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Produits carnés/UE Eurodéputés et industriels réclament un renforcement des contrôles sur les « traders »

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La récente fraude dans le secteur de la viande, et notamment le rôle des traders, a fait l'objet d'un débat organisé au Parlement européen au cours duquel des représentants de Clitravi, le lobby de l'industrie de la transformation de viande, ainsi que plusieurs eurodéputés ont plaidé pour de meilleurs contrôles et un encadrement plus strict des activités des intermédiaires dans ce type de commerce.

Quel rôle doit jouer l’Union européenne dans la lutte contre la fraude dans le secteur de la viande en Europe ? Qu'en est-il de l'attitude de l'industrie de la transformation ? Faut-il légiférer davantage ? Faut-il durcir les sanctions financières ou économiques ? Interrogé par Agra Alimentation à l'issue du séminaire organisé au Parlement européen sur la fraude dans le secteur de la viande, Enrico Frabetti, secrétaire général adjoint de Clitravi, le porte-voix de l'industrie de la transformation de viande, nous a répondu : « L'action de l'UE est essentielle car il y a une nécessité d'une réponse coordonnée. Il n'est pas nécessaire d'avoir une nouvelle législation, au contraire il est plus efficace d'avoir une meilleure harmonisation et une meilleure application de la législation existante. Car si, par exemple, l'UE propose une nouvelle législation sur l'étiquetage obligatoire du pays d'origine de la viande utilisée comme ingrédient cela ne ferait que susciter davantage de fraude potentielle... ». Il explique que « de toutes manières, les nouvelles propositions de la Commission européenne relatives aux contrôles officiels dans le secteur de la viande prévoient des peines sévères et plaident pour des sanctions financières plus importantes ». Enrico Frabetti estime que « ce sont là des mesures tout-à-fait appropriées mais il ne faut pas se leurrer, car, dit-il, ceux qui veulent frauder pensent toujours qu'ils ne seront jamais découverts... Je suis d'accord pour des sanctions très élevées mais je crains que ce ne soit pas la solution miracle ». Quand on lui pose la question de savoir à quel niveau doit-on agir plus précisément pour lutter contre le fléau de la fraude dans le secteur de la viande : au niveau des producteurs de viande ? des intermédiaires ? des transformateurs ? Il répond que « tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire doivent être vigilants et tirer les leçons des récents scandales dans le secteur de la viande bovine. Mais soyons justes et reconnaissons que ce n'est pas le seul secteur de la viande qui est en cause, plusieurs autres secteurs ont également été impliqués dans des cas de fraude. Je pense qu'il serait beaucoup plus approprié de s'intéresser en détail aux traders et de s'assurer que tous les opérateurs professionnels – y compris donc les traders – feront l'objet, d'une manière ou d'une autre, d'inspections régulières ». Selon lui, ce type d'intermédiaires « devrait faire l'objet d'un enregistrement officiel auprès de l'Union européenne afin de s'assurer de leur identité et de permettre ainsi à tous les maillons de la chaîne de savoir exactement à qui ils ont à faire ». Quant au rôle que devrait jouer l’industrie de la transformation de la viande elle-même dans cette lutte contre la fraude, le responsable de Clitravi considère que celle-ci « doit également se monter très vigilante et faire en sorte d'établir le plus possible de relations stables avec des fournisseurs dignes de confiance. Mais, là encore, cela devrait s'appliquer à tous les professionnels du secteur alimentaire et pas seulement aux industries de la transformation de viande. Les fraudes sont malheureusement partout et donc il ne serait pas juste de se focaliser sur le seul secteur de la viande ».

Débats animés au niveau des eurodéputés

Lors du débat organisé à l'initiative de l'eurodéputée néerlandaise, Esther de Lange (1) un eurodéputé d'origine danoise a regretté que l'UE ne dispose pas d'une définition de la fraude et a lancé un appel à la Commission européenne pour en proposer une dans les plus brefs délais. Il a également déploré le fait que le système d'alerte précoce européen (RASFF) « ne fonctionne que quand surgit une menace sur la santé publique » et a demandé d'élargir cette alerte à la fraude aussi.
D'autres députés européens ont demandé à ce que les consommateurs puissent disposer sur les étiquettes des produits alimentaires de l'indication du pays d'origine des produits utilisés car, soutiennent-ils, « mieux le consommateur est informé moins il peut être trompé ». Une députée d'origine française a soulevé le problème de la qualité de produits et a regretté que dans ce domaine les contrôles soient insuffisants. Elle a également dénoncé le « deux-poids deux mesures » en ce qui concerne les sanctions contre les fraudes en trouvant scandaleux « qu'une femme dans le besoin et qui vole en récidive dans un grand magasin deux steaks, subisse une peine très sévère alors qu'un transformateur de viande qui a fraudé dans le sud de la France (sans le nommer) n'est pas du tout inquiété ». Pour elle, en tout cas, « l'auto-contrôle ne donne pas satisfaction et il est tout-à-fait impératif de renforcer l'encadrement des traders et indiquer dûment sur les étiquettes l'origine des ingrédients utilisés dans les plats préparés ». Elle a aussi regretté que la crise économique en Europe ait « tiré la qualité des produits vers le bas » faisant allusion au recours effréné au minerai dans les produits de viande. Il faudrait selon elle « prévoir un code de qualité du minerai utilisé dans les produits de viande ». Une autre eurodéputée d'origine allemande – qui manifestement n'était pas exactement sur la même longueur d'ondes – a indiqué que « si l'on se met à inscrire toutes les informations sur les étiquettes des produits il ne resterait du tout de place sur l'emballage et c'est le consommateur qui en pâtirait...». Pour cette dernière, « il n'y a pas lieu de créer de nouvelles législations, il faut s'en tenir au système législatif existant ». Concernant les sanctions en cas de fraude cette députée allemande considère que celles-ci « varient considérablement selon les pays et qu'il est nécessaire que les États membres les harmonisent ».

(1) Celle-ci doit produire un rapport d'initiative sur le sujet de la fraude prévu pour le mois de septembre-octobre 2013

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