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Mouvements sociaux Essence et grève des ports, une logistique complexe pour la filière agricole

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Les grèves liées au texte sur les retraites et celles dans certains ports complexifient la vie des entreprises du secteur agricole. Fabricants d’aliment, agriculteurs, équarrissage, collecte du lait…, tous témoignent des mêmes difficultés.

Différents communiqués de presse, émis entre le 21 et le 25 octobre, de l’Association des fabricants d’aliments du bétail de l’Ouest (Afab), des Huileries de France, de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) et de la FNSEA font part de la situation complexe vécue par les entreprises du fait de la pénurie d’essence et des blocages des ports. Comme l’écrit l’Ania, « c’est la zone du Grand ouest, région agro-alimentaire majeure, qui est la plus impactée ». Du côté des fabricants d’aliments, Laurent Morin, délégué général de l’Afab, décrit une situation « plus difficile à l’Est qu’à l’Ouest » dans cette zone. Il résume la situation vécue par tous en trois mot : « C’est la débrouille ! ». Au-delà du mouvement social des retraites, « la réforme portuaire concernant les grands ports maritimes engagée par le gouvernement dans l’objectif d’améliorer la compétitivité des ports français, induit également des mouvements sociaux majeurs depuis de longs mois », complète le communiqué de presse.

Perte de compétitivité et surcoûts pour la filière

Rupture d’approvisionnement des usines en matières premières, des bateaux déchargés au compte-goutte, des camions qui font la queue devant les pompes à essence, le quotidien des entreprises s’est très nettement « dégradé ». « Ce qui est pénible, c’est d’être en permanence sur le fil du rasoir. Les entreprises vivent au jour le jour », décrit Laurent Morin. Les stocks sont à un très bas niveau pour certaines fabriques et afin d’éviter des ruptures d’approvisionnement, une certaine solidarité entre entreprises s’est mise en place. « Les coûts augmentent et ils seront inévitablement répercutés sur la filière », appuie Laurent Morin. « Filière qui sera encore un peu plus enfoncée dans de profondes difficultés, et cela dans un contexte économique agricole fortement dégradé en Bretagne », complète le communiqué de presse. Les fabricants d’aliments perdent en compétitivité. Pour autant, si les régions Centre et frontalières peuvent s’approvisionner à l’étranger, « la Bretagne est plutôt mal placée » pour en arriver là. Pour le moment, les éleveurs n’auraient pas eu de rupture complète d’approvisionnement.

Une collecte laitière non interrompue

Du côté de la collecte laitière, Isabelle Lesage, chef du service lait de Coop de France Ouest, décrit une situation aussi compliquée mais sans interruption de la collecte. « Le secteur laitier a été très vite déclaré comme prioritaire car c’est une denrée périssable, explique-t-elle. Les entreprises font des pieds et des mains quitte à prendre du gazole en station avec les surcoûts que cela engendre (temps d’attente, prix élevé du carburant). » Elle dénonce aussi des charges nouvelles dont il est encore trop tôt pour évaluer le niveau et l’impact ainsi que des coûts de collecte « qui s’envolent ». Dans ce secteur aussi, une solidarité entre acteurs s’est mise en place. L’Ania comme les Huileries de France annoncent dans leurs communiqués des « arrêts imminents » des entreprises, voire sous 48h pour l’Ania. Il est difficile d’obtenir des chiffres car les situations sont très hétérogènes sur le terrain, selon Laurent Morin. Côté gouvernement, si, d’après lui, des échanges ont lieu, on « gère les urgences afin d’éviter la rupture de carburant dans tous les secteurs ». Avis partagé par Isabelle Lesage. La FNSEA, elle, fait part des difficultés au niveau du service de collecte de l’équarrissage avec « de nombreux animaux qui n’ont pu être enlevés des exploitations » ainsi que dans les exploitations « pour les semis et autres travaux des champs ». Quant aux activités sous serre, elles « subissent une réelle pression », notamment pour des marchés ponctuels comme celui des chrysanthèmes de la Toussaint.

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