Jean-Michel Lemétayer et Nicolas Hulot ont menacé tous les deux de quitter le Grenelle de l’environnement à quelques jours d’intervalle. Mais la comparaison s’arrête là. Le leader écologique entend protester contre la volte-face de Nicolas Sarkoy concernant la taxe carbone finalement supprimée avant même d’avoir réellement existé. Le président de la FNSEA entend montrer que la coupe environnementale est pleine pour les agriculteurs.
Dans son intervention musclée au 64e congrès de son organisation, Jean-Michel Lemétayer a fustigé les « débats inutiles » et « l’arrogance, les certitudes, le mépris des représentants de mouvements associatifs et environnementalistes de tout poil ». Au passage, le responsable syndical égratigne aussi « les bobos ou les militants pétris de certitudes qui ne représentent souvent qu’eux-mêmes ». « Si le débat est tronqué, si le développement durable rime avec décroissance et désertification des campagnes, je le dis tout net, Grenelle ou pas Grenelle, le débat, ce sera sans la FNSEA », a-t-il lancé, condamnant « l’addition salée » que constituent les contraintes environnementales en faisant le calcul des « semelles de plomb ».
Des organisations réunies dans le « Groupe Pac 2013 * », dont la Fondation Nicolas Hulot, « mettent en cause les propos inquiétants et inacceptables » tenus par Jean-Michel Lemétayer. « En opposant revenu agricole et protection de l’environnement, Jean-Michel Lemétayer se trompe de cible et ne fait qu’amener les agriculteurs et les pouvoirs publics vers une impasse économique, sociale et écologique », soulignent ces ONG. Le président de la FNSEA « oublie de préciser le coût, pour la société, du modèle agricole industriel qu’il défend et notamment la responsabilité des pollutions agricoles dans la dégradation de la qualité de l’eau en France ». Ces ONG estiment que les propos du leader de la FNSEA « ne sont pas en phase avec les nouveaux défis auxquels l’agriculture est confrontée (…). Il s’agit là d’un signal extrêmement négatif envoyé à la société civile mais aussi aux agriculteurs et aux gouvernements européens sceptiques sur l’intérêt de maintenir la PAC ». Il est vrai que la « sortie » anti-écolo de Jean-Michel Lemétayer n’est pas dans l’air du temps mais fédère ses adhérents qui accusent le coup face à des revenus en berne. Le poids des contraintes environnementales est un bouc émissaire évident dans un contexte économique difficile pour les agriculteurs. Nicolas Sarkoy lui-même, initiateur du Grenelle, a quelque peu facilité la tâche de la FNSEA lors de son passage au Salon de l’agriculture. Sa petite phrase ; « l’environnement, ça suffit ! » a largement été commentée. Même si la FNSEA assure ne pas refuser le débat pour peu qu’il ne soit pas pipé d’avance, cette dure prise de position de son président risque d’anéantir les effets positifs « de la participation constructive de la FNSEA au Grenelle ». On le voit déjà avec la vive réaction des ONG, premières visées par la fronde de Jean-Michel Lemétayer.
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*, la Fnab, la FNCIVAM, le CFSI, CCFD, les Amis de la terre…