché des produits emballés pour les marques de distributeurs. Qui plus est grand spécialiste des produits cuits, un secteur générateur de valeur.
Brocéliande ALH a fabriqué l’an passé 51 000 t de salaisons dont 35 000 t de jambons, 10 000 t d’autres produits cuits et 4000 à 5000 t de produits crus, pour un chiffre d’affaires de 230 millions d’euros. Cooperl Arc Atlantique, lui, n’a jamais été influent jusqu’ici sur le marché de la salaison. Le groupe de Lamballe s’est contenté, en 2008, d’une production annuelle de 23 à 25 000 t de lardons, pâtés et saucissons (fabriqués sur deux sites), mais qui sont des produits peu élaborés en salaison, avec un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros. Une goutte d’eau dans le CA consolidé (2008) de Cooperl Arc Atlantique, 1,7 milliard d’euros avec 2400 salariés, des ventes réalisées avant tout grâce à l’industrie de la viande (2). Maintenant, l’addition des deux activités permet au pôle « charcuterie-salaisons » de Cooperl Arc Atlantique d’atteindre une production annuelle de 74 000 t environ, un CA de 300 millions d’euros et un effectif de 1350 salariés répartis dans six usines.

Co-leader du cuit sous MDD en libre service
« Nous devenons co-numéro 1 du cuit en LS pour les MDD en France avec Aoste », précise Bruno Durand, directeur de Brocéliande dont les fonctions sont étendues au pilotage de toute la branche, par le nouveau propriétaire.
Plusieurs ajustements, voire des restructurations, devront être menés, indique Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique. Car Brocéliande ALH a perdu 1 million d’euros en 2007 puis 4 millions en 2008. « Le résultat du premier semestre 2009 est resté dans le rouge comme pour l’ensemble de la filière, mais le résultat redevient positif sur le second semestre », explique Bruno Durand. Aussi Cooperl Arc Atlantique fixe pour premier objectif la restauration de la profitabilité de la branche, et ce dès le prochain exercice (2010).
L’investissement de 15 millions d’euros sur le site de Loudéac, un temps annoncé (3), n’a pas été confirmé. « Nous sommes toujours en phase d’évaluation de la stratégie à long terme pour ce site », concède Emmanuel Commault. Le dirigeant ne peut pas non plus garantir le maintien de la totalité des emplois –devant les journalistes il n’a pas évoqué de plan social. Et s’il voit un avenir pour l’entreprise, ce ne sera pas forcément « pour l’ensemble des sites » (six actuellement). Pour Cooperl Arc Atlantique, cette acquisition s’inscrit dans une stratégie de recherche de valeur.

Le marché devient européen
« Dans une industrie de la viande où 80 % de la valeur est captée par la masse salariale, le marché est européen pour les pièces et il le devient pour les salaisons », analyse le DG de Cooperl. Mais à l’intérieur de l’UE, l’écart de coût de main d’œuvre entre l’Allemagne et les autres pays producteurs est tel qu’un opérateur « doit compenser par plus d’efficacité et plus d’innovations, sans quoi c’est l’ensemble de sa filière qui sera menacée », poursuit Commault.
Sans dévoiler de grands secrets, Cooperl Arc Atlantique a dessiné les contours de la stratégie qu’il entend mettre en avant dans son pôle charcuterie-salaisons. L’intégration de Brocéliande ALH dans Cooperl « renforce la capacité de l’entreprise à servir la stratégie de (ses) grands clients », résume Bruno Durand. Celui-ci parle d’une « course à l’excellence » que facilitera la verticalité d’une filière, de la génétique aux produits élaborés.
Cette intégration peut se révéler un « vrai plus par rapport à la concurrence car la distribution est attentive au fait qu’on puisse lui apporter des garanties sur les origines, l’alimentation, la conduite d’élevage, etc. », remarque Paul Rouche, délégué général du SNCP, le Syndicat national du commerce du porc. Au bout du compte, le redressement de Brocéliande ALH dans Cooperl Arc Atlantique pourrait bénéficier aux éleveurs adhérents du groupe, en crise depuis bientôt trois ans consécutifs.

(1) Cf Agra alimentation n°2082 du 22.10.09 p 25 
(2) Cooperl Arc Atlantique a produit l’an passé 6 millions de têtes avec 2200 éleveurs, fabriqué 1,6 million de t d’aliments du bétail. Et à la sortie de deux abattoirs d’une capacité hebdomadaire de 100 000 têtes, l’opérateur a commercialisé 320 000 t de viande dont plus du tiers hors de France.
(3) Cf Agra alimentation n° 2087 du 03.12.09 p 27

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