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Produits agricoles et agroalimentaires Europe : les consommateurs du Sud plus sensibles aux produits nationaux

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Quelle importance les Britanniques, les Anglais, les Italiens ou encore les Allemands accordent-ils aux aliments produits dans leur propre pays d’origine ? C’est à cette question que les attachés agricoles des différents pays de l’UE ont répondu, dans une revue mensuelle des missions économiques françaises installées dans ces différents pays. Si la notion de préférence nationale est très forte en Italie et en Espagne, ce n’est pas vraiment le cas en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Pour les Britanniques « le concept de préférence nationale ou communautaire est loin d’être naturel», souligne l’attaché agricole à Londres. Le Royaume-Uni voit d’ailleurs son degré d’autosuffisance baisser régulièrement, passant de 73 % à 63 % en dix ans. Les importations proviennent indifféremment des diverses régions du globe, en fonction du rapport qualité/prix. Pour autant, les deux tiers des importations britanniques de produits agroalimentaires se font à partir de l’UE. Il existe bien depuis deux ans une tentative de la part des autorités de favoriser les approvisionnements locaux pour les établissements publics, mais sans véritable succès. On demande en effet aux producteurs locaux d’être aussi compétitifs que les concurrents internationaux. L’objectif des cantines scolaires est, par exemple, d’obtenir un prix de revient d’environ un euro par repas !

Allemagne : l’agriculture est mal perçue

Les Allemands ne présentent pas, eux non plus, un grand civisme vis-à-vis des produits agroalimentaires. Le principal critère est le prix : les Allemands sont les consommateurs qui dépensent le moins pour leur alimentation dans l’UE à 15. La notion de terroir n’est pas développée, à l’exception de la Bavière, du Bade-Wurtemberg et du Palatinat. Une anecdote : sur les 67 signes de qualité (AOP-IGP) allemands, 43 concernent des boissons. Quant aux fruits et légumes, les Allemands sont sensibles à la préférence nationale seulement pour deux produits, l’asperge et la fraise. Globalement, l’agriculture est mal perçue, considérée comme pollueuse. « Certains vont même jusqu’à dire qu’au nom de la protection de l’environnement, il vaudrait mieux importer toute la production agricole !», souligne l’attaché agricole. L’Allemagne est d’ailleurs le deuxième pays importateur mondial de produits agroalimentaires, derrière les Etats-Unis.

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Les Espagnols défendent les produits régionaux

Au contraire, pour l’Italie et l’Espagne, la préférence nationale est une véritable préoccupation. Selon une étude récente en Espagne, le fait que le produit alimentaire soit d’origine espagnole est le quatrième critère d’achat après l’aspect visuel, le prix et la marque. Ceci est surtout vrai pour les produits typiquement espagnols. Cela va même plus loin : les Espagnols sont sensibles à la province d’origine. En effet, les productions agroalimentaires espagnoles sont très régionalisées, pour des produits tels que le jambon cru, le chorizo, le vin ou l’huile d’olive. Cette approche est soutenue par le ministère de l’Agriculture qui mène une importante politique d’amélioration de la qualité et d’identification des productions espagnoles. Le nombre d’appellations d’origine et d’IGP est passé de 50 en 1998 à 158 en 2005. La protection renforcée des indications géographiques et des produits les plus sensibles est le credo de l’Espagne dans le cadre des négociations à l’OMC.

Italie : le gouvernement impose l’indication d’origine

C’est aussi la position de l’Italie. Le gouvernement ne cesse de promouvoir la production d’origine italienne et prend des mesures dans ce sens. L’indication de l’origine du produit a été rendue obligatoire sur tous les produits agricoles et agroalimentaires. Si cette réglementation est respectée sur des produits tels que le lait, les œufs ou le poulet, ce n’est pas encore le cas pour tous les produits. Récemment, la chambre des députés a même voulu imposer 20 % minimum de produits régionaux dans la grande distribution. La profession agricole défend la promotion des produits régionaux et leur terroir et veut gagner de la valeur ajoutée grâce à la qualité des produits locaux. « C’est donc un choix stratégique dans un pays fondamentalement importateur dans toutes les filières de tenter de positionner la production nationale dans les segments les plus rémunérateurs, en utilisant au maximum les possibilités de protection d’origine et d’appellation », explique l’attaché agricole. Il souligne que la filière laitière italienne en est un des cas les plus représentatifs.