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Jérôme Bignon, président du SNPAA (éthanoliers) Ethanol : « Le gisement actuel de résidus permet d'aller au-delà »

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À l’occasion des débats récents à l’Assemblée sur le taux d'incorportation d'éthanol de résidus, le président des éthanoliers Jérôme Bignon souligne la volonté des professionnels de poursuivre une stratégie « cohérente et continue » de la filière. Pour les éthanoliers, le gisement des résidus sucriers et amidonniers actuel « permet d’aller bien au-delà sans toucher à nos livraisons aux autres utilisateurs ».

L'Assemblée s'est récemment confrontée au gouvernement dans sa volontée d'augmenter (de 1 à 1,2%) le taux d’incorporation d’éthanol de résidus en 2023. Y aurait-il un risque de manquer de résidus sucriers et amidonniers ?

Le taux de 1,2 % pour 2023 correspond au développement estimé du débouché du SP95-E10 (plus de 50 % des essences) et du superéthanol-E85, qui est devenu le carburant du pouvoir d’achat. En 2020, 450 000 hectolitres d’éthanol de résidus sucriers et amidonniers, correspondant à la limite de 0,4 % en vigueur, ont été comptabilisés au-delà du plafond de 7 % (1), par rapport à une production française de 11 millions d’hectolitres de bioéthanol cette année-là. Il n’y a aucune raison pour que la dynamique de développement de l’éthanol s’arrête maintenant, alors que le marché en a besoin.

Le gisement des résidus sucriers et amidonniers actuel permet d’aller bien au-delà sans toucher à nos livraisons aux autres utilisateurs, d’autant plus qu’ils sont déjà transformés en alcool, sans nécessairement être comptabilisés dans la catégorie de l’éthanol de résidus. Le gouvernement, dans son amendement présenté dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 novembre, a omis de mentionner les résidus amidonniers. Or ils représentent un tiers du gisement d’éthanol de résidus.

Pouvez-vous préciser la stratégie que vous voulez suivre ?

Nous voulons poursuivre la stratégie cohérente et continue du développement du bioéthanol. Dans une première étape, l’objectif de 7 % d’incorporation de biocarburants dans l’essence a été atteint dès 2016. Parallèlement, et surtout depuis le « dieselgate », l’essence a repris des parts de marché. Ainsi, pour atteindre le plafond de 7 %, plus de bioéthanol était nécessaire. Mais ce relais de croissance a été capté par les HVO (huiles végétales hydrotraitées) issues de l’huile de palme, dont des fractions légères (jusqu’à 15 % des HVO produites) peuvent entrer dans la composition des essences.

Dès lors, depuis 2016, la consommation d’éthanol à destination de la carburation plafonnait. Mais deux décisions prises en loi de finances ont permis de relancer la dynamique. Premièrement, dès 2019, l’éthanol de résidus sucriers et amidonniers a été autorisé au-dessus du plafond des 7 % qui ne concerne, lui, que l’éthanol issu directement des cultures alimentaires (betterave, blé ou maïs pour l’éthanol français). Leur taux d’incorporation de 0,2 % en 2019 a été porté à 1 % pour 2022 et nous souhaitons qu’il soit porté à 1,2 % en 2023.

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Deuxièmement, à partir de 2020, le Parlement a interdit l’incorporation de biocarburants issus d’huile de palme, car cette culture participe à la déforestation en Malaisie et en Indonésie. Le résultat ne s’est pas fait attendre : l’incorporation d’HVO dans les essences, qui avait atteint 1,2 % en 2017, a été réduite à 0,3 % trois ans plus tard au bénéfice du bioéthanol. Cet espace supplémentaire pour l’éthanol a permis d’accompagner la croissance de la demande de superéthanol-E85, très forte en 2019 (+85 %). Il serait dommage d’arrêter à nouveau cette progression, soutenue efficacement par les décisions du Parlement, alors que l’éthanol est l’une des solutions à la décarbonation du secteur des transports routiers, notamment dans les véhicules hybrides et hybrides rechargeables.

C’est pourquoi nous proposons une troisième étape. Nous proposons que le plafond de 7 % d’incorporation d’éthanol de première génération, qui jusque-là s’applique par État membre, devienne un plafond européen moyen. Autrement dit qu’il soit mutualisé dans toute l’UE. La France, qui est le seul pays à avoir atteint ce plafond des 7 %, sera bloquée si elle reste avec ce carcan au niveau national.

Quel effet attendu sur les surfaces cultivées en France ?

Il ne s’agit pas d’augmenter les surfaces de betteraves, blé ou maïs, mais de pouvoir réorienter ce type de productions, car elles sont valorisées sur des marchés plus ou moins rémunérateurs. Il s’agit de remplacer des débouchés perdus ou menacés. Un exemple, l’approvisionnement en maïs grain de l’amidonnerie de Cargill à Haubourdin (Nord) a cessé. Par ailleurs, le sucre exporté vers des pays tiers rémunère le plus souvent mal la betterave, alors qu’un meilleur équilibre pourrait être atteint avec l’éthanol. Dans de nombreux pays sucriers, comme le Brésil, l’Inde et la Thaïlande, les programmes d’éthanol sont révisés en hausse avec l’appui de leurs gouvernements. Les cultures pour l’éthanol représentent seulement 0,6 % de la surface agricole utile française après déduction des coproduits alimentaires (pulpes de betteraves et drêches de céréales riches en protéines). La France produit actuellement de 11 à 12 millions d’hectolitres d’éthanol par an destinés à la carburation. Nous estimons que nous pourrions accroître la production de 50 %, soit 6 millions supplémentaires, ce qui donnerait une production de 18 millions d’hectolitres, tout en conservant les surfaces actuelles des cultures utilisées.

« Le gouvernement a omis de mentionner les résidus amidonniers »

« Il serait dommage d’arrêter à nouveau cette progression »