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Foie gras/Acquisitions Euralis Gastronomie se renforce à l’international

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Né récemment de la fusion des sociétés Grimaud Montfort Distribution et Rougié Bizac International, acquises successivement, Euralis Gastronomie veut renforcer son leadership national et international. Le pôle gastronomique du groupe coopératif Euralis acquiert d’un coup trois sociétés, au Canada, en Bulgarie et en France et s’implante commercialement au Mexique et en Espagne.

Euralis Gastronomie passe la vitesse supérieure, conforté par un marché du foie gras, dans l’hexagone (+ 10 % en volume en 2004 selon de CIFOG) comme à l’export (+ 13,5 % en 2004), en excellente santé Cf. Agra alimentation N° 1879 du 7 avril 2005,p.37. Trois mois après avoir annoncé la fusion de ses filiales Grimaud Montfort Distribution (GMD), acquise en 1995, et Rougié Bizac International (RBI), acquise en 2002, le pôle gastronomique (37,8 % du CA d’Euralis) du groupe coopératif du sud-ouest Cf. Agra alimentation N° 1872 du 17 février 2005,p.17 annonce toute une série d’acquisitions stratégiques en France comme à l’étranger. Avec un chiffre d’affaires 2004 de 321 M EUR, Euralis Gastronomie se proclame le leader du foie gras, en France comme à l’export, avec un portefeuille de marques complémentaires : Montfort et Bizac (à destination du grand public, cœur de gamme pour l’une, premium pour l’autre), Rougié (RHF et export) et Pierre Champion (VPC).

Contourner la surtaxe américaine

Jusqu’ici les ventes à l’export représentaient quelque 12,5 % du CA du groupe. Afin de favoriser son développement international, et profiter de l’engouement de certains pays pour le foie gras, le groupe annonce plusieurs acquisitions et opérations. Au Canada d’abord, où le groupe vient de prendre une participation majoritaire dans les sociétés Palmex et Aurpal, toutes deux créées en 1999 par un couple de fermiers landais exploitant des terres au sud de Montréal depuis 1983, Pascal et Francette Fleury. Les créateurs de l’entreprise de gavage de canards à foie gras et de l’usine de découpe et de conditionnement de magrets et cuisses, conserveront 25 % du capital de leurs sociétés. L’ensemble, encore modeste, réalise un chiffre d’affaires de 3 M EUR, pour 100 000 têtes par an, et emploie à l’heure actuelle 20 personnes. La production est pour moitié commercialisée aux Etat-Unis et pour moitié au Canada. Pour le groupe français, l’intérêt de l’opération réside dans le démarrage d’une activité de production locale, en frais, et la pérennisation de l’activité en Amérique du Nord – deuxième zone d’exportation d’Euralis – qui représente actuellement un marché de 1000 tonnes de foie gras (800 tonnes aux Etats-Unis et 200 tonnes au Canada). «  A partir de cette acquisition, nous pourrons poursuivre le développement de nos exportations à destination de la zone, mais également commercialiser les foies gras produits localement,explique Michel Depierre, directeur général d’Euralis. De plus nous pourrons alimenter le développement du marché sud américain en frais ».

Un pas de géant à l’Est

Même démarche en Bulgarie cette fois, avec une plus grande ambition cette fois. Considéré comme le troisième bassin de production mondial après le sud-ouest et l’ouest de la France, la Bulgarie, deuxième pays producteur derrière la France (90 % de la production mondiale) et devant la Hongrie et Israël, possède une forte culture du foie gras depuis 2000 ans, héritée de la civilisation égyptienne, antérieure à celle de la France. Afin de contrôler ce marché et renforcer ses positions concurrentielles face à de nouvelles origines, Euralis prend ainsi une participation majoritaire dans la société Brezovo, premier opérateur local (1,5 million de canards, 20 M EUR, 212 personnes). Basée dans la vallée des Traces, région située entre les montagnes et la mer Noire, créée en 1998 par Herman Verstappen qui restera actionnaire majoritaire à hauteur de 20 %, la société est spécialisée dans le gavage de canards, l’abattage et le conditionnement de foie gras. «  Les Bulgares développent des gammes et des produits qu’ils vendent sur des marchés où nous sommes présents », explique Patrick Néaume, directeur de Euralis Gastronomie. Pour le groupe, cette implantation va permettre de répondre à une demande croissante au niveau international, qui ne concerne pas uniquement les origines IGP Sud-Ouest ou française. «  Notre intention est de développer les produits bulgares hors de France, vendus avec une origine bulgare, assure Patrick Néaume. Nos marques, dont Rougié, garderont leurs promesses d’origine actuelles ». Les gammes de Brezovo conserveront leur signature actuelle, La Table de Michel Brangeon, tandis qu’en parallèle les marques Rougié et Bizac seront vendues localement.

