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Éthanol : des droits de douane face au risque d’importations à bas prix

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La filière du bioéthanol demande des mesures de sauvegarde pour que, dès la fin du confinement, la reprise de la consommation d’éthanol à travers l’essence ne se fasse pas à partir des importations à prix cassés. Des opérateurs américains et brésiliens en surstock guettent la moindre reprise de la demande pour faire de la place dans leurs bacs.

Le débouché de l’éthanol dans l’UE est saturé, mais cela n’empêche pas un risque d’importations massives. Pour « empêcher une crise après la crise », la filière du bioéthanol alerte, dans un communiqué publié le 6 avril, sur un risque d’importations à bas prix de nature à porter atteinte à son industrie, et demande aux autorités européennes de mettre en place des mesures de sauvegarde. La filière est représentée par l’AGPB (producteurs de blé), l’AGPM (producteurs de maïs), la CGB (betteraviers) et le SNPAA (producteurs d’alcool).

Paradoxe, les stocks américains risquent d’être utilisés en premier

La crise du débouché de l’éthanol « place les producteurs d’alcool français dans une situation très critique de surproduction et de besoins de stockage », signale le communiqué. Paradoxe, les stocks américains et brésiliens d’éthanol risquent d’être utilisés en premier quand la consommation reprendra.

L’éthanol est importé par navires, notamment des États-Unis et du Brésil, qui sont déchargés dans des ports européens équipés de vastes bacs de stockage destinés à l’éthanol ou à d’autres produits (produits chimiques, produits pétroliers), notamment à Rotterdam, détaille Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA. Au moment du déclenchement du confinement, des bacs destinés à accueillir des chargements en transit sur l’océan notamment, ou sans affectation prévue, n’étaient pas pleins. Les vendeurs américains d’éthanol ont pu négocier des ventes à prix cassés avec des acheteurs d’éthanol européen, dans le but de dégager de la place dans les bacs situés sur le territoire américain, explique-t-il. L’avantage pour eux a été de récupérer du cash par ces ventes, même en vendant au-dessous des coûts de production. Sur le marché mondial du pétrole, il est même arrivé récemment que des opérateurs vendent à prix négatifs, pour se débarrasser de stocks.

Empêcher de nouvelles importations

Pour ces ventes effectuées au début du confinement, « on ne peut pas faire grand-chose », constate Sylvain Demoures, car l’examen de la requête à faire porter par la France à la Commission européenne « prendra quelques semaines, pour une mise en œuvre après l’arrivée de cet éthanol américain dans les ports européens ». En revanche, au moment de la levée du confinement, avec la reprise de la consommation d’essence, « les propriétaires de l’éthanol importé vont le revendre rapidement à bas prix et donc vider les bacs d’importation », prévoit-il. « C’est là qu’il faudra empêcher de nouvelles importations en mettant en place le plus tôt possible des mesures de sauvegarde temporaires, avec nécessairement une forte augmentation des droits de douane. »

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En l’occurrence, les mesures de sauvegarde pourraient consister en des droits de douanes. Pour être adoptées, ces mesures nécessitent plusieurs semaines, le temps de justifier que l’industrie de l’alcool risque de subir des dégâts durables si les importations arrivent au-dessous des coûts de production.

Les stocks américains représentent les trois quarts de la consommation annuelle européenne

Les exportateurs d’éthanol américains confrontés à des stocks records

Les exportateurs d’éthanol brésiliens et surtout américains, confrontés à des stocks records, attendent la reprise européenne de la consommation dans quelques semaines pour remplir les premières cuves qui auront été vidées au T1, le terminal d’importation de Rotterdam. Les stocks américains « sont très élevés, au plus haut historique. Ils représentent plus de 40 millions d’hectolitres, soit les trois quarts de la consommation annuelle européenne d’éthanol. Les cours de l’éthanol américain sont à un plus bas historique », ajoute-t-on au SNPAA.

Les surplus « se retrouvent partout », signale le communiqué de la filière : en Europe (6% de la production mondiale d’éthanol), mais surtout chez les deux principaux pays producteurs d’alcool agricole que sont le Brésil (près de 30% de la production) et les États-Unis (plus de 50% de la production).