Abonné

Euralis lance la restructuration de son pôle alimentaire

- - 5 min

Lourdement endettée, la branche alimentaire de la coopérative du Sud-Ouest va se séparer de plusieurs sites industriels et licencier une centaine de salariés. L’influenza aviaire, avec ses conséquences particulièrement lourdes sur la filière du foie gras, et les difficultés de l’activité traiteur sont à l’origine de cette restructuration. Quarante-cinq millions d’euros seront investis dans les trois prochaines années, dont une partie dans l’outil industriel.

Euralis, dont les résultats publiés début décembre étaient plutôt mitigés, a finalement attendu le début d’année pour présenter son plan d’action pour le pôle alimentaire (Montfort, Rougié, Jean Stalaven, Qualité traiteur). Au menu : désendettement, réorientation de l’activité, réduction de capacités industrielles et licenciements en grand nombre. Mais aussi des investissements pour retrouver une croissance solide.

Le premier changement est intervenu discrètement fin décembre avec le départ de la coopérative d’Alain Tapie, qui était à la tête du pôle alimentaire. Il a été remplacé par Boris Bourdin, qui a fait une grande partie de sa carrière chez Danone à l’international. À charge pour lui de traduire dans les faits la restructuration du pôle alimentaire d’Euralis qui débutera mi-2018 pour se poursuivre tout au long de l’année 2019.

Deux sites à vendre

« Cette reconfiguration pourrait entraîner la fermeture des sites industriels de Dunkerque et de Brive pour lesquels une recherche de repreneurs serait initiée. Le site de Sarlat serait redimensionné et repositionné sur des petites séries à haute valeur ajoutée, tandis que les usines d’Yffiniac et de Maubourguet se développeraient avec l’intégration de nouvelles activités », explique Euralis.

Les salariés sont en première ligne, avec une centaine de licenciements au final. La coopérative annonce « la suppression de 313 postes, la création de 157 autres et 44 supplémentaires seraient ouverts au reclassement interne au sein du groupe ». Le 9 janvier, les élus du personnel ont été informés des intentions de la direction, tandis que l’information et la consultation des représentants du personnel débuteront le 19 janvier.

63 millions d’euros de pertes nettes en 5 ans

« Malgré l’amorce d’une amélioration, grâce à des mesures de réduction des coûts qui se sont traduites par un retour à un résultat d’exploitation positif d’environ 3 millions d’euros en 2017, les activités et l’organisation du pôle alimentaire doivent être transformées en profondeur pour surmonter efficacement les difficultés internes et externes qui le menacent », a déclaré Pierre Couderc, directeur général d’Euralis.

Confronté à des difficultés persistantes, le pôle alimentaire, qui représente 475 millions d’euros de chiffre d’affaires (40 % du chiffre d’affaires de la coopérative), a enregistré « des pertes nettes cumulées de 63 millions d’euros ces 5 dernières années et supporte une dette de 186 millions d’euros sur son dernier exercice (clos le 31 août, ndlr) », explique la coopérative.

L’épizootie d’influenza aviaire, qui a réduit considérablement l’activité de transformation de foie gras, n’est pas seule responsable des difficultés du pôle alimentaire. Selon la coopérative, la pression sur les prix exercée par la grande distribution, un contexte économique atone et des consommateurs devenus particulièrement vigilants expliquent aussi la situation.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

influenza aviaire
Suivi
Suivre
coopérative
Suivi
Suivre

Les pertes viennent surtout de l’activité traiteur

Les sites industriels sont inadaptés à l’activité, tournant en moyenne à la moitié de leur capacité, et les coûts logistiques sont surdimensionnés par rapport au volume d’activité. Quant à l’activité traiteur pour les marques distributeurs (MDD), elle est « fortement déficitaire avec 8 millions d’euros de pertes en 2017, ce qui correspond à la quasi-totalité des pertes du pôle alimentaire », souligne la coopérative.

Ces mesures drastiques visent à retrouver une croissance solide, en privilégiant les activités rentables et en s’orientant vers des produits qui répondent aux tendances actuelles de consommation.

Pour cela, la coopérative prévoit « un plan d’investissements de 45 millions d’euros sur 3 ans, notamment sur les structures et les équipements industriels, la transformation digitale et l’évolution des systèmes d’information », explique Pierre Couderc. Avec des conséquences sur l’organisation interne globale du pôle pour « assurer une meilleure coordination entre les fonctions commerciales et industrielles. Les capacités d’innovation seraient renforcées grâce à la consolidation et au rapprochement des compétences R&D et marketing », conclut le DG.

"Cette reconfiguration pourrait entraîner la fermeture des sites industriels de Dunkerque et de Brive"

L’activité traiteur pour les marques distributeurs (MDD) est fortement déficitaire avec 8 millions d’euros de pertes

Une délocalisation masquée, dénonce la Coordination rurale

Dans un communiqué le 10 janvier, la FGA-CFDT regrette « vivement que la stratégie décidée par la direction ces dernières années ait été un échec ». La Coordination rurale a dénoncé cette opération comme une délocalisation masquée : « Une grande coopérative du Sud-Ouest qui possède la marque de foie gras Rougié va se séparer d’outils de production pas rentables en France, et pendant ce temps continue de fabriquer du foie gras à bas prix en Bulgarie, via une filiale », a déclaré son président Bernard Lannes lors des vœux du syndicat. « Je n’ai rien contre la Bulgarie, mais les consommateurs doivent savoir d’où vient le produit en lisant l’étiquette, ce qui n’est pas toujours le cas », a-t-il ajouté.