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Biodiesel Estener lance la 2e génération made in France

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C’est en grande pompe qu’a été inaugurée au Havre, une usine qui recycle en biocarburant des graisses animales non alimentaires auparavant brûlées. Les partenaires, Intermarché, premier groupe agroalimentaire en France, et Saria, entreprise du secteur agroalimentaire et la biomasse, revendiquent la création d’une filière française de biocarburants de deuxième génération. Elle devrait produire 75 000 tonnes par an.

Monter une filière française, qui traite des déchets français encore peu valorisés (des graisses animales non alimentaires) pour vendre du biocarburant aux Français. Tel est le créneau sur lequel se positionne Estener, la raffinerie inaugurée le 7 novembre en Normandie. Les partenaires, Intermarché (via le pôle industriel du groupement des Mousquetaires et sa filiale SCA Pétrole et dérivés) et Saria Industries, groupe spécialisé dans l’alimentation, l’agriculture, la pisciculture et l’industrie, qui partagent le capital d’Estener à deux tiers pour un tiers, avaient annoncé leur projet en novembre 2012. Un an et 40 millions d’euros d’investissements plus tard, l’usine Estener, situé dans la zone portuaire du Havre (76), est en fonctionnement. Avec pour objectif annuel de sortir 75 000 tonnes de biodiesel par an à partir de déchets de supermarché et d’huiles de friture usagée, mais surtout, à partir de 80 000 tonnes de graisses animales collectées partout en France via le réseau de Saria (qui assurera deux tiers des approvisionnements) et les abattoirs SVA Jean Rozé du groupe Mousquetaires.
 
Un biodiesel à partir de « déchet »
Le procédé repose sur l’estérification des graisses, comme cela se fait pour l’huile de colza. La différence, « c’est que l’on travaille une matière première qui est un résidu, avec beaucoup d’impuretés (soufre, phosphore, …), explique Pierre Buin, directeur de l’usine Estener. Tout notre savoir-faire consiste donc à avoir mis en place les phases de décantation, lavage, distillation, pour transformer ce qui est au départ un résidu hétérogène en un produit standard aux normes pétrolières et qui répond à la directive européenne sur les transports », qui vise l’incorporation de 10 % d’énergies renouvelables dans le secteur. Pierre Buin résume : « Nous sommes une alternative complète qui répond aux nouvelles attentes européennes en biocarburants avancés », qui ne sont pas produits à partir de matières alimentaires. Estener est ainsi la première raffinerie opérationnelle à transformer de tels déchets en biodiesel : « Il n’y avait pas de circuit en France pour valoriser ces huiles », poursuit Pierre Buin. Elles étaient incinérées, notamment parce que la réglementation en a interdit l’usage à la suite de la crise de la vache folle, ou rachetées par des voisins européens qui ont déjà créé ce type d’unités. Certaines sont d’ailleurs développées par le groupe Rethmann, maison mère de Saria industries.
 
Circuit court
Mais la volonté des partenaires d’Estener était de relocaliser la valorisation de ces déchets ; ils parlent même de « circuits courts » : les graisses sont collectées au Havre, « à proximité d’une partie importante de la ressource, située dans le Grand Ouest », explique Michel Ortega, président du Pôle industriel du Groupement des Mousquetaires, qui est aussi le 2e distributeur de carburant de France. À proximité également des infrastructures pétrolières du 2e port pétrolier de France, mais aussi des infrastructures maritimes qui permettront de desservir « toute la côté atlantique». Et à portée de camion du bassin de consommation francilien.
 
Garder la valeur ajoutée
Estener n’envisage pas d’étendre la quantité de graisses animales transformées. Il faut dire que le gisement français n’est pas vraiment extensible : il est estimé à 110 000 tonnes. Estener en brigue 80 000. Et elle n’est pas seule : Sofiprotéol a annoncé à la mi-octobre le lancement sur le site de Venette, dans l’Oise, d’une unité destinée à transformer 65 000 tonnes de graisses animales. Mais la logique y est différente : Sofiprotéol s’approvisionnera sur le marché européen. C’est la « préférence nationale » que revendique au contraire Estener. Avec un autre objectif : créer de la valeur ajoutée pour la filière viande. L’utilisation de ces déchets d’abattoir pour produire un carburant à haute valeur ajoutée revalorise leur prix et « réduit le coût de prise en charge de l’équarrissage chez les éleveurs et en abattoir », assure Christophe Bonno, directeur du pôle industriel du groupe des Mousquetaires. Ce qui fait de la bioraffinerie, un usage plus intéressant pour les graisses que la méthanisation aux yeux des partenaires. Le site d’Estener, mis en fonctionnement début novembre, emploie 27 salariés.

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