Etats-Unis, Nouvelle-Zélande et Canada, trois modèles de politique laitière, très contrastés, ont été présentés lors du colloque Grand Angle Lait, le 14 avril. Daniel-Mercier Gouin, professeur de politiques agricoles à l'Université Laval au Québec, a expliqué les spécificités de chacune.
« En France, je suis convaincu que les organisations de producteurs par entreprises, cela ne donnera rien… Avec la signature de contrats individuels, les producteurs se font réguler par les entreprises », a conclu Daniel-Mercier Gouin, professeur de politiques agricoles à l'Université Laval au Québec, lors du colloque Grand Angle Lait le 14 avril dernier. C'est à la suite d'une présentation comparant les politiques laitières des Etats-Unis, de la Nouvelle-Zélande et du Canada qu'il a rendu cet avis incisif sur certains points clefs de la politique laitière française. « La politique laitière aux Etats-Unis, c'est clair. En Nouvelle-Zélande, il n'y a pas de soutien. En France et dans l'Union européenne … on ne sait pas trop », résume-t-il. La Nouvelle-Zélande a fait le choix « le plus simple » pour Daniel-Mercier Gouin, pas de régulation publique. La coopérative Fonterra, qui contrôle près de 90% de la collecte, fixe le prix à la production sur la base du prix mondial. Par contre, « le producteur aura à acheter des parts sociales s'il veut produire plus », constate-t-il. De leurs côtés, les Etats-Unis à travers deux nouveaux programmes protègent quelque peu leurs producteurs. Toutefois, « le soutien du marché est très minime », analyse Daniel-Mercier Gouin.
Un soutien de marché réduit aux Etats-Unis
Le Dairy Product Donation Program (DPDP) permet au gouvernement, si un indicateur de prix passe au rouge, de retirer du marché intérieur des produits laitiers afin d'en faire don à des associations (pas de stockage, trois mois d'intervention maximum). Avec ce dispositif, il allège pour un temps un marché intérieur encombré afin de faire remonter les cours. Le Dairy Margin Protection Program (DMPP) est une forme d'assurance de protection de la marge. L'éleveur y adhère à un certain tarif, fixé en fonction de ses livraisons, avec une surprime si le cheptel compte plus de 200 têtes. Les simulations montrent un intérêt limité du dispositif, qui ne se déclenche qu'en cas de crise, par rapport aux aides Pac annuelles. Les Milk Marketing Orders (MMO), outils de mise en marché, « font payer le lait aux laiteries en fonction de son utilisation. Ainsi, le lait utilisé pour fabriquer les produits laitiers à plus haute valeur ajoutée est payé plus cher. En parallèle, les producteurs reçoivent tous un même prix moyen du lait par région laitière », explique Daniel-Mercier Gouin. Au Canada, la gestion de l'offre se base sur trois principes : le quota va être fonction de la demande totale en matière grasse du lait (stock de beurre), les producteurs sont responsables financièrement des surplus et les prix sont calculés à partir des coûts de production.
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Partout des conditions de prix uniformes
De plus, au Québec, « il existe un seul contrat collectif de mise en marché du lait qui fait en sorte que tous les producteurs reçoivent le même prix moyen à la ferme », souligne Daniel-Mercier Gouin. « La concurrence entre les laiteries au Canada doit se faire par la gamme de produits qu'elles offrent et la capacité concurrentielle de leurs outils de transformation et non pas par une pression sur les prix payés à leurs producteurs », note-t-il. Par rapport à la France, dans ces trois pays, les « producteurs ne se retrouvent pas seuls ou en petits groupes pour négocier les conditions de prix avec les laiteries », juge-t-il, en pensant au schéma français. « Les conditions de prix sont uniformes par MMO aux Etats-Unis, par province au Canada et pour tous les membres de Fonterra en Nouvelle-Zélande », conclut-il. À bon entendeur…