Washington a l’intention de négocier des accords commerciaux séparés avec l’UE, le Royaume-Uni (après le Brexit) et le Japon, et veut obtenir notamment des « résultats substantiels » pour les « agriculteurs et éleveurs » américains.
Le représentant américain pour le commerce (USTR), Robert Lighthizer, a notifié le 16 octobre au Congrès l’intention de l’administration de Donald Trump de négocier trois accords commerciaux séparés avec l’UE, le Royaume-Uni et le Japon. Il s’engage à conclure ces pourparlers « avec des résultats opportuns et concrets pour les travailleurs, les agriculteurs, les éleveurs et les entreprises » des États-Unis. L’USTR rendra publics les objectifs poursuivis par Washington au moins 30 jours avant les débuts des discussions formelles avec ces partenaires.
« Parvenir à des échanges plus équitables, plus équilibrés » avec les Européens
Dans sa lettre de notification au Congrès concernant l’UE, Robert Lighthizer note que les relations économiques entre cette dernière et les États-Unis sont « les plus larges et complexes dans le monde, avec plus de 1 100 milliards $ d’échanges réciproques annuels ». « En dépit de cet important volume commercial, les exportateurs américains dans des secteurs clefs sont confrontés à de multiples obstacles tarifaires et non tarifaires depuis des décennies, aboutissant à des déséquilibres chroniques », le déficit américain dans les échanges de biens avec l’UE ayant ainsi atteint 151,4 milliards $ en 2017, ajoute-t-il.
« Notre but dans des négociations avec l’UE est de traiter à la fois les barrières tarifaires et non tarifaires et de parvenir à des échanges plus équitables, plus équilibrés », souligne l’USTR, rappelant que, « comme indiqué dans la déclaration conjointe publiée par le président Trump et le président de la Commission européenne (Jean-Claude) Juncker à l’issue de leur réunion du 25 juillet 2018, les États-Unis et l’UE souhaiteraient poursuivre des pourparlers pour renforcer leurs relations commerciales au bénéfice de tous les citoyens américains et européens » (1).
Déjà des discussions exploratoires avec Londres
Dans le cas du Royaume-Uni, Robert Lighthizer précise que, si celui-ci « ne peut pas négocier des accords commerciaux jusqu’à ce qu’il ait formellement quitté l’Union européenne le 29 mars 2019 (2), le secrétaire britannique au commerce international et moi avons lancé en juillet 2017 le groupe de travail conjoint sur le commerce et l’investissement pour assurer la continuité commerciale (entre les deux parties) au moment où (ce pays) quittera l’UE et pour explorer les moyens de renforcer les liens en matière de commerce et d’investissement ».
L’objectif de ce travail, poursuit-il, est de « préparer le terrain pour un potentiel futur accord de libre-échange, de telle sorte que nous soyons prêts à entamer les négociations une fois que le Royaume-Uni sera formellement sorti de l’UE ».
Japon : un marché « trop souvent peu performant »
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S’agissant du Japon, l’USTR remarque que ce pays est « un marché important, mais encore trop souvent peu performant, pour les exportateurs américains de marchandises ». C’était leur 4e débouché à l’étranger en 2017, pour un total de 67,6 Mrd $, le 4e également pour les produits agricoles (12 Mrd $).
En dépit de ces chiffres, déplore-t-il, les États-Unis font face à de « multiples obstacles tarifaires et non tarifaires » dans des secteurs importants comme l’automobile, l’agriculture et les services, avec, là aussi, des « déséquilibres commerciaux chroniques », par exemple un déficit américain dans les échanges bilatéraux de biens de 68,9 Mrd $ en 2017.
Une déclaration conjointe publiée le 26 septembre dernier par Donald Trump et le premier ministre Shinzo Abe appelle au renforcement réciproque du commerce et de l’investissement.
(1) Voir n° 3655 30/07/18
(2) Voir même numéro
Bruxelles s’interroge
Après la déclaration conjointe euro-américaine du 25 juillet, « nous avons dit à plusieurs reprises que nous étions prêts à entamer un exercice de cadrage sur un accord limité, centré sur les droits de douane sur les biens industriels, mais pour l’instant, les États-Unis n’ont pas manifesté un grand intérêt. La balle est donc dans leur camp », a affirmé le 17 octobre la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström. « Il reste beaucoup de travail à faire cet automne », s’était-elle contentée de commenter le 10 septembre, à l’issue d’une rencontre avec son homologue américain Robert Lighthizer.
Le champ même des discussions devant être menées suite à la trêve annoncée en juillet est source de divergences, l’UE refusant, à l’inverse des Américains, d’y inclure l’agriculture.