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Des implantations commerciales au Mexique et en Espagne

Cette implantation à l’étranger, Euralis Gastronomie l’accompagne également d’un développement commercial international. Au Mexique, tout d’abord, où une plate-forme logistique est sur le point d’être inaugurée dans les mois prochains, destinée à être une tête de pont pour le développement du groupe en frais, depuis le Canada, et en produits transformés depuis la France. En Espagne, devenu en l’espace de 10 ans le second pays le plus consommateur de foie gras après la France et premier importateur de produits français, le groupe ouvrira prochainement un bureau commercial afin de développer ses ventes, qui ont atteint un CA proche de 10 M EUR l’an dernier. Ces différents investissements à l’étranger sont menés sur des marchés stratégiques  et prometteurs. En Amérique, une implantation au Canada permet en effet de contourner la surtaxe appliquée au foie gras français depuis la levée de l’embargo. D’autant que sur les 800 tonnes de foie gras consommées aux Etats-Unis, 90 % sont produites sur place et 10 % proviennent de France, en très grande majorité (80 %) à marque Rougié. De son côté, le marché mexicain a plus que doublé en trois ans. « Notre objectif est d’atteindre un rythme de développement à l’international, de l’ordre de + 15 %, plus soutenu qu’en France où la croissance devrait se situer + 5 % », explique Michel Depierre. Pourtant loin de négliger son marché intérieur, le groupe annonce également l’acquisition d’une société spécialisée dans les plats cuisinés.

Diversification dans les plats cuisinés en France

En plus d’avoir investi, comme chaque année en moyenne, 7 M EUR sur ses sites industriels français, Euralis Gastronomie a en effet fait un pas de plus vers la diversification et la transformation en prenant le contrôle de la société Papillote (10 M EUR de CA). Cette « start up », créée en 2002 par Marc Gravier et située à Roye (60), commercialise une gamme de plats cuisinés sous vide, frais et surgelés. Ces produits, vendus auprès d’une clientèle de restaurateurs et de distributeurs (MDD essentiellement), viendront donc compléter les gammes existantes de plats cuisinés stérilisés en bocaux et en boîtes, actuellement fabriquées dans l’usine de Brive. Ces produits, plus qualitatifs, permettront de répondre plus précisément aux exigences d’une clientèle de professionnels de la RHF. En GMS, un partenariat avec Lenôtre a notamment permis de conforter ce positionnement haut de gamme de l’offre de Papillote. Si la production du groupe atteint 1000 tonnes par an, Euralis Gastronomie compte bien s’appuyer sur sa force de vente pour développer encore les ventes. L’objectif est de doubler l’activité d’ici deux trois ans afin d’exploiter au maximum les capacités de production de Papillote, de l’ordre de 2 500 tonnes, quitte à l’augmenter encore par la suite. «  Il s’agit d’une diversification modeste par la taille mais majeure par sa portée, explique Michel Depierre. Il faut savoir faire le pas de côté sans risquer de glisser ». Une expression qui résume la stratégie de diversification menée par le groupe Euralis, dans la production animale dans un premier temps, puis la transformation, dont les plats cuisinés.

Un besoin de nouveaux producteurs

En parallèle de ses ambitions internationales, Euralis Gastronomie renforce donc ses positions en France et prévoit des CA de 332 M EUR cette année et 380 M EUR en 2006. Déjà leader sur les deux bassins de production français (Sud-Ouest et Pays de Loire / Bretagne), le groupe est toujours à la recherche de nouveaux éleveurs. « L’ouest de la France, région avicole sinistrée, le développement de nos activités offre de réelles opportunités aux aviculteurs de continuer dans ce métier », explique Patrick Néaume. Le site industriel des Herbiers, par exemple, récemment remis à neuf et dont la production atteint pour l’heure 3,5 millions de têtes par an, a encore du potentiel avec une capacité de 5 millions de têtes. Au final, après ces acquisitions, le groupe gérera quatre appellations différentes : l’IGP Sud-Ouest, l’origine France, l’origine Bulgarie et l’origine Canada, sur le frais. Avec une identification claire pour chacune, en particulier sur les produits bulgares, tient à préciser Patrick Néaume…